Eugene Melnyk a perdu un autre précieux collaborateur dans des circonstances nébuleuses lorsque Nicolas Ruszkowski a annoncé son départ.

Un homme de plus en plus seul (4)

CHRONIQUE / Le départ de Nicolas Ruszkowski, c’est une bien mauvaise nouvelle pour la communauté francophone d’Ottawa-Gatineau.

Lorsqu’il est débarqué au Centre Canadian Tire au beau milieu de la crise, le printemps dernier, le nouveau chef de direction des Sénateurs d’Ottawa avait choisi de se retrousser les manches. La situation particulière dans laquelle se retrouvait l’organisation offrait quelques « belles opportunités », selon lui.

Il a déclaré, très rapidement, son intention de se montrer plus attentif aux besoins des partisans francos qui vivent en Outaouais et dans l’Est ontarien.

Il a communiqué cette directive aux employés. On a senti, par la suite, une réelle ouverture, chez eux.

Il est difficile d’évaluer les impacts réels de ce projet. De toute façon, il faudra des années d’efforts soutenus pour changer les perceptions du public.

M. Ruszkowski n’a jamais lâché le morceau. Il a effectué une virée à Gatineau, tout récemment. On l’a vu dans les bureaux de certaines stations de radio commerciales, à essayer de développer de nouveaux partenariats stratégiques.

C’est d’ailleurs une sérieuse source de préoccupation, au moment d’écrire ces lignes.

Il ne sera pas facile de trouver un candidat – ou une candidate – de choix pour diriger l’organisation des Sénateurs. Qui voudra d’un poste qui a été abandonné à deux occasions au cours des 15 derniers mois ?

La prochaine personne à relever ce défi débarquera avec sa vision, ses objectifs, ses priorités.

Il serait extrêmement malheureux de revenir en arrière.

Le départ de Nicolas Ruszkowski constitue une bien mauvaise nouvelle, aussi, parce qu’elle s’inscrit dans une triste séquence.

Eugene Melnyk perd un autre précieux collaborateur dans des circonstances nébuleuses.

On peut croire sur parole la version officielle selon laquelle il quitte de son plein gré, de façon à « profiter de nouvelles opportunités ».

On peut aussi douter. On ne connaît pas toute l’histoire.

M. Melnyk a résolument beaucoup de mal à travailler en équipe. Plus le temps passe, moins il compte d’alliés.

Plus le temps passe, plus ses opposants sont nombreux.

C’est déjà ma quatrième chronique sur le sujet, depuis décembre 2017.

Nicolas Ruszkowski n’était pas parfait. Il n’avait jamais travaillé pour un club de la LNH. Il aimait beaucoup le hockey, mais n’était pas exactement un expert en la matière.

Son manque d’expérience et de connaissances paraissait, parfois, lorsqu’il prenait la parole en public pour défendre le bilan de son organisation. Quelques-unes de ses déclarations, plus ou moins habiles, ont été mal reçues par les partisans.

Il s’est cependant montré très loyal envers son patron. Ça m’a sauté aux yeux dès le départ.

Le 12 septembre dernier, une petite équipe de journalistes du Droit avait rendez-vous avec les dirigeants des Sénateurs au Centre Canadian Tire.

L’équipe gérait alors une petite crise. L’infâme vidéo dans laquelle on voyait M. Melnyk discuter de l’avenir de l’organisation avec le défenseur Mark Borowiecki.

Ce jour-là, M. Ruszkowski a défendu avec beaucoup de vigueur son patron. Il a maintenu le cap, même lorsqu’on lui a demandé si le propriétaire hautement impopulaire était toujours la meilleure personne pour s’adresser directement aux partisans.

« Quand le gouvernement doit passer un message, le premier ministre est généralement la personne qui se présente devant les micros », avait-il alors répondu.

Traduction : M. Melnyk est le propriétaire et il va continuer de diriger son organisation comme bon lui semble. Que cela vous plaise ou non.

Il a maintenu ce discours pendant de longs mois.

J’ai en tête une entrevue accordée à la radio sportive de langue anglaise d’Ottawa, quelques jours après la date limite des transactions, quand la ville était en deuil de Mark Stone.

Ce n’est pas le scénario qu’on avait souhaité au départ, avait-il affirmé. Cela dit, je ne vais certainement pas m’apitoyer sur mon sort. Stone est parti. On doit continuer d’avancer sans lui.

Aux partisans découragés, qui imputent à Eugene Melnyk tous les maux de l’organisation, il avait livré le message suivant.

Aussi bien vous faire à l’idée. Il ne s’en va nulle part. La direction de l’équipe ne changera pas, non plus.

Ça fait deux mois, environ.

Il est parti.