Au plus fort d’une saison de nage en eau libre, un athlète comme Xavier Desharnais devait s’entraîner une trentaine d’heures par semaine et parcourir entre 70 et 100 kilomètres.

Xavier Desharnais, un modèle méconnu

CHRONIQUE // Tout comme son sport, le nageur en eau libre longue distance Xavier Desharnais passe trop souvent sous le radar. Pour rester poli, l’athlète de Sherbrooke est loin de recevoir tout le crédit qui lui revient comparativement à d’autres qui ont juste la chance de pratiquer un sport plus médiatisé.

Lorsque je couvrais les activités de la défunte Traversée internationale du lac Memphrémagog, je vous avais déjà expliqué en long et en large ce que nécessite comme entraînement cette discipline. Grosso modo, ça peut approcher 30 heures par semaine, ce qui représente entre 70 et 100 kilomètres de nage au plus fort de la saison. 

J’ai énormément de respect, entre autres, pour les cyclistes (Tour de France), les triathlètes (Ironman), les ultra marathoniens, les fondeurs, mais au haut de ma liste, c’est la nage longue distance en eau libre que je place parmi les sports les plus cruels.

Car au-delà de l’effort physique déployé pendant plus de sept heures et souvent davantage dans un environnement hostile (le vent, les vagues, le froid), lors d’une compétition en mer, ça exige une force mentale à toute épreuve. Il y a la douleur à vaincre bien sûr, mais pensez aussi à l’aspect solitaire du sport. Sur son parcours, le triathlète, le fondeur, le coureur, le cycliste sera encouragé par des amateurs et des proches. En nage en eau libre, pour des raisons évidentes, les amateurs s’entassent à l’arrivée seulement. Aux dernières nouvelles, seul Jésus avait réussi à marcher sur l’eau. On repassera donc pour ce qui est de se nourrir des applaudissements et des encouragements des amateurs. 

La passion

Pour sa seconde place au lac Saint-Jean samedi dernier, Xavier Desharnais est reparti avec une bourse de 4500 $. S’il avait seulement fait une présence en première ronde du tournoi de tennis de Wimbledon, il se serait enrichi d’une somme presque 10 fois plus importante. On appelle ça nager pour des pinottes ou choisir la mauvaise discipline.

La FINA délaisse les marathons en eau libre, se concentrant sur les plus petites distances qui sont acceptées aux Olympiques. Swimming Canada Natation a souvent ignoré Xavier Desharnais, surtout ces dernières années. Or, le Sherbrookois de 28 ans persiste et nous lance en pleine face que faire du sport par pure passion et faire partie de l’élite, c’est possible.

Au Québec et au Canada, les spécialistes de la nage en eau libre accrochent leur Speedo après quatre ou cinq ans. Il y a des limites à être sadomasochiste.  Xavier Desharnais a débuté en 2008. Il s’est accroché, a fait du sociofinancement pour sa dernière saison. Il a surmonté plusieurs blessures, dont la plus récente qui mettait en péril sa saison 2018. Abdiquer ne fait tout simplement pas partie de son vocabulaire. Et pour votre information, si vous l’ignorez, il a aussi complété une maîtrise en kinésiologie à l’Université de Montréal tout en poursuivant sa carrière. On parle beaucoup, et avec raison, de Laurent Duvernay Tardif au football dont vous connaissez tous l’histoire, mais entre vous et moi, que pensez-vous de Desharnais qui, en plus, n’a pas les millions qui viennent avec le sport qu’il pratique? Desharnais est cultivé, articulé. Faudrait le reconnaître.

Le nageur de 28 ans n’est pas Petar Stoychev qui était dans une classe à part en nage en eau libre, mais ma foi, il revendique cinq médailles, trois d’argent et deux d’or seulement dans les eux québécoises, dont le lac Memphrémagog. Il a aussi connu de très bons résultats sur les autres continents.

La Traversée internationale du lac Saint-Jean dans son sport, c’est l’équivalent du Tour de France, Wimbledon ou la coupe Stanley au hockey. Si on avait un hockeyeur local dans les rangs professionnels avec la moitié du parcours de Desharnais, il serait déjà adulé. Et pourtant on parle d’un sport collectif. Xavier Desharnais excelle dans le sport d’endurance, loin des feux de la rampe, obligé de se battre pour survivre. Il représente un modèle de persévérance pour les jeunes comme on en voit rarement ici à Sherbrooke et dans la région. 

Un jour, j’en suis convaincu, Desharnais aura sa place au Panthéon des sports de sa ville. Mais entretemps, un peu d’amour et de reconnaissance des édiles municipaux de Sherbrooke envers le p’tit gars de la place, me semble que ça va de soi.