Jean-François Beaulieu (15) des Cantonniers tente de récupérer une rondelle aux pieds du gardien Jean-François Kingsley, du Montréal-Bourassa. Tout le monde semble chercher cette rondelle, dont les défenseurs Paul-André Bourgoin (15) et François Caron (4). Derrière Caron, on aperçoit Pierre Morvan, des Cantonniers.
Jean-François Beaulieu (15) des Cantonniers tente de récupérer une rondelle aux pieds du gardien Jean-François Kingsley, du Montréal-Bourassa. Tout le monde semble chercher cette rondelle, dont les défenseurs Paul-André Bourgoin (15) et François Caron (4). Derrière Caron, on aperçoit Pierre Morvan, des Cantonniers.

Une Coupe Air Canada gagnée dans l’adversité

Pour une semaine exaltante, intense, émotive, ponctuée de rebondissements, d’adversité et de drame (voir autre texte), les Cantonniers de Magog avaient été servis à souhait lors du tournoi de la Coupe Air Canada disputé à l’aréna Maurice-Richard de Montréal en 2000. La fin de l’histoire n’avait pas été moins électrisante, puisque les Cantonniers des entraîneurs Mario Durocher (en chef), Judes Vallée, Martin Bernard et Stéphane Waite avaient comblé leurs nombreux partisans qui s’étaient déplacés toute la semaine pour les encourager en prenant le soin de ramener avec eux la Coupe Air Canada, trophée proclamant les champions canadiens midget AAA.

Les Cantonniers avaient laissé toute une impression à leur première présence au championnat national midget AAA à titre de représentants officiels et champions du Québec. Il faut savoir que les Cantonniers avaient agi à titre de club hôte en 1995 au Palais des sports de Sherbrooke et avaient été dans l’impossibilité de se qualifier pour le carré d’as.

Revenons au tournoi de 2000. Les Cantonniers avaient connu des débuts retentissants avec une victoire éclatante de 14-3 sur les Stars de Richmond Hill, représentants de l’Ontario. Les Magogois avaient dominé leurs rivaux 81-28 dans les tirs au but. Pour une entrée fracassante, il aurait été difficile de faire mieux. La majorité des buts de l’équipe avaient été la signature de trois joueurs, soit Simon St-Pierre (5-2), Rémi Bergeron (4-1) et Benoît Duhamel (3-0).

L’entraîneur Danny Jones des Stars avait retardé l’arrivée sur la glace de son équipe d’une dizaine de minutes pour le début de la période médiane. C’était sa façon de protester contre ce qu’il qualifiait de zèle des officiels au chandail zébré du Québec. Peu importe, les Stars n’étaient pas de taille.

Autre victoire et perte de Bergeron

Les Cantonniers ont retrouvé pour leur seconde sortie au tournoi l’équipe-hôtesse, le Collège Français de Montréal-Bourassa, qu’elle a vaincue 5-3. Après le match, l’état-major et les coéquipiers de Rémi Bergeron se souciaient davantage du sort de ce dernier qui a terminé le match en dépit de deux côtes fracturées et d’une lacération au rein gauche.

Bergeron avait caché sa blessure survenue durant la partie à la suite d’un double-échec. Cette lacération a été causée probablement parce que Bergeron insistait pour jouer et répondait que tout allait bien chaque fois qu’il revenait au banc.

Affaibli et avec du sang dans l’urine, Bergeron avait été conduit d’urgence à l’Hôpital général de Montréal où il avait été pris en main par le docteur du Canadien de Montréal, Douglas Kinnear, qui l’a examiné. Ce dernier avait pris la peine de préciser que le personnel médical des Cantonniers n’était aucunement à blâmer.

Les Cantonniers (en rouge) ont affronté les Maple Leafs de St. John’s durant la Coupe Air Canada. Sur la photo, Adam Pennell et Mathieu Brunelle se disputent la rondelle.

Premier rang et Jean-François Beaulieu

Les Cantonniers ont ensuite complété la ronde préliminaire du tournoi au premier rang avec une fiche de 4-1, chaque victoire apportant son lot d’histoires. Par exemple, dans une victoire de 8-2 sur St-John`s, le joueur affilié Jean-François Beaulieu était sur les bancs d’école à 11 h à Drummondville lorsqu’il a été rappelé pour les Cantonniers. Deux heures plus tard il prenait place dans le vestiaire de l’équipe et inscrivait un des buts les plus spectaculaires du tournoi.

Si vous vous interrogez pourquoi Beaulieu avait été rappelé aussi tardivement, c’est qu’à l’époque, les équipes ne pouvaient faire appel à des joueurs affiliés à la Coupe Air Canada. Les Cantonniers avaient décelé une faille dans la réglementation et, par un votre de 3-2 des équipes en leur faveur, les Magogois avaient obtenu la permission d’utiliser Jean-François Beaulieu pour remplacer Rémi Bergeron, dont la saison était terminée.

Incroyable mais vrai, Beaulieu avait terminé le championnat canadien avec deux titres du joueur du match dans la poche et son moment de gloire, lui qui ne devait même pas être de la partie.

Lance et Compte et Jacques Demers

La semaine des Cantonniers ne pouvait se terminer sans d’autres histoires croustillantes dignes de la fameuse série Lance et Compte. Comme ces appels téléphoniques qui avaient réveillé les joueurs des Cantonniers dans la nuit du vendredi au samedi, soit avant leur match de demi-finale contre les Contacts de Saskatoon. « On a lancé des pommes et des bananes dans nos portes et en sortant dans le couloir, on a vu des joueurs des Contacts s’enfuir en courant. Quand on décrochait la ligne téléphonique, ça ne parlait pas. C’est clair qu’ils ont essayé de nous déranger. En demi-finale, ils nous ont traités de fucking frogs », avait déclaré Bochatay à l’époque.

Qu’à cela ne tienne, les Contacts avaient payé pour leur arrogance, les Cantonniers les défaisant 4-3 après avoir tiré de l’arrière 1-3 rapidement dans la partie. « Leur échec-avant nous embouteillait en première période. Notre entraîneur (Mario Durocher) avait changé de stratégie pour le début du deuxième tiers et cela a donné des résultats. Nos entraîneurs ne se trompaient jamais », mentionnait récemment Bochatay.

Avant de disputer cette demi-finale, les joueurs des Cantonniers avaient eu la visite de Jacques Demers lors de la réunion d’équipe. « Je ne sais pas si les joueurs étaient tannés de nos discours, mais je me souviens qu’ils étaient pas mal plus à l’écoute quand monsieur Demers leur adressait la parole, se souvient Mario Durocher, sourire en coin. Il fallait voir la réaction des joueurs lorsque monsieur Demers a fait circuler sa bague de la Coupe Stanley de 1993 avec les Canadiens. »

François Fillion, capitaine des Cantonniers.

Jour historique

Se retrouvant ensuite en grande finale nationale contre le Collège-Français, qui avait surpris Fort Saskatchewan en demi-finale, les Cantonniers étaient tout simplement dans une classe à part, l’emportant 6-0 et dotant du même coup la concession magogoise de son premier titre canadien.

Dans les annales de la Coupe Air Canada (maintenant la Coupe Telus), vieille de plus de 40 ans, la victoire des Cantonniers de Magog en 2000 s’inscrit parmi les plus savoureuses et captivantes.

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Judes Vallée avait choisi de vivre discrètement les derniers jours de son père pour ne pas nuire à la préparation de l’équipe dans cette semaine de la Coupe Air Canada. Entre deux parties, Vallée avait effectué le trajet Montréal-Trois-Rivières aller-retour pour se rendre à son chevet aux soins palliatifs.

Une victoire trempée dans la douleur pour Judes Vallée

La victoire des Cantonniers de Magog à la Coupe Air Canada de l’an 2000 a été acquise dans le déchirement par Judes Vallée, adjoint à Mario Durocher. Vallée vivait un des épisodes des plus douloureux de sa vie en silence alors que son père Paul-Émile était en phase terminale, lui qui était aux prises avec la leucémie depuis cinq ans.

Vallée avait choisi de vivre ce moment discrètement pour ne pas nuire à la préparation de l’équipe dans cette semaine de la Coupe Air Canada. Entre deux parties, Vallée avait effectué le trajet Montréal-Trois-Rivières aller-retour pour se rendre au chevet de son père aux soins palliatifs. 

« Mon père a toujours été un grand amateur de hockey. Il ne voulait pas que je rate la Coupe Air Canada et insistait pour que je sois avec l’équipe. Gagner un championnat canadien, ça passe une fois dans la carrière d’un entraîneur, qu’il me disait », se rappelle Vallée.

La journée de la finale, Paul-Émile Vallée vivait ses dernières heures. Son fils en a été informé et il a effectué une fois de plus la route vers Trois-Rivières. 

« À ce moment-là, les joueurs, de toute évidence, savaient ce qui se passait. Je suis revenu juste à temps pour la finale », souligne celui qui fut le premier entraîneur du Phoenix de Sherbrooke.

Le regard

Didier Bochatay, un des piliers de l’équipe en 2000, se souvient encore de ce moment. 

« On se demandait si Judes serait présent au match. C’est lui qui s’occupait des défenseurs. Je le vois encore arriver dans le vestiaire. Il s’était approché à tour de rôle des défenseurs et nous regardait droit dans les yeux. Son regard disait tout. Il n’avait pas besoin de parler. J’en ai encore des frissons quand j’y pense aujourd’hui. Dans cette équipe, nous étions tous comme des frères de sang. Quand un membre de l’équipe traversait une période difficile, nous étions tous derrière lui. L’épreuve de Judes nous avait touchés. Quand la victoire a été dans le sac en troisième période, j’ai immédiatement eu une pensée pour Judes et son père », raconte celui qui est maintenant recruteur pour le compte des Huskies de Rouyn-Noranda.

Célébrations courtes

Vallée ne s’est pas éternisé dans le vestiaire des champions après la victoire des Magogois. 

« Je n’avais pas réellement le cœur à la fête. Deux gorgées de champagne, un cigare à peine consommé et j’étais de retour sur la route, direction Trois-Rivières. Mon père n’était pas décédé à mon arrivée là-bas. Il a eu un très court moment de lucidité et a pris la peine de me demander comment le match s’était terminé », se souvient Judes Vallée, avec encore des trémolos dans la voix.

« La semaine a été très émotive et en montagnes russes. Cela a fait de moi un homme qui est capable de vivre et profiter du moment présent. J’avais été témoin de la force de mon père durant sa longue maladie. Cela me guidait dans mon quotidien. J’avais un modèle pour passer à travers cette épreuve. Je l’ai appris à la dure, mais cela m’a servi. Je pouvais revenir dans ma bulle chaque fois que j’étais dans l’entourage de l’équipe. J’étais focus pour cette belle gang qu’on formait, comme mon père me l’avait demandé », renchérit Judes Vallée.

Paul-Émile Vallée avait seulement 58 ans au moment de son décès. Sept ans plus tôt, Judes Vallée avait eu la douleur de perdre sa mère.

Steven Bertrand

De cette superbe édition des Cantonniers, au moins un joueur a quitté ce monde. L’attaquant Steven Bertrand a été terrassé par un infarctus il y a quelques années. 

Son ancien coéquipier Didier Bochatay raconte. « Ça me brise le cœur chaque fois que j’y pense. C’était tellement un gars d’équipe, prêt à se sacrifier pour tous. Il souhaitait tellement qu’on se réunisse pour revoir tout le groupe. C’est injuste qu’il soit parti si jeune, dans la trentaine. Il était un jeune père de famille. Chaque fois qu’on évoque notre saison 2000, je songe à Steven. »

Steven Bertrand était un joueur de soutien de qualité et capable de hausser son jeu quand l’enjeu était grand. Après avoir enfilé six buts en saison régulière, il en avait obtenu le double en séries et à la Coupe Air Canada.

C’est même lui qui avait été l’auteur du dernier but de l’équipe à la Coupe Air Canada.  Jean-Guy Rancourt