Œuvrant au sein du Conseil loisir et sport de l’Estrie (CLSE) à la fin des années 1960, Bertrand Beaulieu et son équipe ont eu la lourde tâche de préparer la première édition des finales régionales, en 1970, en prévision de la première finale provinciale d’été des Jeux du Québec, en 1971.

Une histoire à succès qui se poursuit pour les 50 ans des Jeux du Québec

Le mouvement qui a mené à la concrétisation des Jeux du Québec fête ses 50 ans. Issue de la réflexion qui a pavé la voie à l’accueil des Jeux olympiques à Montréal en 1976, la mise sur pied des Jeux du Québec fut un jalon incontournable de l’organisation sportive au Québec. Dès 1970, chaque région du Québec a réalisé un véritable travail de fond afin de se lancer dans l’aventure. Et en Estrie, c’est Bertrand Beaulieu et son équipe qui ont fait figure de pionniers.

C’est à Québec cette fin de semaine que s’amorce la 54e finale des Jeux du Québec, qui se dérouleront dans la Vieille Capitale.

Des milliers de jeunes athlètes, d’accompagnateurs, de bénévoles et de parents convergeront vers Québec pour cette grande fête du sport amateur.

La popularité des Jeux du Québec est indéniable. Histoire d’un phénomène qui traverse les époques.

C’est à la fin des années 1960 que prenait forme, dans l’esprit des principaux responsables du sport, la possibilité d’instaurer au Québec un événement de même nature que les Jeux du Canada et qui prendrait le nom de Jeux du Québec.

Mais avant d’en arriver là, un énorme travail de fond est nécessaire. Les fondations de l’organisation sportive, dans toutes les régions du Québec, restent à être bâties et harmonisées.

Originaire de Rivière-du-Loup, c’est en 1969 que Bertrand Beaulieu arrive à Sherbrooke.

Celui qui fut responsable des sports à la municipalité de Lac-Mégantic pendant six ans, de même qu’à Vaudreuil et à Mont-Laurier, entrevoit ce nouveau défi professionnel au sein du Conseil du loisir et du sport en Estrie (CLSE) avec enthousiaste.

« Le premier dossier qu’on a déposé sur mon bureau à Sherbrooke fut celui de l’organisation des finales régionales des Jeux du Québec. C’était non seulement nouveau, mais un très gros dossier. Il fallait préparer des finales régionales dans toutes les disciplines sportives, afin d’envoyer les meilleurs athlètes à la première édition de la finale provinciale de Jeux du Québec », se rappelle-t-il.

« On partait vraiment de zéro! Avec mon équipe, j’ai commencé à faire l’inventaire, d’abord, de tous les sports pratiqués en région, hiver comme été. Ensuite, tâche aussi importante, il fallait faire la recension de tous les équipements sportifs, et leur localisation. Le but était d’avoir un portrait global de la pratique du sport en région. Enfin, j’ai rencontré chaque responsable de chaque discipline sportive; le problème, c’est que la majorité des sports, à l’époque, n’étaient pas organisés comme aujourd’hui. »

Un vrai travail de moine, dit Bertrand Beaulieu.

« Au total, on a recensé 40 disciplines sportives. Et sur le terrain, les gens nous disaient que c’était impossible d’organiser des jeux régionaux, que c’était trop d’ouvrage. »

La candidature olympique de Montréal fut sans contredit un des éléments déclencheurs d’une mobilisation en sport.

Le sport devait être développé, et pas seulement sur le plan des athlètes. Le besoin d’officiels et d’entraîneurs compétents ainsi que d’une meilleure structure sportive était impératif.

« Malgré tout, on a réussi à organiser les premières finales régionales, à Sherbrooke, en 1970. Quelque 2000 athlètes, dans 20 disciplines, se sont présentés. On a fait comme les Jeux olympiques, on a eu une cérémonie d’ouverture, au Champ de mars, on voulait que ce soit comme les grands jeux. Ce fut un véritable succès, on en revenait pas! », a rigolé Bertrand Beaulieu.

Le succès remporté par la première édition des finales régionales, en août 1970, dépasse les plus optimistes prévisions : plus de 100 000 participants partout au Québec ont vécu des compétitions qui leur auront donné le goût du sport. 

Au mois d’août 1971, Rivière-du-Loup accueille la première Finale des Jeux du Québec.

« Pour les Jeux du Québec, chaque région s’est vu accorder des couleurs, au hasard. Nous, c’était mauve ou bourgogne. Il a fallu que j’appelle l’organisation des Jeux, à Montréal, pour leur dire qu’à Sherbrooke et en Estrie, c’était le Vert et l’or. Il fallait changer! C’était Rouyn-Noranda qui avait ces couleurs; je les ai contactés et on a fait l’échanger! La délégation de l’Estrie porte ses couleurs depuis ce temps. »

Et l’Estrie a connu le succès, dès 1971, confirme Bertrand Beaulieu.

« Notre équipe de soccer s’est rendue en finale, contre une formation plus qu’aguerrie de Montréal. Personne ne croyait en nos chances. Pourtant, on a remporté l’or; je me rappelle que Christian Beauchemin avait marqué neuf buts pendant le tournoi. Il avait même été interviewé par Radio-Canada, c’était incroyable à l’époque », a dit Bertrand Beaulieu..

« Un autre athlète, Denis Bolduc de Lac-Mégantic, en cyclisme, s’est aussi démarqué en remportant la course de 100 km en circuit fermé, contre les meilleurs cyclistes au Québec. Ce fut pour lui le départ d’une grande carrière, qui l’a amené à faire partie d’une équipe professionnelle, en France », a précisé Bertrand Beaulieu.

« Grâce aux finales régionales, on a mis sur pied des certifications pour les entraîneurs, pour les clubs, on a instauré des structures pour que le sport se développe globalement. »

« J’ai aussi une pensée pour tous les bénévoles qui se sont donnés corps et âme pour les Jeux, et qui continue à le faire. Sans ce support, ça aurait été impossible. Ce fut un travail de titans, pour toutes les personnes impliquées dans le processus. On travaillait jour et nuit. À Sherbrooke, l’alliance Omnisport est née grâce aux Jeux du Québec; avant, tout le monde travaillait individuellement. Les réussites qui ont découlé de l’instauration des Jeux du Québec ne se comptent plus, il y en a tellement! C’est d’ailleurs un succès qui se poursuit toujours; à preuve, partout où je passe, on me parle encore des Jeux, 50 ans plus tard. »