Sylvain St-Laurent
Derick Brassard détient maintenant 5% des parts des Olympiques Gatineau.
Derick Brassard détient maintenant 5% des parts des Olympiques Gatineau.

La cavalerie est là, en quelque sorte

CHRONIQUE / En décembre, j’ai pondu une chronique sur les anciennes gloires hulloises qui devaient rentrer au bercail, armées de leurs chéquiers, pour «sauver» les Olympiques.

Un peu comme la cavalerie qui débarque, à la fin d’un mauvais film western de série B, et qui dénoue l’impasse en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

En décembre, les Olympiques connaissaient un début de saison historiquement mauvais, sur la patinoire.

Et c’était encore pire, à l’extérieur de la glace.

Les vieux partisans, au bord du désespoir, étaient rendus à prier pour le retour de leurs anciens héros. Eux seuls pouvaient sauver l’organisation de la médiocrité.

Le rêve n’était pas nouveau. On parlait de la «cavalerie» depuis longtemps, entre deux bouchées de poutine, pendant les entractes, au Vieux-Bob.

Mais cette fois, c’était sérieux. Les anciens avaient été approchés, et ils se laissaient tirer l’oreille.

Et pas n’importe lesquels.

Luc Robitaille avait de l’intérêt. Le plus illustre ancien joueur des Olympiques, avec ses 1394 points dans la LNH, était sur les rangs. Robitaille avait toutes les qualités d’un sauveur. Il a réussi à se réinventer pour devenir un gestionnaire extrêmement respecté dans les sphères du sport et du divertissement. Pas n’importe où. À Los Angeles, madame.

Luc Robitaille

Et il n’était pas tout seul. Maxime Talbot nous avait dit, on the record, qu’il trouvait la perspective alléchante.

Mad Max Talbot n’a pas autant de prestige que Lucky Luck Robitaille. Dans la section des légendes, à Hull, il occupe quand même une place de choix. Il a remporté deux fois le trophée Guy-Lafleur, à titre de joueur par excellence dans les séries éliminatoires de la LHJMQ. Sa réputation de joueur des grandes occasions l’a suivi durant tout le reste de sa carrière. Il a quand même marqué les deux buts de son équipe, dans le match numéro sept de la finale de la coupe Stanley.

Talbot, contrairement à Robitaille, n’a pas de bureau avec vue sur le panneau Hollywood. Mais au fond, ça jouait à son avantage.

Il vient d’accrocher ses patins. Il est dans la force de l’âge. Il n’est pas encore complètement fixé sur son avenir. Ça pourrait lui laisser le temps – et lui donner le goût – de venir en Outaouais plus souvent. Les plus grands rêveurs le voyaient, déjà, occuper le fauteuil du directeur général.

Il y avait Claude Giroux, aussi. La Magicien franco-ontarien n’avait pas dit oui, mais il n’avait pas complètement fermé la porte.

Même chose pour Jean-Gabriel Pageau.

Et José Théodore, tant qu’à y être.

En décembre, la cavalerie était un groupe très inclusif.

Cinq mois plus tard, les Olympiques ont officiellement accueilli un joueur professionnel parmi leurs actionnaires.

C’est Derick Brassard.

La vie est pleine de surprises.

••••

Je le connais un peu, Brassard. À force d’enchaîner des entrevues des entrevues de 10 ou 15 minutes, durant les 15 dernières années, j’ai fini par me faire une certaine idée du personnage.

Je dois être franc. Avant que son nom se mette à circuler, cet automne, je ne l’avais jamais imaginé dans un rôle d’homme d’affaires.

En fait, je ne l’avais jamais vraiment imaginé dans un autre métier que celui de hockeyeur professionnel.

Parce que Brassard ne semble avoir qu’une priorité, dans la vie. Le hockey, c’est vraiment toute sa vie.

Je retiens les nombreux témoignages de ses coéquipiers, durant son bref passage dans l’organisation des Sénateurs d’Ottawa.

Voyez-vous, dans chaque vestiaire, on retrouve des geeks de hockey. Des gars qui ne sont jamais repus. Qui vont rester debout jusqu’au milieu de la nuit pour s’assurer de voir les matches qui sont présentés sur la côte ouest. Des gars qui en savent plus long sur les statistiques que les statisticiens eux-mêmes.

Selon les histoires qui m’ont été racontées, Brassard est probablement le pire geek qu’on a pu côtoyer à Ottawa.

Jason Spezza est peut-être dans la même catégorie que lui. Mais ce n’est pas certain.

Mardi, quand j’ai réussi à lui parler, il essayait de chasser l’ennui dans la région de Saint-Louis. Il s’est réfugié là-bas, ce printemps, parce qu’il a réussi à trouver un gym, avec préparateur physique, où il pouvait s’entraîner.

Il avait du mal à se réjouir du progrès effectué dans les négociations pour le retour de la LNH.

«On nous prépare à jouer dans des arénas vides. Du hockey de séries, sans partisans, ça ne sera pas la même chose.»

C’est peut-être tout ça, en fin de compte, qui fera de Brassard un bon actionnaire, pour les Olympiques. S’il décide de s’investir dans la LHJMQ avec autant d’énergie que dans la LNH, le travail acharné pourrait lui permettre de tirer son épingle du jeu.