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Éric Bélanger, entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis, dans la LHMAAAQ.
Éric Bélanger, entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis, dans la LHMAAAQ.

Une saison dans la LHMAAAQ? : pas beaucoup d’espoir de reprise se désole Éric Bélanger

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
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Éric Bélanger était en route pour l’aréna, lundi après-midi, lorsque La Tribune l’a joint. L’entraîneur-chef des Chevaliers de Lévis, dans la LHMAAAQ, le confirme, en soupirant : l’enthousiasme des joueurs n’a jamais été aussi bas. Et les minces espoirs de jouer un tant soit peu lors de cette saison 2020-21 fondent comme neige au soleil, dit le Sherbrookois.

Le hockey n’a pas été épargné, depuis le début de la pandémie, en mars 2020. Les répercussions sont aussi grandes au sein de la LHMAAAQ; aucun match officiel n’a pu être présenté jusqu’à présent cette saison.

Les espoirs d’une reprise reposaient en grande partie sur le plan de déconfinement progressif des sports, annoncé Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation, responsable des dossiers concernant le sport, les loisirs et les saines habitudes de vie, lors de son attendu point de presse de vendredi... il y a un peu plus de deux semaines.

Depuis, rien. Du moins, pour le hockey.

Connu pour son franc-parler Éric Bélanger, ne se défile pas dans ce dossier-là non plus.

Entraîneur-chef des Chevaliers depuis 2019, il tient la barre de son équipe, malgré le vent contraire.

« J’essaie de rester optimiste pour mes joueurs. Je ne crois pas qu’on va reprendre. Des dirigeants de la LHMAAAQ ont rencontré des responsables de la Santé publique, quelques jours après la conférence de presse de la ministre, mais il n’y a rien qui se passe. Visiblement, on ne doit pas parler aux bonnes personnes, on ne doit avoir les mêmes contacts que les gens de la LHJMQ, je ne sais pas... »

La LHJMQ a obtenu, on s’en rappelle, une aide financière de plusieurs millions de dollars qui lui a permis, entre autres, de mettre sur pied des environnements protégés, où les équipes ont pu jouer des matchs, depuis janvier dernier.

La LHMAAAQ, sous la responsabilité de Hockey Québec, n’a pas eu ce luxe.

« C’est décourageant; on a fait tout ce qu’on avait à faire, on n’a pas eu beaucoup de cas de COVID. Le problème que j’ai, c’est qu’on n’essaie même pas. Ce que j’aurais aimé, c’est qu’on tente quelque chose; une semaine, on joue deux matchs contre le SSF (Séminaire Saint-François), par exemple, Trois-Rivières joue contre Jonquière. S’il n’y a pas de cas, on joue deux matchs contre Trois-Rivières la semaine suivante. Il y aurait eu moyen de faire quelque chose », s’est-il désolé.

Éric Bélanger a disputé plus de 800 matchs dans la LNH, au sein de sept équipes différentes, lors d’une carrière qui s’est échelonnée sur 15 ans. Il a même fait un détour par la KHL.

Retranché par les Cantonniers de Magog, il a par la suite été rappelé par le club magogois en cours d’année, et fut ensuite repêché par les Harfangs de Beauport, dans la LHJMQ.

« J’aimerais savoir pourquoi ça n’a pas marché. Pourquoi on ne peut pas jouer? Je parle à beaucoup de monde dans le hockey, ça joue partout. Il y a des places en Floride, en Ontario, qui n’ont jamais arrêté. Différent niveau de hockey. Je ne sais pas ce qu’ils ont contre le hockey, je n’ai aucune idée. »

« On n’a eu aucune explication, rien. Et c’est ça qui est frustrant. Depuis août, on a pu disputer des mini-matchs et même ça, c’est terminé. Dans la zone orange de l’automne dernier, on aurait pu jouer, mais ils ont changé ça. Ils changent ça sur le “ fly ”. Et le plus dur, c’est d’expliquer ça aux jeunes », a-t-il pesté.

« Depuis deux semaines, je vois vraiment une grosse baisse dans la motivation des gars. J’essaie de les motiver, mais je ne leur mentirais pas en pleine face. Ils savent que les chances diminuent de plus en plus, les gars sont stressés, ils ne savent pas ce qui va se passer pour le repêchage de la LHJMQ de l’été prochain. »

Pourtant, rappelle-t-il, toutes les mesures requises ont été mises en place.

« On a des visières complètes, des masques, on fait tout ce qu’il faut. J’aurais aimé qu’on essaie. Il n’y a pas eu d’éclosions majeures, chez nous, il n’y a rien eu. On pratique tous les jours. Et arrêtez de me parler des bulles classes; c’est du grand n’importe quoi. Les jeunes retournent à la maison, ils ont des parents qui travaillent, des frères et des sœurs qui vont aussi à l’école, souvent, dans des écoles différentes. »

« Il n’y a pas de cohérence, de communication, ni de justifications des mesures qu’ils prennent. Si on nous expliquait qu’il y a 80 % des chances, admettons, qu’il y ait de la contamination lors d’un match, on comprendrait. Mais là, rien. »

Des conséquences pour les joueurs

Il n’est pas rare de voir des joueurs évoluer seulement une saison dans la LHMAAAQ avant de faire le saut directement dans la LHJMQ, par la suite.

Mais avec une année de moins de compétition derrière la cravate, ces joueurs seront moins bien outillés pour ce passage direct au hockey junior, a prévenu Éric Bélanger.

Et jusqu’à présent, aucune modification officielle n’a été annoncée sur le format du prochain repêchage de la LHJMQ en ce sens, par exemple.

« Jouer dans le junior à 16 ans, il faut que tu sois vraiment bon. Beaucoup de jeunes de 16 ans montent trop tôt. Perdre une année complète de développement, à 15 ans, c’est difficile. Si un jeune fait le saut directement dans la LHJMQ l’an prochain, ça va faire un an et demi qu’il n’aura pas joué avec contact. Pour le développement d’un joueur, c’est difficile. »

« Les clubs juniors seront peut-être moins enclins à en sélectionner au repêchage. C’est sûr qu’une année de 15 ans, c’est une année très importante. Le repêchage sera un peu à l’aveugle. Des recruteurs ont commencé à venir à nos entraînements, mais ça, ça a été un autre débat. La direction ne voulait qu’on accueille six recruteurs dans un aréna de 1000 places! »

Développer les habiletés, vraiment?

Certains experts arguent que cette période sans compétition permet aux athlètes de développer leurs habiletés individuelles. La ministre Charest a d’ailleurs insisté sur ce point, lors de son dernier point de presse.

« Oui, c’est bon, mais jusqu’à une certaine limite. Tu as bien beau faire ça pendant un an, moment donné, lancer une rondelle dans un filet vide... Il faut que tu apprennes à lancer pendant que tu te fais frapper, en situation de match. On ne peut pas reproduire le vrai match de hockey. Le problème il est là », a précisé Éric Bélanger.

« Oui, on a vu une courbe de progression sur certains aspects, depuis le début de l’année, mais ce n’est pas la même courbe que lorsqu’il y a des matchs. On ne joue pas en situation de match. Comment les gars vont réagir dans ces situations-là? On ne peut pas casser certaines mauvaises habitudes en laissant le gars au bout du banc, par exemple, lorsqu’on développe ses habiletés individuelles! Je vais te dire une affaire, je suis rendu loin dans mes cahiers d’exercices! »

« Je trouve ça plate pour les gars, j’ai passé par là, moi aussi. Ces jeunes-là ont travaillé fort tout l’été, toute l’année, ils ont gardé la bonne attitude, ça m’enrage pour eux. Parce qu’on n’a pas de réponses. Il n’y a rien que le néant. »