Sylvain St-Laurent
Quand Hendrix Lapierre s’ennuie du hockey, ces temps-ci, ses options sont assez peu nombreuses.
Quand Hendrix Lapierre s’ennuie du hockey, ces temps-ci, ses options sont assez peu nombreuses.

Patin à roues alignées et parties de cartes [VIDÉO]

CHRONIQUE / Quand Hendrix Lapierre s’ennuie du hockey, ces temps-ci, ses options sont assez peu nombreuses.

En ce moment, pour évacuer sa frustration, il n’y a qu’une chose à faire. Il sort son filet, ses rondelles, sa plaque de fibre de verre. Il s’installe dans son entrée, dans le secteur Aylmer, et il pratique ses lancers.

Ça va bientôt changer.

«J’ai commandé des roller blades», a confié avec un enthousiasme pas du tout dissimulé l’adolescent, lundi matin, quand il a répondu à mon appel.

Lapierre a vu le jour en février 2002. Il a donc raté les belles années où tout le monde se promenait sur quatre roulettes parfaitement alignées, sur les rues et les pistes cyclables.

Il n’est quand même pas néophyte.

«Quand j’étais plus jeune, je voulais vraiment une paire de roller blades. Ma mère m’a promis de m’en acheter si j’arrêtais de ronger mes ongles. Cet été-là, j’ai vraiment trippé. Je pouvais rouler sur 20 à 25 kilomètres par jour. J’allais jusqu’à Ottawa. Par la suite, je dirais que ma passion a slacké, un peu. Mes vieux patins, je les ai encore, mais ils sont rendus trop petits.»

Lapierre a renoué avec sa passion, récemment. «L’autre fois, je ne savais pas trop quoi faire de ma peau. J’ai pris les patins de mon père.»

«Je suis parti de chez moi et j’ai roulé jusqu’au pont Champlain. J’ai essayé de jouer au hockey, deux fois, mais ses patins ne sont pas faits pour ça. Ça fait mal aux chevilles.»

L’arrivée prochaine de ses nouveaux patins à roulettes, adaptés au hockey, va changer sa routine d’entraînement.

Casser la routine, après sept semaines de confinement, ne serait peut-être pas la pire chose.

Depuis son retour du Saguenay, Lapierre passe ses journées dans une maison où coexistent six ados âgés de 13 à 18 ans.

Il y a ses deux soeurs, son frère, sa copine et un pensionnaire.

Ça se passe relativement bien. La plupart du temps.

Durant les - nombreuses - parties de cartes, Lapierre reconnaît qu’il est le plus compétitif du groupe.

«Des fois, on se tape un peu sur les nerfs. On peut se pogner, quand on joue aux cartes. Mais ça dure cinq minutes. Après, tout rentre dans l’ordre.»

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Hendrix Lapierre

Hendrix Lapierre peut jaser de hockey, assez régulièrement, par contre. Les équipes de la Ligue nationale continuent de se préparer, quand même, pour le repêchage. Les entrevues se déroulent, comme à peu près tout, en ligne.

Ces entrevues sont généralement très joyeuses, parce que le jeune homme peut annoncer à ses interlocuteurs qu’il est, enfin, parfaitement guéri.

La «bonne nouvelle» circule dans les médias depuis quelques jours.

On a longtemps cru que Lapierre avait du mal à se remettre d’une commotion cérébrale, subie cet automne. Il a passé de longs mois sur la liste des blessés. Il n’avait pas tous les symptômes, mais les mêmes maux de tête revenaient chaque matin. Ça durait entre cinq et 10 minutes. Après, tout rentrait dans l’ordre. Il passait des journées normales.

Son agent, Philippe Lecavalier, a voulu qu’il consulte d’autres spécialistes. «J’en ai vu un qui n’a même pas eu besoin de me toucher. Il a tout vu, juste en regardant les radiographies.»

Les maux de tête persistants étaient, semble-t-il, causés par un problème de dos. Ses vertèbres cervicales n’étaient pas parfaitement alignées.

À partir de ce moment-là, on peut facilement imaginer que la vie du jeune homme a commencé à changer. Physiquement et mentalement.

«C’était vraiment le fun pour moi. C’était le fun pour ma famille, aussi.»

«Les gens croyaient que j’avais subi trois commotions avant d’avoir 18 ans. Pour mes parents, ce n’était pas trop rassurant. Une blessure au cou, c’est plate, mais c’est plus facile à traiter. On est tous pas mal contents que le problème, ce n’était pas mon cerveau.»

Lapierre a eu la sagesse de ne pas précipiter son retour au jeu, cet hiver, même s’il savait que ça pouvait affecter son rang de repêchage.

Il est récompensé, maintenant. Il peut se permettre d’envisager l’avenir avec optimisme. On se souvient d’un autre attaquant québécois prometteur qui s’est retrouvé dans une situation similaire, au début des années 2000.

Il s’appelait Antoine Vermette. On croyait qu’il avait le coco fragile. Quand on a réussi à lui replacer la colonne vertébrale, il a connu une brillante carrière de 1046 matches dans la LNH.

Les Sénateurs d’Ottawa l’ont repêché en deuxième ronde, en l’an 2000, et ne l’ont jamais regretté.

Ce n’est pas une mauvaise chose de se le rappeler, en cette année où ces mêmes Sénateurs disposent de trois choix de premier tour.

S’il fallait que Lapierre soit toujours disponible, aux environs du 15e rang, quand viendra le temps d’utiliser le choix qui leur a été cédé par les Islanders de New York...