Isabelle Bernier, Jean-Nicolas Morin et Jessy Forgues, après avoir complété la Diagonale des fous avec ses 9600 mètres de dénivelé positif et ses 166 kilomètres qui traversent l’île de La Réunion de bout en bout. Ils ont eu besoin de 49 h 4 min 50 s pour arriver à destination.

Survivre à la Diagonale des fous

C’est l’un des trails les plus mythiques au monde. Son nom parle par lui-même. La Diagonale des fous, qui s’inscrit dans le Grand Raid de l’île de La Réunion, est l’un des rêves ultimes des coureurs en sentier. La Magogoise Isabelle Bernier et la Sherbrookoise Jessy Forgues avaient mis le cap sur l’île volcanique de l’océan Indien afin de vivre une expérience à la fois sportive et humaine sur ce parcours de 166 kilomètres et quelque 9600 mètres de dénivelé positif qu’elles voulaient explorer.

Au bout de 49 h 4 min 50 s, Isabelle Bernier et Jessy Forgues sont arrivées triomphantes au stade de La Redoute à Saint-Denis après avoir pris le départ à Saint-Pierre. Les deux athlètes pouvaient alors arborer fièrement le fameux t-shirt de la Diagonale des fous sur lequel il est inscrit : J’ai survécu.

Pour leur baptême de feu à la Diagonale, Jessy Forgues et Isabelle Bernier ont pris le 57e rang sur les 278 femmes inscrites au départ. On notait 2470 inscriptions du côté masculin. Plusieurs centaines de coureurs et coureuses n’ont pas été en mesure de compléter la distance face à la noirceur, les côtes interminables, les descentes vertigineuses, la boue, l’isolement, le manque de sommeil, les crampes, le froid la nuit, les douleurs, les nausées. La Diagonale des fous torture l’esprit et le corps. Comme on le dit souvent au moment du départ, les fous sont lâchés, mais combien survivront ? Jessy Forgues et Isabelle Bernier en sont.

Décision difficile

Isabelle Bernier ne s’en cache pas. Il a fallu qu’elle s’accroche et qu’elle prenne une décision importante pour compléter le parcours. Il n’était pas dans le plan des deux coureuses de terminer côte à côte. Elle raconte.

« Je traîne encore des séquelles d’une commotion cérébrale subie en juin qui sont réapparues à un moment donné. Je n’avais pas le choix de ralentir le rythme. Au ravitaillement de Cilaos, j’ai croisé Jessy et nous avons convenu de poursuivre la route ensemble. Cela représentait aussi de mettre mes objectifs de côté, moi qui voulais courir comme une bête sauvage. Ce fut une bonne dose d’humilité. Il me fallait quand même trouver un sens à tout cela pour continuer d’avancer. J’ai pensé à l’amour que j’ai pour ceux que j’aime, pour la nature, pour soi, pour tout ce qui me fait vibrer. »

Une fois les 166 kilomètres derrière elle, Isabelle Bernier avait déjà son idée toute faite. « Je veux revivre la Diagonale avec le feu qui m’habite et plus forte des apprentissages que je viens d’emmagasiner. J’en ai appris beaucoup sur moi-même en termes de résilience et de sagesse. J’en reviens avec une soif inépuisable d’aventures, de courses et de découvertes toujours plus grandes que nature. Partager avec mes enfants et avec tous ceux et celles que cela pourra inspirer. » 

Une image

Si elle avait une image à conserver de son passage à l’île de La Réunion, Isabelle Bernier opte pour un lever de soleil. « C’était au sommet du Maido à plus de 2100 mètres d’altitude. Le panorama était sublime. Ce qui ajoutait à sa beauté, c’est que ça survenait après une ascension nocturne d’une rare intensité avec sa difficulté et les émotions qui y étaient reliées. Sans trop m’en rendre compte, je me tenais presque au-dessus du vide. »

À l’arrivée, Isabelle Bernier et Jessy Forgues étaient accompagnés d’une autre Québécois, Jean-Nicolas Morin. « J’aurais voulu entrer dans le stade comme une fusée, mais l’émotion me gagnait. Nous avons franchi l’arrivée main dans la main. On avait choisi de franchir une centaine de kilomètres ensemble. Jessy a été pour moi comme Bouddha, à la fois paisible, forte et constante. Jean-Nicolas nous com plétait à merveille. J’avais mis mes objectifs sur la glace en l’honneur de la solidarité », fait valoir Isabelle Bernier qui a également résisté au sommeil, passant à peine 65 minutes dans les bras de Morphée durant la compétition.