En ajoutant Scott Sabourin à sa formation, le DG Pierre Dorion souhaite que les adversaires des Sénateurs « y pensent à deux fois » avant de brasser la cage de ses espoirs les plus prometteurs.

Scott Sabourin, le protecteur

CHRONIQUE / Max Domi avait bien raison, dans un sens, de se lamenter alors qu’on l’escortait jusqu’au banc des pénalités. Il n’a jamais eu la chance de se défendre, dans son combat contre Scott Sabourin, parce qu’il n’a jamais eu le temps de jeter les gants.

Il avait raison... jusqu’à un certain point.

Si Domi avait mieux connu le joueur qui se trouvait devant lui, il aurait peut-être abordé cette situation différemment. Ça lui aurait possiblement évité quelques baffes.

Je vous explique, rapidement.

À 24 ans, Domi est un hockeyeur de sa génération. Il est assez doué pour évoluer au centre d’un premier trio. Il a suffisamment de caractère pour ne pas se laisser marcher sur les pieds. Il est assez courageux pour se porter à la défense d’un coéquipier, lorsque ce coéquipier a besoin d’aide.

Il est aussi assez intelligent pour comprendre que, de nos jours, les conflits qui se règlent à coups de poing sont de moins en moins nombreux.

Samedi soir, tout a commencé quand Sabourin a plaqué Domi devant le banc du Canadien. C’était une petite mise en échec anodine, mais Domi a perdu l’équilibre. Il n’a pas apprécié.

En se relevant, Domi a voulu s’adresser à son agresseur.

C’est quelque chose qu’on voit souvent, dans la LNH. Le joueur numéro un pousse le joueur numéro deux. Le joueur numéro deux réplique avec un petit coup de bâton. Les deux se crient quelques insultes. Ça devient rapidement plus théâtral que sportif. Souvent, ça se règle avant même l’intervention des juges de ligne.

Sabourin ne pense pas comme un joueur de la LNH. Il n’en était pas encore officiellement un, samedi.

Sabourin pense comme un joueur qui a passé les six dernières années de sa vie à jouer dans la Ligue américaine. Il parait qu’on voit de moins en moins de violence dans les mineures, aussi. Ça reste, quand même, une ligue remplie de joueurs affamés, prêts à tout pour continuer d’avancer.

Dans le passé, quand un joueur venait s’adresser à Sabourin sur la glace, ce n’était pas dans le but de lui demander sa recette de tarte aux bleuets.

Il a donc agi comme il a toujours agi, dans ce type de situation. Il a jeté les gants et il s’est mis à distribuer les crochets.

C’est tout ce qu’il connaît.

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Je viens de vous parler d’un incident qui n’a pas vraiment eu de conséquences, dans un match qui ne comptait pas au classement. Je vous en parle parce qu’on risque de vivre d’autres épisodes du genre, dans les prochaines semaines et les prochains mois.

Les Sénateurs ont décidé de faire une place à Sabourin, dans leur formation de 23 joueurs. Ils ont même l’intention de l’utiliser, mercredi soir à Toronto, dans le match inaugural de la saison régulière.

Pierre Dorion a choisi d’accorder une seule entrevue, lundi, pour expliquer les dernières coupes.

Les collègues de l’émission du matin de TSN 1200 ont commencé l’entrevue exactement comme on pensait. Ils lui ont demandé d’expliquer ce qu’un policier de 27 ans vient faire au beau milieu d’un projet de reconstruction.

Dorion a répondu que ses jeunes joueurs devaient être mieux protégés. Dans le passé, dit-il, des vétérans d’autres équipes n’avaient pas peur de brasser la cage de ses espoirs les plus prometteurs.

«À compter de maintenant, ils devront y penser deux fois.»

Je me souviens d’un épisode, l’an dernier. Alex Formenton s’était fait brasser dans un match contre les Flyers de Philadelphie. J’en avais parlé à Guy Boucher, qui m’avait répondu qu’en tant qu’adolescent de 19 ans, Formenton ne faisait peur à personne.

C’est à peu près le seul moment dont je me souviens.

Pour le reste, bien... Les jeunes qui ont joué à Ottawa l’an dernier ont survécu à la saison.

Il faudra s’y faire. Pour le meilleur et pour le pire, les Sénateurs ont choisi d’accorder un contrat à Sabourin et de lui confier le poste de «protecteur».

On verra ce que ça va donner. La LNH est une ligue en constante évolution. La compétition augmente généralement d’un cran à la Thanksgiving américaine. Et d’un autre cran au jour de l’An. Et la compétition atteint son point le plus fort après la date limite des transactions.

Pour que tout cela fonctionne, il faudra que le protecteur parvienne à suivre le rythme.