Alexis Lussier, Alister Gardner et Alexandre Sauvageau (pas sur la photo), ont entrepris de courir l’entièreté du sentier qui relie Windsor et Sutton.
Alexis Lussier, Alister Gardner et Alexandre Sauvageau (pas sur la photo), ont entrepris de courir l’entièreté du sentier qui relie Windsor et Sutton.

Trois athlètes à la conquête des Sentiers de l’Estrie

Peu connus, les Sentiers de l’Estrie traversent les montagnes Vertes de Windsor à Sutton. Sauvage, peu emprunté, c’est l’épine dorsale du réseau que trois acolytes ont tenté de traverser, le weekend dernier. Un seul a réussi l’exploit de franchir les quelque 140 km entre les deux villes : Alister Gardner.

Ultra-marathonien expérimenté, le Bromontois a réussi à arriver à temps pour la bière au village de Sutton après 27h50 de course, de marche et de pauses. Il a ainsi franchi les monts Carré, des Trois-Lacs, Chauve, Orford, Chagnon, Gauvin, Foster, Singer, Écho et Sutton.

L’idée a germé au printemps quand les courses officielles ont commencé à être annulées les unes après les autres. Gardner avait un objectif de longue distance en milieu de saison, au Québec Méga Trail, événement qui est lui aussi annulé.

« À la fin mars ou au début avril, je me suis dit que les Sentiers de l’Estrie pourraient être notre longue distance. J’en ai parlé à Alexis Lussier et Alexandre Sauvageau, pour faire la distance complète avec eux et avec une équipe de support formée de Catherine Tremblay, Hélène Michaux, Karine Mousseau et Paul Lavoie. »

Catherine Tremblay, physiothérapeute, et Karine Mousseau, nutritionniste, étaient le duo qui suivait les coureurs d’un point à l’autre, là où le sentier croise la route, pour s’assurer que le corps tienne le coup et que les athlètes sont bien nourris et hydratés. Paul Lavoie et Hélène Michaux, tout comme d’autres coureurs qui ont rejoint le projet, avaient pour rôle de les accompagner selon les sections pour les aider à tenir le rythme et pour s’assurer qu’ils s’hydrataient bien.

Le départ a été calculé pour que les athlètes arrivent à un belvédère pour admirer le lever du soleil. Sur la photo, Alexis Lussier est accompagné d’Hélène Michaux.

Lever de soleil sur les crêtes

Le départ a été donné à 18 h 15, le vendredi 26 juin. Après un peu de bitume, Alister Gardner, Alexis Lussier et Alexandre Sauvageau sont entrés sous le couvert forestier, direction Sutton. Le départ a été donné de sorte qu’ils pourraient voir le lever du soleil sur un belvédère du sentier des Crêtes, dans le parc national du mont Orford.

Les choses se sont corsées à certains moments. Gardner a, à un moment en début de course, posé le pied sur une roche. Il a traîné une douleur sous le pied, causée par une ecchymose, pour le reste de la course.

Puis, Alexandre Sauvageau a commencé à avoir des problèmes avec une cheville au mont Carré, dans une section très technique. « Il était en douleurs rendu au mont Chauve, explique Alister Gardner. On a marché quelques kilomètres pour lui parce que sa cheville faisait trop mal. » Au ravitaillement maison suivant, le jeune homme a déclaré forfait.

Seul au combat

Les deux athlètes toujours en forme ont rapidement repris le sentier — pour fuir les maringouins. Le plus jeune du groupe, Alexis Lussier, était très en forme pour affronter le sentier des Crêtes, se souvient Gardner. Le doyen a quant à lui adopté un rythme plus lent pour gérer son énergie.

Après la section d’Orford, des amis ont commencé à se joindre à eux pour les épauler.

Au centième kilomètre, c’était au tour de Lussier de délasser ses souliers. Il avait commencé à éprouver des problèmes à un nerf sciatique que Catherine Tremblay n’a pas pu ramener.

Alister Gardner est donc reparti sans lui, mais accompagné d’amis. Au dernier sommet, à Sutton, ils ont décidé de couper court pour rejoindre les amis qui les attendaient au village, avec une frite et une bière. Le groupe était resté debout et aux aguets tout au long de ces presque 28 heures pour lui et il voulait leur donner congé plus rapidement.

Alexis Lussier, Alexandre Sauvageau, Paul Lavoie et Alister Gardner à quelques minutes du départ, à Windsor, près de Sherbrooke.

La force d’une équipe

« Je n’aurais pas été capable de le faire sans eux, confie-t-il. Vu qu’on était un groupe de bons amis, on a fait beaucoup de choses ensemble déjà. Il y a toujours de l’énergie dans le groupe pour aider les gens plus fatigués. C’est très mental de faire des longues distances comme ça. D’avoir un groupe comme ça, qui respecte le fait que je ne veuille pas vraiment jaser parce que je suis dans le rouge, mais qui est capable de fournir l’énergie positive, il n’y a rien de mieux. »

Le but premier était de terminer en 24 h, mais comme les athlètes n’avaient pas de pression provenant de la concurrence, ils se sont permis d’arrêter à l’occasion pour profiter du moment.

Il est heureux d’avoir réussi le défi, mais il aurait préféré le terminer avec ses deux amis. Il se promet d’y retourner avec eux pour leur permettre de compléter le sentier.

La physiothérapeute Catherine Tremblay a été de bons soins pour les athlètes.

Démontrer les beautés de la région

Le défi avait une profondeur supplémentaire. Le groupe souhaitait vivre cette aventure dans leur « cour arrière » et faire connaître ce sentier aménagé, mais presque sauvage, à d’autres.

« J’avais aussi l’intérêt de faire la promotion du sentier dans la région. Les Sentiers de l’Estrie, ce n’est pas super bien connu. J’ai voulu donner une visibilité au réseau parce qu’avec la COVID-19, les gens restent dans la province. »

Gardner parle par exemple de la section qui permet de faire les sommets des monts Singer, Echo et Round Top et qui rivalise avec le très populaire sentier des Crêtes, au parc national du mont Orford. Cette section n’est que peu utilisée et elle est pourtant magnifique, dit-il.

Il souhaite également que le sentier revienne un jour dans son intégralité. La planification a été compliquée par la fermeture de certaines sections que ne peuvent pas visiter les randonneurs ou les coureurs.

Les Sentiers de l’Estrie ont perdu leur droit de passage sur quelques propriétés au fil du temps en raison, notamment, de l’attitude de certains randonneurs. Le groupe d’amis a donc travaillé fort pour obtenir des autorisations spéciales auprès de ces propriétaires terriens pour éviter les routes et faire le tracé le plus intégral possible avec, au passage, un peu de sensibilisation pour que les droits soient rétablis.

Alister Gardner appelle les randonneurs à respecter les interdictions de passage, d’amener un chien et de faire des feux et à acheter leur abonnement annuel ou journalier, ce qui permet l’entretien des structures et des sentiers.

« Le respect du règlement pourra faciliter le travail de la coordonnatrice des Sentiers de l’Estrie pour ravoir les droits de passage. On a tous appris quelque chose avec la COVID. On aime être dehors, être en contact avec la nature. Pour les propriétaires, il faut avoir de la flexibilité. La majorité des gens respectent les règles. Ce n’est pas parce que tu fermes le sentier qu’il n’y a pas de mauvaises choses qui s’y passent. Mais ça empêche ceux qui respectent les règlements d’y aller. »

Il a réussi à obtenir certaines autorisations spéciales, mais s’est buté à un non catégorique du propriétaire du mont Glen, situé à Bolton-Ouest et Bolton-Est. Il a dû faire un détour de plus de 10 km sur la route. Pour les autres refus, les alternatives étaient plus courtes et toujours en sentier.