Jérôme Gaudreau
La Tribune
Jérôme Gaudreau

Voué à l’échec

Depuis 27 ans, l’amateur du Canadien de Montréal appuie une équipe ordinaire. Parfois excitante tout de même, mais bien souvent ennuyeuse. Un club juste moyen qui n’a jamais osé une vraie reconstruction. Une formation qui ne fait que viser une place en séries. Un but qui n’a d’ailleurs pas toujours été atteint, loin de là. Et tout indique que sans traitement-choc, rien ne changera à court terme : le Canadien est voué à l’échec.

Le fan du Canadien rêvait d’Alexis Lafrenière lorsque le CH se dirigeait vers une exclusion des séries pour une quatrième fois en cinq ans. Les chances étaient minces avant la pandémie, mais à la suite de la première loterie, et avec une élimination lors de la phase qualificative face aux Penguins de Pittsburgh, ces chances auraient presque doublé : 12,5 %. 

Près de la moitié des partisans voyaient à long terme en espérant une défaite du Tricolore contre la gang à Crosby. Dans le pire des cas, le Canadien aurait obtenu le 9e choix du prochain encan. Le meilleur des scénarios : la boule du Canadien aurait été pigée lors de la loterie, lundi soir. C’est à ce moment que le CH serait entré dans une nouvelle ère : l’ère Lafrenière. 

J’étais le premier à souhaiter une exclusion au Canadien. Une série qui se termine en cinq matchs durant laquelle les jeunes Jesperi Kotkaniemi, Nick Suzuki et Alexander Romanov auraient bien fait et des sorties rassurantes de Price. Rien de gênant, bref.

L’arrivée de Lafrenière aurait aidé le Canadien à amorcer une vraie reconstruction. Au lieu d’avoir une faible chance de gagner la Coupe Stanley cet été, on aurait pu célébrer les dix ou quinze années d’espoir à venir durant lesquelles le CH serait toujours en bonne position pour rivaliser, j’ose croire, en comptant sur le meilleur joueur de la cohorte 2020.

Mais l’histoire se termine différemment. Le Canadien a surpris les Penguins et affrontera maintenant les Flyers de Philadelphie.

Si les Couturier, Hart et Giroux éliminent le Canadien, l’organisation montréalaise ne sera pas plus avancée. Le fan devra se contenter d’un club juste moyen. Encore une fois. 

L’histoire aurait été belle, avouez. Le premier Québécois repêché au tout premier choix depuis Marc-André Fleury en 2003 qui aboutit à Montréal. La pression aurait été énorme. Mais depuis qu’il a 16 ans, Alexis Lafrenière patauge dans la pression. 

Avec un choix de milieu de première ronde, le Canadien se rabattra sur un espoir de deuxième classe. Une recrue qui viendra solidifier le cœur de l’équipe, sans plus.

Mais chose certaine, maintenant que le Canadien n’a plus aucune chance de repêcher Alexis Lafrenière, je peux revenir à mes bonnes vieilles habitudes comme la moitié des partisans du CH : appuyer le Bleu-Blanc-Rouge.

La lumière au bout du tunnel brille depuis l’arrivée de Suzuki et la sélection de Cole Caufield. Mais avouons qu’il n’y a rien à être aveuglé pour le moment. Carey Price est encore dominant, mais pour combien de temps? Le gardien aura 33 ans le 16 août et est appuyé par Shea Weber, qui célébrera ses 35 ans. 

Depuis le choix de Carey Price, 5e sélection au total en 2005, le Tricolore n’a repêché que trois fois dans le top 10 et a déjà échangé deux de ces joueurs : Alex Galchenyuk et Mikhail Sergachev, l’autre étant Kotkaniemi.

De leur côté, les Rangers de New York ont compris la recette pour former un alignement gagnant dans le futur. Kappo Kaako, choix numéro 2 en 2019. Deux gardiens d’avenir, dont un qui semble vouloir se démarquer déjà : Igor Shesterkin. Une jeune défensive qui promet avec Adam Fox, Jacob Trouba et Anthony DeAngelo. Et puis de jeunes vétérans tels que Artemi Panarin, Mika Zibanejad et compagnie. 

J’échangerais l’alignement complet du Canadien pour celui des Rangers de New York dès aujourd’hui. À bien y penser, j’attendrais peut-être quelques semaines encore. 

Car le seul moyen pour nous faire oublier Lafrenière serait de gagner la coupe. Sinon, la saison du Canadien sera à l’image de l’année 2020 : un désastre.