Daniel Renaud a vu rouge, il y a deux semaines, quand Vincent Senez lui a expliqué ce qui s’était passé avec l’officiel Pascal Saint-Jacques.

Deux poids, deux mesures

CHRONIQUE / C’était jour de grande réunion familiale chez les Turcotte ce samedi.

En ces trop rares occasions, normalement les discussions tournent autour du Canadien. De Carey Price, de P.K. Subban, de Marc Bergevin, de la date limite des échanges. Une famille québécoise typique, non?

Eh bien cette fois, mon père a fait dévier les conversations vers le hockey junior. Plus précisément sur la blessure subie par Vincent Senez il y a deux semaines, lorsque l’officiel Pascal Saint-Jacques l’a puni pour avoir joué la comédie.

Senez a tellement amplifié son geste, qu’il a vomi une fois rendu au vestiaire après avoir été frappé par-derrière à trois pieds de la rampe alors qu’il n’avait pas la rondelle. Trente minutes après la fin du match, il était encore sur la table du docteur. Il n’a pas été en mesure de conduire son auto ce soir-là. En date de lundi matin, il n’avait pas encore repris l’entraînement avec ses coéquipiers. Il a raté cinq matchs jusqu’à maintenant.

Mon père n’est pas très techno, il n’avait pas vu la séquence qui avait mené à cette saga. J’avais ça en stock sur mon iPhone, je lui ai montré. «Tu me niaises? Comment l’arbitre a-t-il pu y voir une pénalité pour plongeon?»

Un joueur marqué

Je me suis fait l’avocat du diable. Ça va vite sur la glace, il y a une petite mêlée. L’attention de Saint-Jacques était peut-être partagée. Et puis Senez est un patineur marqué par les officiels. La ligue est de moins en moins robuste, alors ceux qui sortent du lot et qui aiment bien frapper sont assez visibles merci. C’est le cas de Senez. Il n’a jamais le bénéfice du doute. Des gestes posés par d’autres qui passent sous silence l’envoient au cachot. La même logique fait que lorsqu’il reçoit lui-même des coups, les officiels y pensent à deux fois avant de lever le bras.

Et puis, en général, ce fut une soirée à oublier pour le duo d’arbitres en fonction. Plusieurs appels ont été douteux ce soir-là. Ça arrive. Ce ne sont pas des robots. Comme les joueurs, ils font des erreurs dans le feu de l’action.

De l’intimidation

Là où Saint-Jacques a carrément dérapé, c’est dans la minute qui a suivi la mise en échec par-derrière. Senez se tordait de douleur sur la glace. Plutôt que de reconnaître son erreur, il a été voir trois fois le jeune homme, le menaçant de lui imposer une pénalité additionnelle s’il ne se relevait pas. Trois fois! Si ce n’est pas de l’intimidation d’un professionnel chargé de faire la loi sur la glace envers un joueur-étudiant de la ligue, j’aimerais bien qu’on m’explique ce que c’est…

Chose certaine, Daniel Renaud a vu rouge ce soir-là, quand Vincent Senez lui a raconté ce qui s’était passé, quelques instants avant son point de presse. Pour la première fois depuis qu’il pilote les Cataractes, il est sorti de ses gonds, disant que les officiels avaient été pourris et que ces derniers semblaient avoir une dent contre eux depuis quelque temps.

Quelle enquête?

Le 15 février, j’ai demandé à Gilles Courteau ce qu’il comptait faire dans ce dossier. «J’ai demandé à Richard Trottier de faire enquête puis de me faire une recommandation. Je vous reviens par la suite.»

Le commissaire de la LHJMQ a changé son fusil d’épaule quelques heures plus tard. Par le biais du porte-parole du circuit, il a fait savoir qu’il ne commenterait pas le dossier et que s’il y avait des mesures disciplinaires adoptées, les Cataractes seraient mis au courant mais pas le public!

Or, le verdict est tombé. Courteau a imposé une amende de 2000 $.... à Daniel Renaud, pour ses commentaires inappropriés. Quant à Saint-Jacques, il semble avoir été blanchi, du moins si on se fie à ce qui se raconte en coulisses. Pas le choix de s’en tenir aux discussions de corridor, la LHJMQ ne veut rien dévoiler. On sait quand même que Saint-Jacques était en fonction le lendemain du match à Shawinigan, à Blainville-Boisbriand, puis le dimanche suivant à Sherbrooke.

On sait aussi que l’enquête de Trottier n’a pas été très impressionnante. Il n’a même pas parlé à Vincent Senez pour recueillir sa version des faits. Ni à Valentin Nussbaumer et Marc-Antoine Pépin, des joueurs qui étaient tout près de la scène.

Donc, le méchant dans l’histoire, c’est Renaud! Et, dans la LHJMQ, en 2019, un officiel peut dire ce qu’il veut à un joueur, sans crainte de représailles. Deux poids, deux mesures.

Pour une ligue qui se targue de tout mettre en œuvre pour encadrer ses joueurs, l’incident Senez montre une chose: les bottines ne suivent pas toujours les babines dans le circuit présidé par Gilles Courteau.

Senez prend du mieux, les Cataractes se croisent les doigts afin qu’il soit en mesure de revenir au jeu au cours de la prochaine semaine. Il sera intéressant de voir à quel accueil il aura droit des officiels. Vous savez, c’est une belle et grande confrérie, les arbitres...