Kyle Sutton

«C’est un rêve qui s’est réalisé»

CHRONIQUE / Le triomphe d’Équipe Canada au dernier championnat du monde junior ne se limite pas au travail des joueurs et du personnel d’entraîneurs. Derrière eux, il y a toute une machine, huilée au quart de tour, pour maximiser les chances de la formation nationale de s’imposer au sein du tournoi de hockey annuel le plus épié sur la planète.

Au sein de cette petite armée, il y avait Kyle Sutton, le thérapeute des Cataractes. Sutton est devenu un habitué de ces rendez-vous mondiaux. C’était son quatrième tournoi avec Équipe Canada, mais son premier championnat du monde junior. Une expérience qu’il n’oubliera jamais.

«C’est un rêve qui s’est réalisé. Dès que tu commences à travailler dans le hockey junior, et que tu parles à des gars qui ont goûté au tournoi que tu regardes depuis que tu es jeune, c’est sûr que tu veux avoir cette chance-là un jour toi aussi. C’est ce qui s’est produit pour moi cette année. C’était grandiose… même si je ne me rappelle pas des derniers moments!», sourit Sutton. «À un moment donné, en finale, j’ai cligné des yeux et j’ai saisi ce qui se passait. Mais sinon, je ne me rappelle pas grand-chose à partir de notre quatrième but! C’était comme si j’étais dans un rêve, littéralement.»

Kyle Sutton

Un rêve encore plus puissant pour un groupe qui avait été stoppé en quart de finale au championnat du monde U18 deux ans auparavant. Ce groupe s’était bien promis de prendre sa revanche sur la plus grande scène. Mission accomplie. «J’avais gagné au tournoi Hlinka-Gretzky avec une bonne partie des boys, mais au championnat du monde U18, la déception avait été énorme. Cette médaille d’or au championnat du monde junior, c’était la meilleure façon de terminer ce cycle», sourit Sutton, qui a eu peu de temps pour célébrer. «Un coup que le match se termine, on rejoint les joueurs sur la glace, c’est malade. Tu sautes dans les airs, tu cries ta vie, tu serres un paquet de mains. Puis, à un moment donné, tu te retournes et tu vois tout cet équipement sur la glace… et ça te rappelle que c’est toi qui ramasses tout ça! Une fois revenu au vestiaire, on a quand même pu fêter une bonne heure avec tout le monde. Quand les joueurs sont repartis à l’hôtel, alors il fallait ramasser, nettoyer, puis placer dans les boîtes tout cet équipement pour le prochain tournoi de Hockey Canada. On était une petite armée de lutins de Noël à faire tout ça…»

Ce travail un peu ingrat a mis fin à un tournoi stressant pour Sutton et l’équipe médicale, qui a dû gérer quelques cas épineux, dont ceux d’Alexis Lafrenière et Barrett Hayton, les deux vedettes offensives de l’équipe. «Quand on a vu que Lafrenière s’était blessé, on savait que ce serait délicat. J’ai eu la chance de travailler avec des gars hyper compétents. L’un est associé aux Oil Kings et aux Oilers d’Edmonton, un autre a travaillé avec les Canucks de Vancouver pendant 20 ans. On avait la confiance de Hockey Canada, des frères Hunter. Lafrenière voulait jouer, sa famille voulait qu’il joue, il fallait simplement les rassurer sur la nature de la blessure et bien expliquer la situation. Je suis fier du travail fait avec lui pour lui permettre de reprendre son poste. Dès son retour, il a fait une grosse mise en échec à sa première présence, comme pour démontrer à tout le monde qu’il était correct! C’était délicat, puisqu’il n’est pas encore repêché, alors c’est une très grosse année pour lui. Sa façon de gérer ça a été très impressionnante. Lafrenière, c’est un vrai de vrai.»

Sur le capitaine Hayton, et sur le reste des cas sur lesquels il a dû plancher, Sutton ne veut pas trop dévoiler de trucs, sinon pour dire que les médias obligent le personnel médical… à un peu de créativité. «La plus grande différence dans notre travail au championnat du monde junior, c’est l’omniprésence des médias. Tu dois en tenir compte dans ton travail. Par exemple, si un joueur est malade, tu ne peux pas simplement lui préparer une bouteille d’eau avec son numéro dessus, car quelqu’un va le remarquer c’est sûr! Il y a des infos qu’on veut garder à l’interne, et on doit prendre les moyens pour y arriver. Tout est calculé, chaque détail compte à ce niveau-là. »

Après quelques jours de congé pour refaire le plein d’énergie et faire un peu de rattrapage familial, Sutton a repris le boulot la semaine dernière chez les Cataractes. Même s’il a dû partir un mois, seul, pour participer à l’aventure, c’est une expérience qu’il voudra revivre. «Ma blonde est enceinte et on a déjà un bébé à la maison, alors ce n’était pas idéal pour elle de venir avec moi. Même si elle est extraordinaire et qu’elle m’appuie totalement, ça fait du bien de rentrer à la maison. En ce qui concerne le futur, c’est sûr que je vais à nouveau soumettre mon nom. Tu veux toujours te placer dans des situations où tu peux continuer à grossir ton bagage de connaissances…»

C’est un peu le même raisonnement, si jamais une porte s’ouvre chez les pros. Sutton ne fait pas de mystère sur ses ambitions. «Je m’assure toujours d’être dans le moment présent. Et là, en ce moment, c’est d’aider les Cataractes à connaître un beau cycle, et à gagner tous ensemble. Ceci dit, je suis comme les joueurs, j’aimerais un jour graduer. Ça fait trois ans que je participe au camp de développement du Canadien, c’est du millage de plus. Tu veux montrer aux bonnes personnes ce que tu es capable de faire, tu veux maximiser tes opportunités. Je crois avoir réussi ça au championnat du monde junior, on verra bien. Je sais aussi que je peux compter sur l’appui de Martin Mondou là-dedans. Pour les Cataractes, quand quelqu’un gradue, que ce soit un joueur ou un membre du personnel, c’est toujours une source de fierté. Si un jour la porte s’ouvre, je vais étudier très sérieusement cette possibilité. Sinon, Cats for life, man!», conclut Sutton, qui a rencontré l’amour ici, à Shawinigan.