Laurence Vincent-Lapointe

Tous dans le même bateau

CHRONIQUE / Ce devait être une belle et grosse journée chez les Turcotte ce samedi.

En matinée, notre grande Justine allait participer à son premier match des séries de sa vie au basket-ball avec l’équipe de son école. Le basket, c’est sa nouvelle passion. Ses jambes de girafe lui donnent la chance de suivre le groupe, même si c’est une novice. Elle a le bonheur d’être dirigée par une sommité régionale, Faisal Docter.

Il mène ses équipes scolaires avec autant de passion qu’il ne le faisait avec les Diablos, et Justine adore ça. À 13 ans, il n’y a pas grand-chose qui peut l’obliger à se lever à six heures du matin un samedi. Mais pour un match de séries de basket à Jean-Nicolet, pas de problème!

Sur l’heure du dîner, c’était au tour du bébé de la maison de se défouler sur la glace pour l’un de ses derniers cours magh de l’année à Louiseville.

Puis, toute la famille convergeait vers Saint-Boniface pour les séries d’Alexis dans l’atome AA. À 10 ans, on ne rigole pas avec les séries éliminatoires quand on se couche en rêvant de jouer dans la LNH. Il y a eu deux intenses pratiques cette semaine, Alexis et ses amis avaient rendez-vous avec les Dynamos de Shawinigan, une équipe pratiquement invincible, qui compte sur un super gardien. Alexis était confiant, et il avait prévu se coucher tôt vendredi pour avoir encore plus d’énergie à offrir à son club.

Le plan a pris le bord jeudi soir. Pas juste chez nous, partout. Au hockey uniquement, ce sont 100 000 jeunes qui, soudainement, sont privés de hockey au Québec. Quand on ajoute tous les sports scolaires, ce nombre explose carrément. Ça en fait des garçons et des filles en deuil depuis quelques heures…

À ce niveau, c’est surtout le plaisir qui est en jeu. C’est triste, bien entendu. Mais pas si dramatique.

Quand on grimpe, les enjeux sont plus grands. Attardons-nous un instant à la planète de hockey junior. Il y a des clubs comme les Saguenéens de Chicoutimi, le Phoenix de Sherbrooke, les Wildcats de Moncton et l’Océanic de Rimouski qui ont misé gros sur le prochain printemps. Ils anticipaient d’importants revenus aux guichets. Ils comptaient faire du millage lors des prochaines saisons en s’appuyant sur leurs performances des prochaines séries. Ça marche comme ça, un cycle de hockey junior. Espérons pour eux que les activités pourront reprendre dans quelques semaines. Car si la saison tombe à l’eau, les pertes seront énormes pour ces marchés.

C’est vrai aussi pour plusieurs joueurs. Par exemple, ceux qui sont éligibles à la prochaine séance de sélection de la LNH. Un gars comme Mavrik Bourque devait faire un retour au jeu vendredi soir après une absence d’un mois. Quand la nouvelle s’est ébruitée en milieu de semaine qu’il reprendrait sa place dans l’alignement, une bonne dizaine de dépisteurs avaient modifié leur horaire afin d’être présents à Drummondville…

La Terre va continuer de tourner, au lendemain de cette pandémie. Il y aura tôt ou tard un repêchage pour la LNH. Mais sans ces dernières semaines d’évaluation, les plus importantes dans le processus, forcément il y a des joueurs qui seront perdants au change. Pour eux, les prochaines semaines seront difficiles à négocier.

Et ce sera encore pire pour ceux qui se préparent en vue des Olympiques cet été. Pour l’instant, ils sont dans l’incertitude la plus complète. Ils doivent continuer à se défoncer à l’entraînement, sans savoir s’ils auront accès à la plus grande scène sportive mondiale.

Laurence Vincent Lapointe, notamment, se prépare depuis son adolescence pour ce rendez-vous. Elle a traversé l’enfer depuis l’été, après un contrôle antidopage positif. Elle est de retour sur l’eau depuis quelques semaines, et elle est engagée dans une course contre la montre pour retrouver sa forme de championne du monde afin de se qualifier pour les Jeux en avril. Impossible de prévoir ce qui va se passer avec ces essais nationaux prévus en Georgie. Peut-être que même les Jeux seront annulés, qui sait? La fenêtre va se rétrécir de jour en jour.

À différents niveaux, nous sommes donc tous dans le même bateau. La société est paralysée. Et le sport est une victime collatérale. Souhaitons seulement que cet arrêt brutal soit de courte durée…