Jérôme Létourneau (à gauche) et Félix Desautels sont deux des élèves du Collège du Mont-Sainte-Anne ayant été témoins de l'efficacité du chien de sang Pinot et de son maître Jean-Pierre Masson pour retracer un gros gibier blessé. Philippe Racette, un autre expert du domaine, a également animé l'atelier.

Suivre des traces invisibles

CHRONIQUE / On apprend tôt à l'école que 1 + 1 font 2 et que les résultats de cette équation seront semblables même en multipliant ces nombres par 10 ou par 1000.
Des élèves de l'école secondaire du Mont-Sainte-Anne ont cependant été mystifiés par une question défiant la logique : un chien de sang peut-il retracer un gros gibier blessé même si le saignement cesse et sans autres indices apparents?
« N'ayez aucun doute, le chien restera sur la trace du chevreuil, de l'ours ou de l'orignal qu'il doit retracer », les a convaincus Jean-Pierre Masson, un conducteur de chien de sang qui était ce jour-là l'un des invités du club de chasse-pêche-piégeage des Marquis.
M. Masson fait équipe dans ses recherches avec Pinot, un chien Teckell qui n'est guère plus haut qu'un caniche et dont le corps en saucisse ne nous le montre pas comme l'athlète le plus agile pour remporter la course à obstacles qu'est une traque en forêt.
Toutefois, Pinot fait le poids. Son maître beaucoup plus costaud doit d'ailleurs freiner régulièrement sa course sans quoi c'est lui qui peine à tenir la cadence!
« D'instinct, le chien suit l'odeur alors que c'est son maître qui réfléchit en analysant les signes permettant d'évaluer la gravité des blessures de l'animal qu'un chasseur nous demande de retrouver. S'il juge que ces signes ne sont pas convaincants et que c'est peine perdue, c'est le conducteur qui décidera d'interrompre les recherches. Autrement, le chien pourrait parcourir plusieurs kilomètres et il ne s'arrêterait qu'après avoir localisé le gibier », ajoute Philippe Racette, l'autre expert ayant accepté de dispenser bénévolement cette formation.
Le chien associe dès le départ le sang détecté après une blessure par balle ou par flèche à l'odeur d'un animal. Celle-ci restera dans le radar du pisteur, dont le nez est un million de fois plus sensible que celui de l'humain, indépendamment que les saignements continuent ou pas. Qu'il y ait ou pas des traces visibles sur la neige, dans la boue ou sur les feuilles.
« Je ne pensais pas que le chien allait réussir aussi facilement, c'est vraiment impressionnant », a lancé l'un des élèves, Félix Désautels, au terme de la démonstration.
Pour l'occasion, Jean-Pierre Masson avait utilisé des restes de cerfs qu'il garde congelés et qui lui servent également à entraîner sa bête en dehors de la saison de chasse.
« Nous venons d'effectuer un parcours d'à peine 200 mètres. Les recherches en forêt dépassent souvent 1 km et dans 90 pour cent des cas, les chasseurs stupéfaits nous demandent : comment ton chien a-t-il pu réussir? Je ne le sais pas, c'est pour ça que j'ai un chien », badine M. Masson.
Les moniteurs font du coup prendre conscience aux participants, qui sont des chasseurs en apprentissage pour la plupart, qu'avec un odorat aussi performant que celui du chien, le chevreuil utilise à profusion mécanisme de défense autant avec les vents qu'au sol pour échapper à ses prédateurs.
« On prend des précautions à la chasse pour éviter que les chevreuils nous détectent. Après un tir, c'est clair par contre que le chien nous donne un avantage que nous n'aurions pas autrement », a retenu un autre élève, Jérôme Létourneau.
« Les chasseurs qui nous appellent, faute d'avoir réussi eux-mêmes à retracer leur animal blessé, sont nerveux. Je le dis spécialement pour vous, Mesdames : 80 pour cent des hommes pleurent lorsque nous retrouvons leur gros gibier. Cette joie est un soulagement parce que personne n'aime avoir sur la conscience la mort d'un animal abandonné en forêt », témoigne Philippe Racette.
La sortie a été fort éducative pour les jeunes. Le récit n'est pas sans intérêt non plus pour les chasseurs. Ceux qui sont déjà passés de la fébrilité à la déception - je suis de ceux-là - peuvent en témoigner. N'hésitez pas à consulter le site internet de l'Association des conducteurs de chiens de sang du Québec.