Vincent Blais s'est entraîné pendant plusieurs mois dans l'Ouest canadien l'an passé.

Un long et coûteux chemin

Depuis maintenant plus d'une semaine, tous les projecteurs sont braqués sur les athlètes olympiens. Ils sont admirés, ovationnés pour leur performance et pour la gamme d'émotions qu'ils procurent. Mais avant d'atteindre ces rares moments de grâce, la route est longue et la passion est de mise. L'argent aussi.
Le Méganticois Vincent Blais est tout juste de retour de République tchèque après trois semaines de compétition à l'occasion du Championnat européen de biathlon et de la Coupe IBU (International Biathlon Union). Si les résultats n'ont pas été à la hauteur de ses attentes lors du Championnat, le biathlète s'est repris pendant la Coupe en réalisant sa meilleure performance à vie. «C'est la première fois que je faisais des points en Coupe IBU. Grâce à mon résultat au sprint, j'ai pu participer à la poursuite», se réjouit l'athlète de 24 ans.
Malgré ses résultats prometteurs, Vincent Blais hésite à continuer à se consacrer à temps plein à sa discipline pour la prochaine année. Non pas que la passion n'y est plus, au contraire. «Je vois le biathlon dans ma soupe», lance-t-il. Mais l'argent commence à le préoccuper. «Avec mon appartement à Québec pour être avec l'équipe, les entraînements, les compétitions... une année de biathlon coûte entre 25 000 à 30 000$», explique celui qui a la chance d'être aidé par ses parents pour subvenir à ses besoins. Ceux-ci paient, entre autres, son logement et sa nourriture.
Avec les entraînements - jusqu'à 28 heures par semaine - et les compétitions, Vincent n'a pas le temps de travailler régulièrement. De plus, il étudie en techniques policières. «En fait, j'ai pris une pause dans ma technique pour me concentrer sur ma discipline. Mais je veux rester étudiant puisqu'il est plus facile d'avoir des bourses au Québec lorsque l'on a le statut d'élève athlète.» Le jeune homme a donc entrepris des cours à distance afin d'obtenir un certificat en ressources humaines. Il agit également à titre d'ambassadeur de l'activité physique et des saines habitudes de vie dans la MRC du Granit.
S'il est pleinement conscient de la chance qu'il a d'avoir un rythme de vie où s'entremêlent compétitions, voyages, et rencontres, le Méganticois affiche un air mitigé face aux traitements des biathlètes au Canada. «C'est une question de mentalité. Ici, les gens ne voient pas la pratique d'un sport comme un métier. En Europe, on appelle les athlètes les sportsmen, au même titre qu'un businessman. Leur job consiste à s'entraîner», soutient Vincent.
Contrairement à leurs homologues européens, les Canadiens doivent payer les frais relatifs aux compétitions internationales. Le séjour de trois semaines en République tchèque vient d'ailleurs de coûter la somme de 4000$ au Méganticois.
Dans plusieurs pays européens, les biathlètes ont la possibilité de signer des contrats avec les Forces armées, les douanes ou la police. Ceux-ci financent une partie des coûts reliés à la pratique du sport tout en laissant à l'athlète le temps nécessaire à son entraînement. À la fin de sa carrière, l'athlète peut joindre cette organisation. «Avec ce fonctionnement, les athlètes n'ont pas à se préoccuper de l'argent. Dans notre cas, il arrive que des athlètes ne participent pas à des compétitions internationales puisqu'ils ne peuvent tout simplement pas se les payer», admet celui qui a commencé le biathlon à 11 ans.
Et la situation financière des athlètes n'aide en rien les performances des Canadiens. «C'est un peu comme un cercle vicieux. Pour avoir de l'argent, il faut rapporter des médailles aux Jeux olympiques. Mais pour avoir des médailles, il faut avoir un entraînement adéquat...»
Malgré ces tracas financiers, Vincent admet qu'il ne changera pas son rythme de vie pour rien au monde. Selon lui, il s'agit tout simplement d'une «vie de rêve». Loin de vouloir être pris en pitié, le Méganticois désire simplement que les gens connaissent la réalité des biathlètes du Canada. «Je ne suis tellement pas à plaindre! Tout ce que j'aimerais, c'est faire assez d'argent pour couvrir mes dépenses. C'est un choix difficile à prendre que de s'endetter pour pratiquer un sport. Mais malgré tout, je suis vraiment chanceux, il y a tellement de gens qui m'encouragent à persévérer.»