Sa visibilité n’a pas que des effets positifs pour Simon Kean, qui doit naviguer avec un flot étonnant de commentaires négatifs.

Pourquoi tant de haine?

CHRONIQUE / En faisant de Simon Kean l’une de ses têtes d’affiche, Eye of the Tiger Management a placé le Trifluvien sous les projecteurs.

Vous avez vu les chiffres, plus de 740 000 personnes ont regardé Kean passer le K.-O. à Dillon Carman samedi soir dernier à Shawinigan. Cette extraordinaire visibilité n’a pas que des effets positifs pour l’athlète de 30 ans, qui doit naviguer depuis avec un flot étonnant de commentaires négatifs.

Il est vrai que sa performance n’a pas été sans faille. Carman l’a beaucoup touché au cours des deux premiers rounds, particulièrement avec son jab qui marquait presque à tout coup. Kean semblait réticent à s’engager en offensive, probablement craintif en raison du résultat du premier combat entre les deux poids lourds.

Il a eu besoin que son entraîneur Jimmy Boisvert le savonne dans le coin après le deuxième assaut pour laisser sortir le Grizzly. Carman n’a pas fait vieux os par la suite. Après une chute au plancher, il avait perdu le nord quand l’officiel a mis un terme au combat au troisième round. Il peut bien dire après coup que l’arbitre a stoppé l’action trop rapidement, mais en réel, c’était un mastodonte déchaîné qui était devant lui pour l’abattre au moment où il était sans défense. L’officiel l’a probablement sauvé d’une très longue convalescence...

Cette victoire spectaculaire a permis à la boxe québécoise de pousser un énorme soupir de soulagement.

Mais le fan moyen, lui, est resté sur son appétit. Pas assez mobile à son goût, Kean. Une défensive trop poreuse. Un boxeur local, rien de plus, monté en épingle par une boîte de promotion. Un vulgaire bagarreur de rue... Ça, c’est le fond du discours. La forme, c’est encore pire.

Minute, papillon noir.

Pourquoi tant de haine? Parce qu’il est l’un des nôtres? Un athlète peut ne pas vous plaire ou ne pas satisfaire vos attentes, mais pourquoi vomir ainsi sur lui?

Double standard

On va s’entendre, Adam Braidwood n’a pas le tiers des réalisations de Kean dans la boxe. Quand ils se sont rencontrés sur le ring, il a servi de chair à canon. Avant de se mettre à la boxe, Braidwood a fait les pires conneries inimaginables dans sa vie personnelle. Il a passé pas mal de temps en prison. Pourtant, à chacune de ses visites au Québec, il est accueilli comme une rock star!

J’ai bien du mal à saisir le double standard. Comme Braidwood, Kean s’est enfargé dans sa jeunesse et depuis quelques années, il est irréprochable. Il a visité des écoles pour parler de son vécu, il fait du bénévolat dans le temps des Fêtes pour la sclérose en plaques, une maladie qui a fauché la vie de son père. Sur le ring, il s’est qualifié pour les Olympiques de 2012, où il a battu un certain Tony Yoka, rien de moins que le champion olympique de 2016.

Depuis son arrivée chez les pros, il a dominé tous les gars qui ont eu le courage de se mesurer à lui jusqu’à maintenant. Boxrec le classe au 31e rang mondial chez les lourds. Alors, je repose ma question: pourquoi tant de haine?

Je me souviens avoir eu le même questionnement quand Jean Pascal était au sommet de son art il y a quelques années. À l’époque, je croyais qu’il y avait un fond de racisme qui était en cause. Après tout, on lui reprochait d’être arrogant... à la Patrick Roy, lui qui était adulé pour ce tempérament.

Dans le cas de Kean, il faut manifestement chercher ailleurs. «Certaines personnes, derrière leur clavier, expriment leur jalousie, je pense», raconte le président de Eye of the Tiger Management, Camille Estephan.

«J’avoue ne pas comprendre pourquoi un gars qui essaie de réaliser ses rêves est autant critiqué, pourquoi nous sommes si durs envers les nôtres. Avant, on entendait qu’il avait une mâchoire de verre. Il a prouvé que c’était faux samedi. On entendait aussi qu’il n’était pas sérieux. Avez-vous vu dans quelle forme physique il s’est présenté pour la revanche? Maintenant, on lit que ce n’est pas un styliste. C’est comme si on demandait à un gros camion GMC de se comporter comme une Ferrari! Simon, c’est un camion, qui peut descendre n’importe qui avec sa main droite. On n’a jamais dit que c’était un futur Mohammed Ali. Ce qu’on dit, c’est qu’on croit qu’il peut gagner un championnat du monde un jour avec ses atouts, en travaillant fort pour continuer son développement. Si on n’y croyait pas, qu’est-ce qu’on ferait dans la boxe?»

Estephan insiste toutefois sur le fait que ce ne sont pas tous les fans qui regardent son protégé de haut. Après tout, Kean a vendu plus de 11 000 billets en trois galas à Shawinigan en l’espace de 16 mois. Samedi, Estephan a été soufflé par les cotes d’écoute.

«C’est plus qu’un match du Canadien, plus qu’un match de finale de Coupe Stanley. ESPN a fait un gala le même soir, il y a eu 800 000 de cotes d’écoute. Dans un petit marché de huit millions d’habitants, nous avons un pointage similaire. C’est énorme, et ça place Simon parmi les plus grandes vedettes au Québec, tous sports confondus.»

Personne ne peut faire l’unanimité. Et c’est bien correct comme ça. Mais bon, les gens devraient peut-être réfléchir un peu avant de publier autant de venin.

On joue au hockey, on joue au tennis, au baseball, à pratiquement tous les sports. Mais on ne joue pas à la boxe. Les gars qui ont le courage de monter sur un ring et qui s’y préparent avec sérieux méritent une dose de respect minimal...

Miljas n’est pas impressionné

Il n’y a pas que certains internautes qui doutent du potentiel de Simon Kean. Depuis dimanche, le champion canadien Mladen Miljas ne se cache pas pour dénigrer celui qui a dit viser sa couronne.

Miljas me l’a écrit en message personnel. Il refuse toutefois de faire une entrevue directe, parce qu’il n’a pas aimé que je critique son choix d’adversaire depuis qu’il s’est associé à un promoteur américain!

Il a quand même répété les mêmes phrases-chocs à un employé de Punching Grace - qui réalise notamment des documentaires sur la boxe - lorsque celui-ci l’a questionné sur son appétit pour un rendez-vous au sommet au Canada. En substance, Miljas dit ne pas avoir de temps à perdre avec Kean, croyant qu’il n’a jamais récupéré de sa commotion cérébrale subie en octobre 2018. Et, bien entendu, il se dit assuré de le descendre facilement si jamais les deux poids lourds se croisent un jour.

«Tant mieux s’il croit vraiment ça, on va lui donner la chance de prouver son point. La semaine prochaine, je vais déposer une offre très généreuse à son gérant pour mettre sur pied le combat. J’en ai fait deux par le passé, cette fois on va doubler le montant. Si l’offre est refusée, avec un montant comme celui-là, on saura que c’est parce que Miljas, dans le fond, a peur de Simon», confie Estephan, qui va se rabattre sur les frères Trey Lippe Morrison (15-0, 15 K.-O) et Shawn McKenzie Morrison (15-0-2, 13 K.-O.) si jamais le clan du champion canadien ne cède pas à sa cour.

Ces Morrison sont les fils de l’ex-champion du monde Tommy Morrison, connu également pour son rôle principal dans Rocky V! «Ce sont de bons boxeurs, des noms vendeurs. On pourrait avoir tout un feu d’artifice. La priorité, c’est Miljas. Mais sinon, on va explorer d’autres options. Un troisième combat face à Carman n’est pas totalement exclu non plus.»
Reste à savoir si Kean est sorti du duel de samedi dernier sans blessure majeure. EOTM attend les rapports du médecin. «On n’en avait pas parlé avant le combat, mais Simon soignait une blessure mineure. On a fait des tests pour être sûr que tout est correct. S’il évite l’opération, on va le revoir en septembre. Sinon, il faudra attendre à novembre ou décembre», conclut Estephan.