Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte

Pas de bisous avant Tokyo!

CHRONIQUE / Avant l’été 2019, Laurence Vincent Lapointe était étiquetée comme la championne du monde la plus méconnue au Québec.

Les six derniers mois lui ont fait perdre cette réputation. Mais pas pour les bonnes raisons. Cette histoire reliée au ligandrol a fait couler beaucoup d’encre. Normal, une championne incontestée dans son sport, qui se fait prendre la main dans le sac. Quel coup de filet pour un système dont la mission est de traquer les tricheurs.

Depuis cette bombe, lâchée tout juste avant le Championnat du monde, Laurence rêvait à cette journée où elle pourrait crier haut et fort qu’elle détient la preuve qu’elle n’était ni une tricheuse, ni une menteuse. Laurence se retenait depuis vendredi, alors qu’elle avait été prévenue de la décision qui la blanchissait. Disons que le week-end a été interminable!

«J’avais tellement hâte d’en parler. À chaque fois qu’on avançait dans le dossier, j’aurais aimé le communiquer. C’était impossible et je comprenais pourquoi, mais ce fut néanmoins difficile de tout garder pour moi. Je me sens libérée en ce moment.»

Cette mésaventure lui a, à tout le moins, permis de mesurer sa réputation. Son milieu l’a appuyée inconditionnellement. Sa famille, ça allait de soi. Mais ce fut beaucoup plus large comme soutien. Sa partenaire Katie Vincent, son ex-entraîneur Mathieu Pelletier, l’agence B2dix, d’autres coéquipiers sur l’équipe nationale, des rivales d’un peu partout sur la planète, bref tous sont restés à ses côtés en pleine tempête. «Ça m’a impressionnée. Je me mettais à leur place et je me disais que c’était difficile d’aller au bâton dans les circonstances, même s’ils me connaissaient bien. Ce soutien a été très important durant cette longue attente. Je n’ai encore parlé à personne. Ça aussi, j’ai hâte!»

Point de rupture

Elle a perdu un seul allié. Pas le moindre. Son chum. Jamais elle n’aurait cru que c’est dans l’intimité qu’elle pourrait être contaminée. Elle a utilisé le mot «trahison» dans le reportage de Podium, de Radio-Canada. Un mot fort qui n’évoquait rien de moins qu’une rupture. «Ça faisait un bon bout de temps qu’on était ensemble. Ce fut mon seul chum dans ma vie. Ce n’était pas évident, mais je ne pouvais continuer étant donné comment ça s’était passé. Mais bon, je vais m’en remettre!»

S’il y a des prétendants dans la salle, il faudra être patients. Laurence se met 100 % en mode canoë d’ici aux Jeux. «Je suis devenue parano un peu sur les bords. Depuis que je suis retombée célibataire, je suis très, très sage. Je n’ai pas embrassé personne d’autre! Je pense que je vais avoir besoin d’un peu de temps avant de pouvoir faire confiance à nouveau à une personne…»

Elle sera de retour sur l’eau, en Floride, dès mardi. Il n’y a pas de temps à perdre. Si elle s’est entraînée depuis ces vacances forcées, elle n’a pas eu droit à l’encadrement de pointe offert à l’élite. Les filles derrière elle poussent. Ce sont les premiers Jeux du canoë féminin, il n’y aura jamais eu autant d’adversité sur la ligne de départ. «Il n’est pas trop tard pour gagner aux Jeux», tranche-t-elle. «J’ai la force physique, j’ai la technique. Le reste, ce sont des petits détails. Ils sont importants, évidemment, mais j’ai le temps nécessaire pour tout mettre ça ensemble.»

Chose certaine, cette aventure sera maintenant suivie de près. Partout au pays. Il n’y a pas si longtemps, l’équipe de Vincent Lapointe se démenait pour obtenir de la visibilité. Les projecteurs sont arrivés par la porte de derrière, certes, mais ils resteront jusqu’à Tokyo. Imaginez si elle parvient à monter sur la première marche du podium. Ça deviendrait du matériel hollywoodien…