Pourquoi Thomas Chabot a-t-il choisi de s’engager à long terme avec les Sénateurs d’Ottawa ? « Thomas est heureux ici », répond tout simplement l’agent du principal intéressé, Dominic Deblois.

Le prochain capitaine, c’est lui

CHRONIQUE / Comme j’avais besoin de comprendre, je posais des questions à tous ceux qui étaient susceptibles de m’offrir une réponse intelligente.

Pourquoi ?

Pourquoi s’engager pendant neuf ans auprès d’une organisation qui éprouve de sérieux problèmes de stabilité ? Comment faire confiance aux dirigeants d’une organisation qui a échappé quatre joueurs de premier plan au cours des 12 derniers mois ?

C’est long, neuf ans, dans une carrière d’athlète.

On m’a d’abord parlé d’argent. Les Sénateurs offraient une belle stabilité à Chabot. On ne peut cracher sur 64 millions $ US.

C’est vrai. Sauf que Chabot aurait pu gagner autant d’argent ailleurs. Il aurait pu attendre le 1er juillet prochain avant de se mettre à négocier, sérieusement, il aurait reçu quelques offres hostiles.

On m’a ensuite parlé de Colin White.

Chabot et White sont nés le même jour, en 1997. Ils ont été repêchés ensemble, en juin 2015. Ils sont devenus amis. White a déjà signé un pacte à long terme, aussi bien faire comme lui...

Là, encore, je n’étais pas convaincu. Un joueur de hockey peut se faire des amis dans n’importe quelle équipe. Il y a des bons gars au Centre Bell, au Madison Square Garden, au T-Mobile Arena.

Chabot aurait pu passer sa vingtaine dans n’importe quelle métropole nord-américaine. Il a choisi de s’enraciner dans la septième capitale la plus froide au monde. Une « petite » grande ville qui compte à peine un million d’habitants. Une ville qui s’est imposé un couvre-feu non officiel à 21 h 30. Sauf à la fête du Canada.

C’est l’agent de Chabot, Dominic Deblois, qui a fini par me convaincre.

« Thomas, c’est un petit gars de la Beauce. Il n’a pas besoin de vivre dans une grosse ville pour être heureux. Et il est proche de ses parents, qui sont des gens très simples. Parce qu’il joue à Ottawa, ils peuvent lui rendre visite plusieurs fois par année. La réponse la plus simple, c’est que Thomas est heureux ici. »

C’est peut-être la réponse la plus simple.

C’est probablement, aussi, la plus importante.

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Je pourrais consacrer le reste de cette chronique à parler de l’électrochoc qu’on a ressenti partout, en ville, quand la nouvelle a éclaté, jeudi matin.

C’est une évidence. Les Sénateurs viennent essentiellement de s’offrir une campagne de marketing à 64 millions $ US. Après deux années de noirceur, on leur donne – enfin – une raison de croire que les choses pourraient s’améliorer.

Je préfère vous parler de ce qui s’en vient.

Les Sénateurs entreprendront sous peu leur 27e saison dans la Ligue nationale. Dans leur courte histoire, leurs dirigeants ont réussi à construire deux équipes gagnantes. Chaque fois, ils ont emprunté la même recette. Ils ont réussi à réunir des joueurs qui sont tombés amoureux de la ville.

Il y a d’abord eu Daniel Alfredsson, Mike Fisher, Jason Spezza, Chris Phillips et compagnie, vers la fin des années 1990.

Il y a ensuite eu Erik Karlsson, Kyle Turris, Marc Méthot et Mark Stone, une vingtaine d’années plus tard.

Jeudi midi, Thomas Chabot est entré dans le centre des médias des Sénateurs d’un pas décidé. Tiré à quatre épingles, il devançait son directeur général par trois ou quatre bonnes enjambées. Il s’est installé au podium et il a fort bien géré sa conférence de presse.

Dorion a quand même offert cette anecdote intéressante : mercredi, Chabot a fait la gaffe de dire à D.J. Smith qu’il ne se sentait pas très bien. Il a vite regretté cette confidence, quand le coach a décidé de le rayer de la formation.

« Thomas voulait jouer. On avait un autre jeune défenseur québécois qui faisait ses débuts. Maxence Guénette était très nerveux. Il voulait être là pour l’aider. »

Chabot voulait jouer son rôle de leader.

Tout au long de la conférence de presse, Chabot parlait constamment de sa famille.

Il a une grande famille. On a pu le découvrir quand un confrère lui a parlé de Brady Tkachuk, qui était excité comme un gamin, dans le vestiaire.

« Brady vient souvent souper, à la maison. Dans une certaine mesure, il fait lui aussi partie de ma famille », a-t-il répondu.

Je vous l’ai déjà, dit, je pense. La pente sera longue à remonter pour les Sénateurs. Pour y parvenir, ils auront besoin d’un chef de file. Ils auront besoin d’un capitaine.

Il y en a un, déjà, dans le vestiaire. Et il est sous contrat jusqu’en 2028.