Steve Turcotte
Le Nouvelliste
Steve Turcotte
Alexia Moreau n’a jamais eu peur de sortir des sentiers battus pour vivre pleinement sa passion.
Alexia Moreau n’a jamais eu peur de sortir des sentiers battus pour vivre pleinement sa passion.

Alexia Moreau: une passion qui mène de plus en plus loin

CHRONIQUE / Je me suis gâté à Noël l’hiver dernier.

Avant les préparatifs entourant le grand souper familial – on pouvait faire ça dans le monde pré-COVID -, je me suis sauvé en matinée avec mon grand Alexis pendant deux petites heures. Direction: la patinoire de Maskinongé.

Une idée de génie! On avait le terrain de jeu glacé juste pour nous. La température était parfaite. Et il n’y avait pas un bruit à des kilomètres à la ronde même si nous étions au cœur du village, probablement parce que les gens récupéraient encore de la veille. Ça m’a rappelé toutes ces sorties avec mon papa sur l’étang dans le petit boisé derrière la maison, qu’il transformait hiver après hiver en patinoire. Un méchant beau moment!

Vers la fin de notre petite escapade, mon ancien capitaine dans le hockey senior et sa fille sont arrivés.

Alexis a tout de suite été ébloui par Alexia Moreau. À 10 ans, c’était purement sportif. Enfin, je l’espère! L’adolescente louisevilloise de 16 ans se déplaçait avec une telle aisance sur la glace, pratiquant ses tirs sur réception. J’avais entendu parler d’Alexia, je ne l’avais jamais vue en action. J’avoue que j’ai été impressionné moi aussi.

- Regarde-la bien Alexis. Cette fille-là, un jour, tu vas la voir jouer à la télévision. Peut-être même aux Jeux olympiques!

Il m’a regardé avec un peu de scepticisme dans son regard. J’aime bien lui faire des blagues: il se demandait si j’essayais encore une fois de lui monter un bateau. J’étais pourtant très sérieux cette fois.

Bon, j’ignore si le temps me donnera raison. Il y a beaucoup d’appelées, peu d’élues. Ça prend du talent, de la persévérance et un peu de chance pour se rendre au plus haut niveau. On verra bien.

Mais ce que je sais, c’est que la passion d’Alexia la mène de plus en plus loin. Elle en a fait du chemin depuis ses premiers pas comme Coyotes. Elle a brisé une barrière à 12 ans en étant admise dans le programme des Panthères du CMI. Quelques années plus tard, elle s’installait à Stanstead, dont le programme féminin est hautement coté.

Puis, il y a quelques heures, elle acceptait la proposition de l’Université Holy Cross dans le Massachusetts, dont le programme hockey évolue en première division dans la NCAA. Alexia en a encore pour deux ans à se former à Stanstead, puis elle deviendra une Crusaders. «Ça va être dur d’attendre deux ans. Mais en même temps, je sais que j’aurai un rôle important à Stanstead. Je vais continuer à me développer.»

Alexia était courtisée pas à peu près. Une quinzaine d’universités l’ont approchée. Cinq ont déposé des offres de bourse d’études complètes. Elle aurait pu aller dans la IVY League aussi, mais ses parents auraient dû débourser une partie des frais d’étude. «Mes parents m’ont tellement aidée jusqu’ici, alors je pense que c’est mieux de leur donner un break! J’avais la chance d’avoir des offres pour des bourses complètes, alors j’ai choisi parmi celles-là.»

Pourquoi Holy Cross? Un mariage de raison. Parmi elles, la proximité avec le domicile familial. Les Moreau en mangent du hockey. Les parents d’Alexia se sont rencontrés à l’aréna, à l’époque où Steve jouait pour le National de Louiseville. Disons qu’ils n’ont pas manqué beaucoup de matchs de leur héritière. «J’aurais pu aller au Minnesota mais je sais que mes parents aiment venir à mes matchs. À cinq heures et demie de route, ça se fait!»

Mais ce qui a surtout fait pencher la balance, c’est l’intérêt démontré par les responsables de Holy Cross. En raison de la pandémie, il n’y avait pas moyen d’aller visiter le campus. Pas de problème, ils lui ont organisé une visite virtuelle. Puis des rencontres avec les entraîneurs. Puis avec le responsable du conditionnement physique. Il y a même des joueuses de l’équipe qui lui ont passé un coup de fil. «C’est l’université qui a démontré le plus d’intérêt. Des filles de l’équipe qui appellent, c’est spécial…»

Son choix étant maintenant fait, Alexia peut se concentrer uniquement sur le hockey. «J’aurais pu attendre encore avant de m’engager mais ça me permet de m’enlever un poids sur les épaules. Ce n’est pas toujours évident, sauter sur la glace pour un match quand tu sais qu’il y a huit dépisteurs dans les gradins qui sont venus décortiquer ton jeu. Cette étape-là est derrière, et je ne suis pas fâchée.»

Il y en aura d’autres, des étapes. Car Alexia caresse toujours le rêve d’éventuellement représenter le Canada aux Olympiques. Elle a été coupée au dernier camp U-18, elle entend bien changer le verdict lorsque la porte s’ouvrira de nouveau. «Je comptais sur un camp d’Équipe Québec cet été pour me démarquer mais il a été évidemment annulé. Pas grave, il y aura d’autres occasions dans le futur…»

Il lui reste quelques jours de congé en Mauricie avant de regagner Stanstead la semaine prochaine. L’équipe pourra s’entraîner cinq fois semaine puisque les joueuses vivent ensemble sur le campus mais Alexia ne sait pas quand elle pourra jouer un match de nouveau. «Notre ligue est aux États-Unis, alors nous sommes dans l’incertitude. Nous jouerons peut-être des matchs en Ontario. On verra bien.»

Elle ne semble pas trop inquiète de la suite des choses. La COVID peut bien freiner les passionnés comme Alexia pendant un moment, mais elle ne peut les stopper…