VERT & OR

Dompter la bête

CHRONIQUE / Des fois, souvent, l’arbre cache la forêt.

Lorsqu’on jette un rapide coup d’œil sur la demi-finale du football universitaire québécois qui sera disputée samedi entre le Rouge et Or de l’Université Laval et le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke, on se demande bien comment l’issue du match pourrait être différente de tous les autres affrontements entre les deux équipes.

Le Vert & Or n’a jamais réussi à battre le Rouge et Or depuis 2003. Zéro. Niet.

Cette saison, conséquemment, deux affrontements, deux défaites. Par des pointages définitifs de 40-5 et de 46-15.

L’attaque du Vert & Or, qui se cherche depuis le premier jour du calendrier régulier 2017, n’a pu trouver son erre d’aller contre la puissante défensive du Rouge et Or.

Et, justement, c’est là que l’analogie de l’arbre et la forêt entre en ligne de compte. Sherbrooke n’a pu marquer des points contre Québec, soit. Mais qui a réussi à le faire, en 2017 ?

Personne, en fait.

Le Rouge et Or a accordé 77 points en huit rencontres. Calculez la moyenne par match vous-même. Ce n’est vraiment pas beaucoup. Au total, l’unité défensive n’a permis que sept touchés. Sept.

Juste par curiosité : qui a été en mesure de marquer le plus de points contre Québec en cette saison 2017 ? Allez, un effort ! Qui, d’après vous ?

Ce ne sont pas les Redmen de McGill. Les Rouges ont inscrit 14 points face à Québec, et ils ont été blanchis une fois.

Ce n’est pas non plus le Vert & Or qui, en deux matchs, n’a pu faire mieux que 20 points, dont un seul touché, inscrit sur un retour de botté de William Robitaille.

Et, non, ce ne sont pas non plus les Carabins de l’Université de Montréal ; les champions de la Coupe Vanier 2014 n’ont pu faire mieux que 21 points contre l’Université Laval, et ils ont même été blanchis, à leur deuxième duel face à leur adversaire de l’autoroute 20.

Oui, ce sont les Stingers de Concordia qui ont été les plus productifs. Avec 22 points marqués en deux matchs.

Vous vous rendez compte ? Québec a blanchi ses adversaires deux fois cette saison ! Deux fois !

Dont un blanc contre la machine offensive des Carabins, qui est pilotée par un quart de cinquième année et qui a sous la main un incroyable quatuor de receveurs (Cibasu, Paquet, Normandin et Kaya). Blan-chis. Aucun point. Faut le faire.

On questionne beaucoup, avec raison, la cohésion de l’attaque du Vert & Or à l’aube de cet autre duel éliminatoire contre Québec.

On souligne les erreurs coûteuses, les trop grandes rotations d’effectifs, les ballons échappés, les trop nombreuses séquences offensives infructueuses, les passes interceptées.

Une attaque qui n’a généré que 139 points en huit matchs. C’est peu.

Mais force est d’admettre que ce sont tous les programmes de football au Québec qui se sont rivé le nez sur le front défensif du Rouge et Or. Tous.

Québec présente l’unité défensive la plus pingre de tout le football universitaire canadien. Seuls les Mustangs de Western peuvent prétendre rivaliser avec eux, n’ayant accordé que 105 points. McMaster suit pas trop loin, avec 115 points accordés.

Alors, comment une unité offensive, quelle qu’elle soit, peut-elle espérer se présenter sur le synthétique de l’Université Laval, en novembre, et espérer traverser ce front et inscrire suffisamment de points pour l’emporter ?

Je ne sais pas. Vraiment.

Arrêtez de voir seulement l’arbre, et jetez un coup d’œil à l’ensemble de la forêt.

Dans ces conditions, on ne cherche plus la meilleure défensive au Canada.

VERT & OR

Des premiers pas en éliminatoires

Si le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke présente probablement la formation la plus expérimentée au Québec, c’est tout l’inverse pour plusieurs membres du personnel d’entraîneurs, qui en seront à une première expérience en éliminatoires, samedi.

L’entraîneur-chef Mathieu Lecompte, le coordonnateur des unités spéciales Kevin Régimbald, l’entraîneur des receveurs de passes Simon Charbonneau-Campeau et l’entraîneur des quarts Luc Sylvain, entre autres, en seront tous à leurs premiers pas en éliminatoires dans leurs fonctions respectives.

Tout le contraire chez les joueurs, alors que 17 d’entre eux pourraient jouer leur dernier match samedi à Québec.

Malgré la difficulté de la tâche qui les attend face au Rouge et Or, Mathieu Lecompte demeure optimiste.

« Je m’attends à de l’audace de la part du Vert et Or en fin de semaine à Québec. Les probabilités de gagner ou de perdre ne m’intéressent pas. Il faut par-dessus tout être intense de la première à la dernière minute ; à chaque jeu, il faudra faire sa job. Il n’y a aucune équipe qui a gagné un match avant de l’avoir joué », a philosophé l’entraîneur-chef.

« Quand même bien on analyserait ce match de toutes les manières possibles, qu’on ferait intervenir toutes les statistiques du monde, on ne les a jamais battus. Dans ce cas, il faut se concentrer sur ce qu’on peut faire. C’est toi contre le gars d’en face, c’est tout. On devra être intense, gagner nos batailles physiques, à chacun de nos jeux. Au cumulatif, après quatre quarts, on verra le résultat. »

C’est Alex Jacob-Michaud qui sera le pivot partant pour le Vert & Or samedi. C’est lui qui a amorcé la saison, avant de perdre sa place au profit de Conor Sinclair.

Il est revenu dans la mêlée quand ce dernier a été blessé, avant de céder sa place à Xavier Owens. Jacob-Michaud a repris sa place lorsque Owens a été blessé contre McGill, au dernier match de la saison régulière.

« À sa décharge, Alex a vraiment été incroyable lors des deux derniers matchs. Il lance de très belles passes, des passes précises, il a retrouvé une belle touche de ballon. Tout le monde est satisfait, tout le monde est positif. On va souhaiter qu’il garde le même rythme que lors de ses deux derniers matchs », a dit Mathieu Lecompte.

Il s’agira d’un premier départ en éliminatoires pour Jacob-Michaud, qui en est à sa deuxième année avec le Vert & Or.

En saison, il a accumulé 1015 verges de gain, avec cinq passes de touché, mais huit interceptions.

Il a cependant perdu l’une de ses principales cibles. L’Américain Jermer Braswell, qui est retourné chez lui en Floride, a dominé les receveurs du Vert & Or avec 289 verges de gain et trois touchés. »

« On doit bien faire les choses, porter attention aux détails, que tu sois Américain ou Canadien, noir ou blanc ou asiatique, c’est la même chose. Si tu as mis des heures et que tu es impliqué, tu vas avoir le même résultat. Je ne crois pas que la perte des deux receveurs américains va affecter les résultats sur le terrain », a réitéré Lecompte.

Rouge et Or

Oubliez les stats entre Laval et Sherbrooke!

Deux victoires tranchées cette saison, 46-15 et 40-5. Dossier à vie parfait de 26-0. Aucun touché offensif accordé au Vert & Or en deux ans! Pour samedi, tous les chiffres parlent en faveur du Rouge et Or. Mais «les statistiques ne comptent plus», insiste Glen Constantin, en vue de la demi-finale de conférence contre Sherbrooke.

«Un jeu à la fois»

Tout peut arriver dans un match sans lendemain où la victoire fera foi de tout comme celui de samedi entre le Rouge et Or et le Vert & Or, au stade de l’Université Laval. Chaque camp garde un ou plusieurs lapins dans son chapeau, en cas. «Mais on n’est quand même pas pour courir après des fantômes et se préparer toute la semaine à arrêter des jeux qu’on n’a jamais vus», tranche l’entraîneur-chef de Sherbrooke.

Lié au Vert & Or depuis sa création en 2003, Mathieu Lecompte fait néanmoins office de recrue au poste d’entraîneur-chef à l’aube de la première ronde éliminatoire du football universitaire. Mais il sait parfaitement compter, lui qui a assuré son avenir financier en travaillant dans les domaines de l’immobilier et de la construction.

Tous les indicateurs pointent vers une victoire facile du Rouge et Or. C’est pourquoi le coach veut convaincre ses joueurs d’aborder «un jeu à la fois, d’y aller à 100 % sur chaque snap. Et on regardera le tableau de pointage à la fin du match. Il n’y a pas de secret».

Même si plusieurs facteurs annoncent un duel au sol, Lecompte refuse de s’avancer sur ce terrain. «Ce n’est plus le football universitaire du début des années 2000, où tu pouvais prédire si ç’allait se passer par la course ou par la passe. Maintenant, il y a tellement d’éléments qui varient. C’est l’allure du match qui va dicter le chemin à suivre.»

«Le foot est un infini de possibilités!» poursuit-il. «Même si on a déjà joué contre eux deux fois cette année, on ne peut pas dire qu’on a tout vu de Laval comme eux ne peuvent pas dire qu’ils ont tout vu de Sherbrooke», affirme celui qui, malgré une fiche de 2-6, ramène le Vert & Or en séries après une élimination hâtive l’an dernier qui a coûté la tête de son patron d’alors, David Lessard. Le Vert & Or est à la recherche d’une première victoire éliminatoire depuis 2012.

Le dernier affrontement serré à Québec entre ces deux équipes remonte à 2010, une finale québécoise arrachée 22-17 par le Rouge et Or sur une interception dans la zone des buts sur le dernier jeu du match par Maximilien Ducap.

VERT & OR

«Ça se gagne sur les lignes de mêlées»

Pas besoin d’être un expert pour savoir que pour gagner un match de football, il faut marquer davantage de points que l’adverse.

Mais justement, voilà l’une des lacunes cette saison chez le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke : marquer des points.

Les Verts, et les trois pivots qu’ils ont utilisés au passage, n’ont pu faire mieux qu’une production de 139 points en huit matchs en 2017.

Seulement 20 points, et un seul touché, en deux matchs contre le Rouge et Or de l’Université Laval, son prochain adversaire lors de la demi-finale du football universitaire québécois, samedi à Québec.

Et le seul touché a été inscrit sur un retour de botté par William Robitaille. Au cumulatif, Sherbrooke n’a pu faire mieux que 20 premiers jeux en deux matchs contre Québec.

Si le Vert & Or espère inscrire davantage de points, il devra donner plus de temps à son quart-arrière pour frapper ses cibles. Il devra donc contenir le puissant front défensif de Québec.

Malgré les statistiques, Rémi Giguère croit que le Vert & Or a les armes pour inscrire davantage de points qu’il ne l’a fait lors de ses deux duels précédents.

Le tout jeune entraîneur de la ligne à l’attaque des Verts sait de quoi il parle.

Ancien joueur des Carabins de l’Université de Montréal, il a gagné la Coupe Dunsmore à Québec en 2014, avant de soulever la Coupe Vanier, la semaine suivante.

Il connaît aussi l’ampleur de la tâche.

« Pour avoir joué contre le front défensif de Laval, je te garantis que ce sont de bons athlètes. Mathieu Betts est l’un des meilleurs au pays, Edouard Godin est un solide vétéran de cinquième année avec beaucoup d’expérience. Sans compter les deux gars à l’intérieur, Vincent Desjardins et Marc-Antoine Claveau, qui est de retour. »

« De notre côté, en préparation, on parle très rarement des joueurs adverses. On passe plus de temps sur nos gars, sur ce qu’ils peuvent faire pour devenir meilleurs, sur ce qu’on contrôle. Avec le temps qu’on passe à travailler individuellement, avec l’extra que les gars font pendant la semaine, les gars s’améliorent. Le but, c’est d’éviter de personnaliser notre adversaire, de mettre des noms, de se laisser distraire», a dit Rémi Giguère.

«On ne peut passer du temps sur un adversaire qu’on ne contrôle pas. On doit préparer nos joueurs pour être efficaces sur les forces de ces joueurs-là. En préparation technique, on va être un peu plus spécifique afin d’être efficaces. Ainsi, les gars vont débarquer sur le terrain avec un plan simple en tête.»

Giguère doit aussi préparer ses joueurs de ligne en fonction du style offensif du coordonnateur Brent Bailey.

Ce dernier aime utiliser des formations utilisant cinq receveurs de passe et un porteur. L’absence d’un ailier rapproché dans la formation réduit la protection et, donc, le temps de lecture du quart-arrière et augmente les possibilités de pénalités d’accrochage.

Mais quand vous pouvez compter sur un entraîneur qui a affronté Betts et Godin, vous pouvez profiter de certains conseils.

«J’ai affronté les deux et des fois, il ne suffit que d’un petit ajustement, un détail. Je me rappelle le dernier match contre Laval, j’ai dit aux gars: essaye tel ou tel petits trucs. C’était l’fun de les voir revenir au banc en souriant et en me disant que ça avait marché!», a dit Rémi Giguère.

«Mais pour le reste, ça demeure le même discours qu’on avait à Montréal avant d’affronter Québec; pour battre ces équipes-là, ça se gagne sur les lignes de mêlée. Notre ligne à l’attaque doit gagner son affrontement. Ça ne sera pas un combat facile, mais on a un front très expérimenté et habitué à jouer ensemble.»

«Ces confrontations, encore plus en séries, sont très importantes, surtout à ce temps-ci de l’année. Il commence à faire un peu plus froid, il faut pouvoir installer notre jeu au sol. Les gars savent à quoi s’attendre. Ce sera très semblable à ce qu’ils ont vécu au match d’ouverture.»