La triple médaillée olympique Kim Boutin a voulu prendre une pause des médias pour pouvoir recharger un peu ses batteries.

Un «tourbillon» difficile à gérer pour Boutin

MONTRÉAL — Les meilleurs patineurs de vitesse sur courte piste ont eu peu de temps pour souffler. Il y a moins de trois semaines, ils marchaient dans le stade de PyeongChang, en Corée du Sud, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. Dès jeudi et jusqu’à dimanche, ils joueront du coude sur la glace de l’aréna Maurice--Richard, cette fois en quête de titres aux Mondiaux.

Triple médaillée à sa première participation olympique, Kim Boutin, 23 ans, aborde l’événement avec sa candeur habituelle. «Mon plan va rester le même, c’est de m’amuser énormément et de prendre le plus d’expérience possible.»

La Sherbrookoise ne se mettra pas plus de pression sur les épaules qu’à l’habitude. Ses trois médailles fraîchement acquises ne changent pas sa façon d’aborder le sport ni sa façon d’être sur la glace, assure-t-elle. En entrevue, elle admet néanmoins avoir eu quelques difficultés à vivre le tourbillon associé à son nouveau statut de médaillée.

«Ç’a été difficile de revenir. Je n’avais pas le sentiment d’avoir vécu mes émotions là-bas. J’ai l’impression que, à PyeongChang, j’étais en ligne et que je fonçais pour un objectif. C’était OK. Mais tout a été très rapide. Quand je suis revenue et que j’ai vu l’ampleur que ça avait pris, ça a été quand même assez difficile de dealer avec tout ça. C’était beaucoup d’attention.»

Habituée à être dans l’ombre, Boutin a enchaîné les entrevues et les présences à l’écran. Elle a réalisé qu’on la reconnaissait désormais sur la rue. «Je n’ai pas voulu changer ma personnalité pour autant. J’ai essayé de canaliser cette belle énergie, de continuer à faire mes choses et d’accepter cette attention qu’on m’accordait et de la voir comme un plus. Je suis contente d’avoir vécu ça.»

Question de se protéger et de recharger ses batteries, elle a tout de même dû prendre une petite pause, loin de cette agitation. Elle a continué de s’entraîner, mais elle a décliné les demandes des médias, elle a vu sa famille, ses parents.

«On a eu trois semaines entre les Jeux et les Championnats du monde, ce n’est pas beaucoup. La deuxième semaine, une fois que le gros high des Jeux est passé, l’énergie est difficile à aller chercher. J’ai pris une semaine pour moi. Ça m’a permis de respirer un peu, de revenir dans ma routine normale.»

Expérience profitable

Remise de ses émotions, Boutin parcourra l’anneau de l’aréna Maurice--Richard riche de sa récente expérience olympique. «J’ai tellement appris de choses aux Jeux. J’ai appris que le travail que j’avais fait dans les deux dernières années me permettait d’être ultra sereine et de profiter de tous les moments. Ça m’a permis de passer à travers.»

En février, après avoir été menacée de mort sur les réseaux sociaux après l’obtention de sa médaille de bronze au 500 m olympique, elle ne s’est pas laissé distraire et a décroché le bronze sur 1500 m et l’argent au 1000 m.

«Je ne pensais pas aux résultats du tout. Je me regardais avant mes finales et je me disais : “Wow, je suis sereine, j’ai hâte de patiner!” Dans le temps, je n’aurais pas été capable, j’aurais été trop stressée. Là, je le faisais pour moi, je m’amusais», confie la porte-drapeau du Canada en fin de quinzaine olympique

En tout, 132 athlètes de 37 pays participeront aux Mondiaux ce week-end. L’événement sera présenté à guichets fermés devant 4500 spectateurs par jour lors des rondes finales. En raison d’une demande exceptionnelle, on libérera une centaine de billets dès jeudi midi. Et vendredi, le public pourra assister gratuitement aux rondes de qualifications et éliminatoires (premier arrivé, premier servi).

«C’est un avantage de patiner chez nous, on dormira dans notre lit, on sera dans nos affaires», dit Samuel Girard, nouveau médaillé d’or olympique sur 1000 m. «On aura la foule de notre côté, c’est un plus. Tu veux plus performer devant la famille, les amis, les fans.»