Sylvain St-Laurent
Le Droit
Sylvain St-Laurent
Samuel Savoie est un peu déçu de savoir qu’il n’aura pas la chance de jouer «chez lui» cette saison.
Samuel Savoie est un peu déçu de savoir qu’il n’aura pas la chance de jouer «chez lui» cette saison.

En pandémie, loin de chez lui...

CHRONIQUE / Samuel Savoie est fier de ses racines, c’est évident.

Je bavardais depuis environ deux minutes avec l’attaquant recrue des Olympiques de Gatineau, mardi midi. Il me parlait de son rêve de jouer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, qui remonte à loin.

Tout jeune, ses parents l’emmenaient au Colisée de Moncton, pour encourager les Wildcats.

Quand je lui ai demandé de nommer ses joueurs favoris, je m’attendais à ce qu’il cite des «gros noms».

Les Wildcats en ont aligné, des vedettes, dans les 10 dernières années. Conor Garland, Phillip Danault, Jakob Pelletier et Ivan Barbashev...

Il a éventuellement nommé certains d’entre eux.

Avant, il m’a parlé de ses vrais héros: Alex et Allain Saulnier.

Les deux frères jumeaux, qui sont originaires de Cap-Pelé, au Nouveau-Brunswick, lui ont donné le goût de croire qu’il pouvait lui aussi devenir un joueur de hockey de haut niveau.

Allain Saulnier

«Ma mère vient de Cap-Pelé», explique le jeune homme.

«J’ai grandi en les regardant. Je pensais qu’ils allaient se rendre jusque dans la LNH. Ce n’est pas arrivé. Ce sont quand même deux très bons joueurs.»

Les frères Saulnier ont eu le bonheur de ne jamais quitter leur coin du globe. Ils ont fait le bonheur des partisans acadiens des Wildcats pendant quatre saisons, entre 2009 et 2013. À défaut d’atteindre les rangs professionnels, ils ont pu passer quatre années de plus chez les Aigles Bleus de l’Université de Moncton.

Alex Saulnier

Après avoir passé quelques années loin des patinoires, ils ont trouvé le moyen de se rapprocher de la maison quand ils ont renoué avec la compétition. L’hiver dernier, ils ont effectué un retour au jeu avec un club senior, les Pêcheurs de Cap-Pelé.

Avant de partir pour tenter sa chance, à son tour, dans le hockey majeur, Savoie a eu la chance de s’entraîner «cinq ou six fois» avec ses héros d’enfance.

«Ce sont deux bons gars.»

La comparaison entre les trois joueurs s’arrête à peu près là.

À Gatineau, Savoie doit se sentir pas mal loin de la maison. Surtout cette année.

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Nous n’avons peut-être pas assez parlé de Samuel Savoie, jusqu’ici.

Il a été choisi au quatrième rang, au total, lors du dernier repêchage. Il a forcément du talent. Il sera appelé à jouer un grand rôle dans les succès futurs des Olympiques.

Dans la mesure où la deuxième vague de la pandémie ne nous entraîne pas vers le fond et que la saison de la LHJMQ puisse avoir lieu, bien entendu...

Savoie a peut-être un peu vécu dans l’ombre de Tristan Luneau et Antonin Verreault, les deux autres surdoués que les Olympiques ont sélectionnés avant lui.

Par la force des choses, l’Acadien doit composer avec un défi supplémentaire, en cette fin d’été.

Luneau est originaire de la Mauricie. Verreault vient de Saint-Eustache. Ils ont donc quitté le nid familial sans trop s’éloigner de la maison.

Savoie s’est claqué 12 heures de route avant de passer 14 jours en isolement, avant de pouvoir tenter sa chance au camp d’entraînement.

Avec tout ce qui se passe, ces jours-ci, on ne peut pas trop savoir quand il pourra retourner chez lui.

«Je ne pense pas vraiment à ça», réagit-il.

«La COVID... Personne n’a de contrôle là-dessus.»

On me dit que Savoie n’est pas trop à plaindre, pour l’instant. Il est assez bien entouré, à Gatineau.

On me dit qu’il peut s’inspirer de Zach Dean, qui est passé par là l’an dernier. On me rappelle que Dean partait d’encore plus loin. Il vient de Terre-Neuve. S’il avait le mal du pays, parfois, ça n’a pas trop paru sur la patinoire.

Surtout, on me dit que Savoie n’a pas eu trop de mal à s’intégrer au groupe. Les vétérans l’ont adopté. Les entraîneurs l’apprécient. Jusqu’ici, de ce côté tout va très bien.

Savoie me jure qu’il n’a pas trop le temps de s’ennuyer. En plus du hockey, il tient à s’investir à fond dans les études.


« Qu’on joue à Moncton ou à Rouyn, je vais donner le même effort et tout faire pour aider l’équipe à gagner. »
Samuel Savoie

Bon. N’importe quel hockeyeur de 16 ans peut dire ça, dans une entrevue avec un journaliste.

Avec une mère enseignante, et un grand frère qui se dirige vers une carrière d’ingénieur, Savoie ne semble pas parler à travers son chapeau.

Il dit d’ailleurs que le génie pourrait l’intéresser, aussi. «L’éducation est importante, chez nous. Je sais que j’ai besoin d’un plan B.»

Il garde un contact avec son frère, ces temps-ci. «On se branche et on joue à des jeux vidéo, ensemble.»

En 2020, on se fabrique les moments qu’on peut.

Samuel Savoie a hâte au début de la saison, comme tous les autres. Il est un peu déçu de savoir qu’il n’aura pas la chance de jouer «chez lui» cette saison.

«Mais au fond, qu’on joue à Moncton ou à Rouyn, je vais donner le même effort et tout faire pour aider l’équipe à gagner.»