En regardant les résultats, on pourrait croire que les Panthères ont connu une saison parfaite. C’est oublier qu’ils ont perdu leur école.

Mont-Bleu se relève

CHRONIQUE / Les Panthères de l’école secondaire Mont-Bleu ont un grand bout de chemin à parcourir. Les 10 joueurs et leurs entraîneurs doivent se rendre au Saguenay, vendredi, pour prendre part au championnat provincial de basket-ball juvénile masculin, deuxième division.

Une fois rendus là-bas, ils feront partie des favoris pour l’emporter. Ce ne serait pas un mince exploit. J’ai gratté un peu, dans les dernières heures. Personne ne semble se souvenir de la dernière fois qu’une école de l’Outaouais a remporté ce tournoi.

Si ça se trouve, ça ne s’est jamais encore produit.

André Latreille, entraîneur-chef bénévole de très longue date, estime que Mont-Bleu n’a peut-être jamais misé sur une équipe d’aussi fort calibre.

« L’année dernière, on avait déjà une très bonne équipe. Tous les entraîneurs au Québec s’attendaient à nous voir au provincial. Malheureusement, un de nos meilleurs joueurs s’est blessé. On a perdu un match serré contre Saint-Alex », me racontait-il, jeudi matin, devant un café.

« Cette année, on est chanceux. Tout roule bien. Tout va bien jusqu’à date », a-t-il poursuivi.

J’ai ri.

Tout va bien, M. Latreille... Sauf pour un ou deux petits détails. On pense bien sûr aux tornades du 21 septembre dernier ; à l’incendie majeur qui a suivi et qui a rendu l’école complètement inhospitalière.

« Oh ! Ça, c’est certain que si on regarde ce qui s’est produit... »

Il est évident que la catastrophe naturelle qui a touché tout le secteur Mont-Bleu a eu des conséquences très négatives sur la saison des Panthères. D’abord, tout l’équipement qui servait lors des entraînements était entreposé dans un placard d’un secteur incendié. Tout a été détruit.

Lorsqu’on a su que l’école serait fermée jusqu’à la fin de l’année scolaire 2018-19, les Panthères se sont retrouvées sur la paille. Deux fois plutôt qu’une. Tandis qu’on cherchait de façon prioritaire des locaux où ils pourraient suivre leurs cours de mathématiques et de français, il fallait également leur dénicher un nouveau gymnase où ils pourraient jouer.

« En temps normal, une formation de notre calibre doit pratiquer environ deux fois par semaine. Après la tornade, nous n’avons pas été capables de nous entraîner pendant environ un mois », a fini par m’avouer l’entraîneur.

Un mois sans s’entraîner, pour des athlètes de basket, ce n’est jamais bon. À l’automne, quand il faut se remettre en forme et assimiler de nouvelles tactiques en prévision d’une nouvelle saison, c’est potentiellement catastrophique.

Ça n’a pas été le cas, visiblement, pour les Panthères. Les Hullois ont conservé une fiche parfaite de 40 victoires contre aucune défaite, dans les mois qui ont suivi, lorsqu’ils ont été confrontés à des équipes de leur calibre. Ils ont subi sept revers, au fil du temps, lors de tournois où ils se mesuraient à des équipes collégiales, ou encore des équipes juvéniles de première division.

« On a été chanceux », m’a répété M. Latreille à quelques occasions, durant notre conversation.

Chanceux, d’abord, de miser sur une dizaine d’adolescents bien motivés. « Ils se donnent toujours au maximum à l’entraînement. Et ils ont le sens du basket. »

Chanceux, aussi, d’avoir pu compter sur la générosité de la communauté sportive. D’autres établissements scolaires ont fini par offrir, gracieusement, leurs installations à leurs rivaux sinistrés.

Les Panthères ont pu trouver refuge... à l’école Nicolas-Gatineau. Leurs séances d’entraînement se déroulaient sur semaine, en fin de soirée.

« On se réunissait dans le stationnement du cégep ou dans celui du Subway, de l’autre côté de la rue. Les gars montaient dans des voitures et on se rendait jusque là-bas. On est chanceux. On mise sur un vrai bon groupe de parents. »

Un de ces parents a justement eu l’idée d’imprimer le slogan « Mont-Bleu se relève » sur des t-shirts. C’est, en quelque sorte, devenu le cri de ralliement, pour tout le monde, tout au long de l’année.

La saison connaîtra un dénouement parfait si jamais les Panthères parviennent à s’imposer au championnat provincial.

« On est optimistes. Nos jeunes se donnent. Avec les entraîneurs, on forme un groupe solide de 14 personnes. Les jeunes respectent les entraîneurs autant que les entraîneurs respectent les jeunes », dit André Latreille.

« Toute cette histoire a solidifié notre équipe. Notre famille s’est rapprochée. »