Le lanceur des Champions, Phillippe Aumont, se dit heureux de jouer chez lui, à Ottawa.

Le grand a tout compris

CHRONIQUE / Quand il est question de Phillippe Aumont, un seul truc n’a jamais été remis en question.

Le talent.

Le talent lui sortait par les oreilles, à l’adolescence. C’est ce qui a poussé les Mariners de Seattle à repêcher en première ronde cette grande échalote canadienne de six pieds et sept pouces.

Les Mariners se fichaient bien que l’échalote n’était pas très mûre. Aumont venait à peine de découvrir sa passion pour le baseball.

Douze ans plus tard, ça n’a pas changé. Avec tout son talent, le grand Phil vient de lancer mardi soir un match de 18 retraits sur des prises, au parc RCGT.

Dix-huit !

Peu importe le calibre de la ligue dans laquelle c’est arrivé. Retirer 18 frappeurs professionnels au bâton, dans une seule soirée, constitue un exploit remarquable.

Aumont a haussé les épaules, mercredi, quand je l’ai abordé pour lui parler de tout ça.

« Dans une saison complète, dans les ligues majeures, un partant obtient environ 35 départs. C’est la même chose pour tout le monde. Chacun connaît deux ou trois matches exceptionnels et deux ou trois très mauvais. Entre les deux, bien, c’est la moyenne... Hier, c’était juste une soirée où je ne manquais presque rien », a-t-il résumé.

Rapidement, il s’est mis à me parler de Larry Balkill, le receveur recrue qui l’a guidé dans cette soirée mémorable.

« Le kid est venu me voir avant le match, pour me dire qu’il me suit depuis longtemps. Il voulait me dire que c’était un honneur de travailler avec moi. Je lui ai demandé de se calmer. Je lui ai dit qu’il fallait aller chercher un W pour les boys. Il a embarqué, all in, au même titre que j’étais all in. »

Il m’a ensuite parlé de l’autre vétéran lanceur canadien des Champions, Jared Mortensen.

Quand le tour d’Aumont arrive, dans la rotation, c’est généralement Mortensen qui se charge de remplir sa charte de lancers.

« Dans un match normal, je réussis entre sept et neuf retraits au bâton. Jared vient souvent me narguer. Come on, Phil! Va chercher le 10e ! Quand vas-tu connaître un match dans les deux chiffres ? Mardi, après quatre manches, je savais que j’en avais déjà réussi huit ou neuf. Dans la cinquième, j’ai retiré deux gars de plus. Quand je suis rentré dans l’abri, je lui ai fait un sourire et un clin d’œil. Je savais que, pour une fois, il n’aurait rien à me dire ! »

« Sais-tu ? Je suis content d’avoir connu ce match à la maison. Si ça peut contribuer à faire parler des Champions, à emmener plus de monde au stade, ce sera super. C’est vraiment une belle organisation. »

Aumont apprécie son rôle de mentor auprès des jeunes. Il aime les lanceurs qu’il dirige à titre d’instructeur. Il est heureux, chez lui, à Ottawa.

Son talent n’a jamais fait défaut. Tout le reste est cependant sujet à interprétation, quand on fait le bilan de sa carrière dans le baseball professionnel.

Il a participé à 46 matches dans les majeures. Ces 46 matches lui appartiennent. Personne ne pourra jamais les effacer.

Je lui ai demandé d’identifier ce qui fait la différence, pour lui, cette année.

« Physiquement, je suis au même niveau qu’avant. J’ai peut-être amélioré mon contrôle sur ma cutter. La chose qui a changé quand je monte sur le monticule, la chose que je répète à tout le monde, c’est le contrôle mental sur la game. C’est ça que j’ai, cette année. En ce moment, personne ne peut m’atteindre. »

« Les gens me demandent encore si j’ai envie de retourner dans le pro. Non ! Si j’étais dans le pro, en ce moment, je n’aurais pas de fun. Ici, j’ai du fun. »

« J’ai compris que tu ne peux pas être négatif quand tu es au monticule. Quand t’es négatif, tu te bats contre toi même. Pis t’as déjà perdu. »

« Je ne peux pas revenir en arrière. It is what it is. Je n’ai pas catché assez-vite. Je n’ai peut-être pas croisé les bonnes personnes assez tôt, sur mon chemin. Je continue à m’instruire. Peut-être que, dans une deuxième carrière, je pourrai enseigner. Je pourrai peut-être trouver un gars à qui parler de tout ça, et qui pourra ensuite en profiter à partir de 18, 19 ou 20 ans... »

Les Tyrans de Gatineau, club de baseball junior qui appartient (en partie) à Aumont, auront un invité d’honneur lors de leur prochain match à domicile. Dave Leduc, champion mondial de boxe birmane, effectuera le lancer protocolaire, vendredi soir. Ça va débuter à 19 h 30, au parc Sanscartier.