Le Colisée pourrait subir d’importantes modifications avant même son ouverture.

Le plan A: la cohabitation

CHRONIQUE / Après un roman-savon qui s’est étiré sur des mois, tout indique que le Colisée sera meublé à court terme, au plus tard d’ici la fin du mois de mars. Et, surprise, le plan A, c’est maintenant la cohabitation!

C’est quand même tout un revirement. Il n’y a pas si longtemps, l’administration municipale entretenait des doutes sur le projet de Dean MacDonald et ne cachait pas sa préférence pour celui des Patriotes.

MacDonald et Marc-André Bergeron ont visiblement été convaincants dans leur présentation au sujet d’un club-école du Canadien de Montréal dans la ECHL puisqu’en ce moment, les fonctionnaires de la ville travaillent sur un scénario susceptible d’accommoder les deux organisations.

Attention, rien n’est réglé. Encore moins signé. Il y a des négociations à terminer. Mais justement, ces négociations vont bon train et les parties impliquées s’échangent des propositions en ce moment. Disons que le canal de communication est bien ouvert, contrairement à cet automne.

Est-ce qu’il est possible que tout déraille et qu’il y ait, à la fin, un seul locataire? Oui. Pas pour rien que les fonctionnaires ont prévu divers plans, et qu’ils ont été très prudents dans une présentation préliminaire effectuée en séance de travail avec les conseillers mardi. Mais le mandat obtenu de la Ville, c’est d’en arriver à une entente.

On présume que ce sera assez facile avec les Patriotes. Avec McDonald, il y a davantage à négocier, c’est plus compliqué. Mais l’homme d’affaires des Maritimes est déterminé à conclure positivement le dossier. Et il a en face de lui une administration municipale qui semble finalement viser le même dénouement. La négociation devrait faire le reste pour accoucher d’un pacte dans les prochaines semaines.

Des décisions à prendre

Pour la Ville, ces négociations, si elles débouchent sur une cohabitation, aura un prix. Le Colisée a été conçu pour abriter une seule équipe majeure. Ajouter des quartiers pour une seconde formation, c’est se condamner à ajouter un extra sur la facture. De quel ordre? Tout dépend justement des négociations, des demandes des Patriotes et de MacDonald. Si les deux équipes peuvent partager certains locaux, comme un gym ou une salle de physiothérapie, la facture sera moindre. Quelques centaines de milliers de dollars, probablement. Mais si les deux clubs tiennent à un environnement privé, ça peut grimper à plus d’un million$, surtout que la superficie du Colisée pourrait être revue à la hausse.

Les élus municipaux auront à se pencher éventuellement sur ces coûts. Il sera intéressant de voir leur réaction. Tous semblent maintenant vouloir que le Colisée soit utilisé au maximum. C’est ce qu’une cohabitation Patriotes-ECHL offrirait. Mais pour en arriver là, ça va prendre des investissements qui n’étaient pas prévus au départ dans l’enveloppe initiale.

L’exemple shawiniganais

Ce coût supplémentaire fait d’ailleurs penser aux tractations qui ont mené à la construction du centre Bionest. Rappelez-vous, la Ville tenait à une surface de dimension olympique. Martin Mondou, lui, ne voulait rien savoir et menaçait de ne pas acheter les Cataractes – en faillite technique – si ce n’était pas une surface nord-américaine à l’intérieur du nouvel aréna. Il y avait impasse. Finalement, le concept des bandes rétractables a été évoqué. Pour acheter la paix, la Ville de Shawinigan a allongé quelques centaines de milliers de dollars supplémentaires. Une décision qu’elle n’a jamais regrettée, m’a dit l’ex-mairesse Lise Landry dans une entrevue accordée hier. «Personne n’aime ça, les excédents de coûts dans un projet. Ni les élus, ni les citoyens. Mais lorsque tu fais un projet du genre, tu ne le bâtis pas pour deux-trois ans, il va durer dans le temps. C’est important de prendre les bonnes décisions, afin de maximiser les possibilités.»

Autour de la table, il y a une dizaine d’années, les élus n’ont pas eu besoin de déchirer la chemise pour en arriver à la décision de consentir cet effort supplémentaire afin de fournir aux Cataractes un environnement adéquat. «Une équipe de hockey majeure, ça amène des retombées directes dans le milieu. Tout le monde était conscient de l’enjeu. La surface olympique a amené une plus grande superficie pour les foires, les salons, c’est très profitable. Et les Cataractes ont obtenu ce dont ils avaient besoin. Ce fut un excellent investissement.»

Mme Landry fréquente occasionnellement le centre Gervais Auto. Elle avoue ressentir un peu de fierté quand elle pousse les portes de l’amphithéâtre. Normal, c’est un de ses plus importants legs de sa carrière politique. Quand elle a obtenu le financement – avec l’aide de Jean Chrétien – pour remplacer le vétuste aréna Jacques-Plante, ça faisait des décennies qu’un aréna de 4000 places ne s’était pas bâti au Québec. Inauguré en 2009, ce complexe multifonctionnel – et ses bandes rétractables – a depuis accueilli plus d’un million de visiteurs! En plus de la Coupe Memorial, le tournoi de hockey junior le plus prestigieux en Amérique du Nord… «Je pense qu’on a bien fait les choses pour en arriver au meilleur compromis possible», conclut-elle.

À méditer...