Stéphane Waite dirige trois écoles de hockey destinées aux jeunes gardiens de but, à Terrebonne, Brossard et Sherbrooke.
Stéphane Waite dirige trois écoles de hockey destinées aux jeunes gardiens de but, à Terrebonne, Brossard et Sherbrooke.

Une chance inespérée pour le CH

SHERBROOKE — Rarement au cours des dernières années Stéphane Waite n’avait eu autant de temps, pour prendre son temps. Éloignement oblige, à cause de la pandémie de la COVID-19, du feu roulant dans la LNH, le Sherbrookois entraîneur des gardiens de but du Canadien de Montréal a pris du temps pour lui, mais il a aussi passé du temps à épier ce qui se fait ailleurs sur la planète dans le petit monde des gardiens de but, tout en montant au front pour son école de hockey pour gardiens, toujours confinée.

Stéphane Waite dirige trois écoles de gardiens au Québec, à Terrebonne, Brossard et Sherbrooke. Au total, ce sont quelque 150 gardiens qui suivent ses enseignements, et ce, depuis 1988.

Même si les exercices faits pendant les ateliers d’enseignement sont individuels, les écoles de hockey n’ont toujours pas l’approbation pour redémarrer leurs activités.

Non seulement parce qu’elles sont répertoriées dans les sports collectifs, mais aussi parce que les arénas de la province n’ont toujours pas obtenu le OK pour une réouverture.

Et le temps commence à presser; les écoles de Waite doivent amorcer leurs activités le 18 juillet.

« On ne pratique pas un sport d’équipe, on travaille les habiletés individuelles. C’est facile de respecter les consignes de distanciation. Il y a un gardien de but à la fois devant le filet, il n’y a aucun contact. C’est un peu comme pour le patinage artistique. Je m’explique mal pourquoi on garde encore les arénas fermés pour ces deux activités », dit Stéphane Waite.

« L’enthousiasme est là, les parents veulent envoyer leurs jeunes à notre école. Seulement quatre ont annulé jusqu’à présent, donc c’est très révélateur. Voilà pourquoi on demande à la ministre (Isabelle) Charest de réfléchir à la question. Il faut faire bouger les jeunes et les écoles de hockey au Québec, c’est une grosse activité pour plusieurs d’entre eux. En Europe, tout le monde a recommencé à patiner », fait-il valoir.

« On est plusieurs propriétaires d’écoles de hockey à se parler. L’ancien officiel de la LNH Johnny Murray a écrit une lettre à la ministre Charest pour faire valoir ses points pour un retour. Ici en région, l’Académie CCM, Perfecto, Jacques Grégoire, on se parle de la situation. Tout le monde est prêt, on attend le OK et on tente de rassurer les parents. On met ces écoles sur pied parce qu’on aime ça, c’est une passion. Et c’est plaisant de partager cette passion avec des jeunes aussi passionnés. »

Retour à la base

Avec plus de temps libre, Stéphane Waite en a profité pour bonifier son livre d’exercices pour les gardiens de but et mettre à jour certains points techniques qui pourront être bénéfiques pour ses gardiens. Des points qui, parfois, surgissent du passé.

« J’en ai profité pour regarder ce qui se fait ailleurs dans le monde. Et j’ai bien aimé ce qu’ils font en Russie présentement. Ils travaillent beaucoup sur le fait de développer de meilleurs athlètes, pas uniquement de meilleurs gardiens de but. Ils travaillent sur le développement global de l’athlète. C’est un peu ce que je prêche depuis quelques années : plutôt que d’être sur la glace chaque jour et de ne faire que de la technique et de la technique, les jeunes doivent développer leurs habiletés sportives », argue l’entraîneur de Carey Price.

« Tu joues au soccer, ça développe la rapidité, la force de tes jambes et ton cardio; tu joues au baseball, ça développe ta coordination main-œil, ça développe ta mitaine, ta vitesse des jambes sur les sprints. Dans tous les sports, il y a quelque chose qui va faire de toi un meilleur gardien. En même temps, c’est bon au niveau mental, ça te fait sortir du hockey 12 mois par année. Quand tu reviens, tu as hâte, tu as faim. »

Des gardiens debout

Si la tendance des gardiens, dans les années 1970 et 1980, était de rester debout devant leur filet, le style papillon et son approche statistique à vouloir bloquer davantage le bas du filet ont la cote depuis les années 1990.

Est-ce que le style debout pourrait être de retour?

« Dans mes recherches, j’ai vu beaucoup de nouveaux exercices très intéressants. Je vois aussi des choses qui sont de retour, que je n’avais pas vues depuis 20 ou 30 ans, alors que j’ai commencé comme entraîneur des gardiens. Notamment pour les tirs à angles fermés, j’ai vu des gardiens rester debout plus longtemps, plutôt que de tomber en style papillon trop vite sur les genoux », analyse-t-il.

« J’ai aussi vu des gardiens qui sont plus agressifs que ce qu’on est habitués à voir. Ça se faisait beaucoup dans le temps (dans les années 1980 entre autres). Ce sont des points techniques qui pourraient revenir dans l’actualité afin que le gardien devienne moins prévisible. Ça fait réfléchir. C’est parfois bénéfique de sortir de la forêt et d’avoir une vision d’ensemble différente. »

Des séries de la LNH en plein été

La LNH a déposé son plan de retour, qui devra être cautionné par les différentes instances de santé publique. Le retour au jeu s’amorcera avec une ronde de qualification et des matchs de tournoi à la ronde dans deux villes hôtesses avec 24 équipes encore en lice.

La ronde de qualification sera composée de 16 équipes et le tournoi à la ronde opposera les quatre meilleures équipes de chaque association pour déterminer les affrontements de la première ronde.

Mais pour l’instant, c’est l’attente.

« Le personnel d’entraîneurs de l’équipe se rencontre une fois par semaine, on parle à nos joueurs, nos gardiens. C’est la seule chose qu’on contrôle, c’est d’être prêt pour quand le OK sera donné. Je fais le suivi avec Carey Price et Charlie Lindgren, et ils seront prêts à sauter sur la glace dès qu’on pourra. On a déjà planché sur les entraînements possibles, avec les contraintes liées au nombre de joueurs. Pour le reste on attend », dit Stéphane Waite.

« Pour le format de 24 équipes, je ne peux pas être contre ça, car ça nous place en séries! Si tu me donnes une chance de gagner la coupe Stanley, je vais dire oui! Dites-moi où et quand, je serai là et prêt! » dit le Sherbrookois, qui a gagné la coupe Stanley à deux reprises avec les Blackhawks de Chicago.

Et est-ce que le CH serait avantagé, dans ce format, avec un Carey Price devant le filet, lui qui est reconnu comme étant le meilleur gardien par les joueurs de la LNH?

« Oui, mais toutes les équipes peuvent dire la même chose; ton gardien est en feu, tu as une chance, ton équipe est en santé, tu as une chance, tu as quelques breaks, tu as une chance. Je l’ai vécu à Chicago, c’est une question de timing. Toutes les pièces doivent être assemblées en même temps. »

« Tout le monde a hâte que ça recommence, c’est l’fun d’avoir une chance. Je crois que les fans vont embarquer. Je crois qu’il va y avoir un intérêt, même si ça se passe pendant l’été. Écouter du hockey en direct à la télévision, c’est pas mal mieux que d’écouter n’importe quelle émission en reprise depuis trois mois! »