Jérôme Gaudreau
Est-ce que Marc Bergevin tentera le grand coup pour obtenir le droit de repêcher Alexis Lafrenière au premier rang ou le directeur général du Canadien de Montréal a seulement amélioré ses chances de gagner à la loterie en bonifiant sa banque de choix au repêchage lors du prochain encan de la LNH?
Est-ce que Marc Bergevin tentera le grand coup pour obtenir le droit de repêcher Alexis Lafrenière au premier rang ou le directeur général du Canadien de Montréal a seulement amélioré ses chances de gagner à la loterie en bonifiant sa banque de choix au repêchage lors du prochain encan de la LNH?

Un coup d’éclat du CH ou des billets pour gagner à la loterie

CHRONIQUE / Intrigant. Que fera Marc Bergevin au prochain repêchage de la LNH? Le Canadien de Montréal se dirigeait vers une quatrième exclusion des séries éliminatoires en cinq ans avant l’arrêt de la saison en raison de la pandémie de la COVID-19. Le directeur général optera-t-il pour une solution immédiate ou à court terme afin de sauver son poste ou bien tentera-t-il de sélectionner la perle rare de la prochaine cohorte admissible au repêchage en conservant une vision à long terme?

Plusieurs rêvent en espérant que le CH fasse tout pour obtenir le premier choix au total, croyant que la relance passe par Alexis Lafrenière.

Le Tricolore possède les éléments nécessaires pour transiger à cet effet. D’un côté, il y a le cas de Tomas Tatar et celui de Jeff Petry. Ces noms circulent dans les rumeurs de transactions depuis déjà quelques mois. De l’autre, Marc Bergevin possède 14 choix au repêchage. Du jamais vu sous l’ère Bergevin.

Sera-t-il tenté de monnayer une partie de ces choix pour effectuer un coup d’éclat?

Lafrenière ne constitue que l’une des nombreuses options qui s’offrent à lui. Pas la meilleure, à mon avis. À la veille du repêchage, il faudra surpayer pour obtenir le premier choix total. Et il coûtera cher. Très cher. Trop cher? Le temps le dira.

Dans ce cas, est-ce que Bergevin s’essaiera avec une seconde offre hostile? On se souviendra que sa tentative a échoué il y a presque un an jour pour jour lorsqu’il a voulu soutirer aux Hurricanes de la Caroline l’un des joueurs autonomes avec compensation les plus intéressants l’an dernier, Sebastian Aho. Avec une offre de contrat bien trop basse. La preuve: les Hurricanes n’ont pas hésité à l’égaler. Un coup d’épée dans l’eau, mais le jeu en valait la chandelle.

Mathew Barzal, Mikhail Sergachev, Pierre-Luc Dubois, Anthony Mantha et Sam Reinhart se trouvent dans la même position cet été. Le joueur le plus rapide du circuit, un ancien espoir du CH, deux attaquants québécois et le deuxième choix de l’encan 2014. Pas si mal comme choix. Mais il faudra que Bergevin allonge les billets verts et soit plus agressif dans ses offres hostiles.

Sera-t-il prêt à débourser un choix de première ronde, un choix de deuxième et une sélection de troisième tour en offrant entre 6,3 et 8,4 millions de dollars pour l’un de ces jeunes joueurs?

Ou bien encore deux choix de première ronde, une sélection de second tour et un choix de troisième ronde pour un joueur qui se méritera un salaire de 8,4 à 10,5 M$?

Je serais le premier surpris que la stratégie fonctionne. Mais l’idée est loin d’être mauvaise si la surenchère n’est pas trop exagérée. Cela combiné à la sélection de plusieurs autres joueurs, espérant que l’un d’entre eux cause la surprise. Ou bien à une transaction impliquant un joueur disponible sur le marché des échanges.

Le modèle des Blackhawks

La troisième option est celle à long terme. Et la plus risquée. Autant pour le CH que pour l’emploi de Bergevin à Montréal.

Ce dernier a pris du galon à Chicago, dans une organisation qui misait à l’époque sur la quantité de choix au repêchage pour se rebâtir, espérant tomber sur la surprise du repêchage: le joueur sous-évalué de la cohorte qui explosera une fois arrivé dans la grande ligue.

À l’arrivée en poste du directeur général Dave Tallon, les Blackhawks misaient déjà sur Duncan Keith, Brent Seabrook, Corey Crawford et Dustin Byfuglien. Mais en sélectionnant Jonathan Toews, Patrick Kane, Andrew Shaw et Brandon Saad avec les nombreux choix au repêchage obtenus, en plus d’acquérir Andrew Laad, Patrick Sharp et Kris Versteeg par le biais d’une transaction, Chicago a gagné trois Coupes Stanley en cinq ans. Sans oublier le contrat (exagéré) de 12 ans offert à Marian Hossa.

La stratégie a été payante dans ce cas. Et Bergevin se trouvait aux premières loges pour assister à cette vague de succès.

Le Canadien souhaitait bien donner tout un spectacle au Centre Bell, qui devait accueillir la séance de sélection 2020 jusqu’à ce que la LNH soit obligée de la présenter en ligne uniquement.

Un peu comme à la loto. Marc Bergevin a acheté plusieurs billets. Reste à voir maintenant s’il gagnera le gros lot.

Les choix au repêchage du Canadien, les voici :

1er tour : 1 choix (Montréal)

2e tour: 3 choix (Montréal, Chicago, St. Louis)

3e tour: 2 choix (Montréal, Washington)

4e tour: 3 choix (Montréal, Anaheim, Winnipeg)

5e tour: 2 choix (Montréal, Floride)

6e tour: 1 choix (Montréal)

7e tour: 2 choix (Chicago, Ottawa)

Et tout cela sans parler des 11 joueurs repêchés en 2018 et des 10 espoirs de 2019. En trois ans, le Canadien pourrait avoir repêché 35 joueurs. Le jour et la nuit, sachant qu’à son arrivée, Bergevin a choisi de 2012 à 2017 39 joueurs en six repêchages.

Les coups de génie

Des vols, il y en a à tous les repêchages.

D’ailleurs, qu’ont en commun Mark Messier, Nicklas Lidstrom, Mark Recchi, Sergei Federov, Pekka Rinne, Daniel Alfredsson, Henrik Zetterberg, Pavel Datsyuk et Doug Gilmour? Ils ont tous été repêchés à des rondes tardives.

La liste est longue. On pourrait nommer aussi Luc Robitaille (9e ronde), Brett Hull (6e ronde) ou encore Henrik Lundqvist (8e ronde).

Le plus grand vol du Canadien aura probablement été Patrick Roy en 3e ronde. Mais le CH a raté son coup à plusieurs reprises. Et elle n’est pas la seule.

Un exemple: alors que Dominik Hasek était repêché en 10e ronde en 1983, le CH venait d’ignorer le récipiendaire de six Trophées Vezina, comme toutes les autres équipes du circuit d’ailleurs, en optant pour Thomas Rundqvist tout juste avant.

Ok, les Blackhawks ont tout gâché plus tard en échangeant Hasek contre Stephane Beauregard et un choix de 4e ronde, mais la preuve est là: avec de nombreux choix au repêchage, on améliore ses chances de frapper le coup de circuit.

Un peu comme à la loto. Marc Bergevin a acheté plusieurs billets. Reste à voir maintenant s’il gagnera le gros lot.