Oleschuck était recruteur pour les Pirates de Pittsburgh (MLB), en 1979, lorsque l’équipe a remporté la série mondiale.

Steve Oleschuck, le mentor des 12 salopards

Le décès de Steve Oleschuck laisse un grand vide dans le cœur des amateurs de baseball sherbrookois. Décédé la semaine dernière à l’âge de 79 ans, Oleschuck aura marqué tous les joueurs et entraîneurs qu’il a côtoyés au fil du temps, confirme Stéphane Waite, par sa passion inébranlable pour le baseball.

L’actuel entraîneur des gardiens du Canadien de Montréal est catégorique ; Steve Oleschuck est l’entraîneur qui a eu le plus d’impact dans sa carrière de joueur de baseball, mais aussi dans celle d’entraîneur, qu’il a entreprise un peu plus tard, au hockey.

« Steve, c’est un incontournable du baseball sherbrookois et estrien. Il n’a laissé personne indifférent. À la fin des années 1970, j’allais assister aux matchs de ses équipes, au vieux stade, et mon rêve, c’était de jouer pour lui, un jour », a dit Waite, qui a connu une intéressante carrière de baseballeur.

Un rêve qui s’est réalisé au début des années 1980 avec les Athlétiques juniors.

« Il m’a marqué. C’est lui qui m’a tout appris au baseball. Il avait des connaissances incroyables, on n’avait jamais vu ça. Tu sais, si mon gilet de joueur a été retiré et est maintenant accroché au Stade Amédée-Roy, c’est en grande partie grâce à lui. »

Oleschuck, précise Waite, gérait ses matchs avec précision. Défenseur du small ball, qui consiste à prendre des buts sur balle, faire des amortis ou voler des buts, plutôt que de compter uniquement sur la puissance, il n’avait pas son pareil pour élaborer des stratégies novatrices.

Originaire de Montréal, Oleschuck avait connu une brillante carrière comme joueur d’arrêt-court chez les seniors.

Son haut fait d’armes fut d’avoir été impliqué comme recruteur/dépisteur avec les Pirates de Pittsburgh (ML) de 1970 à 1995. Il arborait d’ailleurs fièrement sa bague de la Série mondiale de 1979.

Le parcours de Steve Oleschuck a de quoi étonner les plus fervents amateurs de baseball. 

De 1976 à 1978, il a fait ses classes au sein de Baseball Québec. En 1979, Oleschuck a pris les guides des Athlétiques de Sherbrooke. 

L’année suivante, avec sa troupe sherbrookoise, Oleschuck remportait la triple couronne junior élite. Un exploit. Avec une équipe composée uniquement de 12 joueurs. Les 12 salopards.

En 1981, l’entraîneur a déménagé ses pénates à Coaticook où il a remporté les finales juniors.  

Deux ans plus tard, Oleschuck était à la tête de la troupe junior de Lasalle pour ensuite revenir à ses premiers amours à Sherbrooke, de 1984 à 1986, les années durant lesquelles il a dirigé Stéphane Waite. « J’ai rencontré Stéphane Waite dans ce temps-là. Il était jeune, orgueilleux, combatif et fou. C’est l’un des plus gros compétiteurs que j’ai jamais connu », a-t-il expliqué à La Tribune, en 2005, lors d’un événement retrouvailles des Athlétiques.

Les années suivantes, l’entraîneur a butiné à Shawinigan, en Mauricie et à Coaticook dans le senior. En 1991, il a gagné une deuxième couronne avec la troupe sherbrookoise junior et en 1993, il a effectué sa dernière saison de baseball senior avec Coaticook. 

Il a repris du service brièvement avec les Expos de Sherbrooke, de la Ligue senior élite du Québec, en 2013.

Il s’est également établi en France, à partir de 1995, où il a entraîné diverses formations, dont l’équipe nationale de France. De 2001 à 2003, il a également été recruteur pour les Padres de San Diego et le Diamondbacks de l’Arizona.

« Il n’y avait que le baseball, pour lui. Il habitait chez son frère, pendant l’hiver, et pendant la saison, il demeurait à l’Hôtel le Flamingo, rue Wellington. Il n’a eu jamais d’auto, il ne conduisait pas. Il se déplaçait toujours en autobus ou en taxi », s’est rappelé Stéphane Waite.

« Charles Pelletier et moi, on est restés proches de lui. Il y a deux ans, je les ai invités au Centre Bell, pour un match des Canadiens, sur la galerie de presse. On a ressassé nos vieux souvenirs de baseball. Steve aimait tellement ça ! »

Ironiquement, c’est Waite lui-même qui a remplacé Oleschuck à la fin de son parcours junior, avec les Athlétiques.

« Ça a été un choc pour moi, que j’ai reçu la proposition de l’équipe. J’ai appelé Steve, et il m’a encouragé à prendre le poste. J’ai engagé Charles comme adjoint.

Stéphane Waite et Charles Pelletier sont demeurés proches de Steve Oleschuck. Ils étaient ici réunis à Sherbrooke en 2016.

Les 12 salopards

Les Athletiques juniors, de 1979-1980, membres de la ligue junior majeur de baseball du Québec, ont marqué l’imaginaire collectif.

Ils n’étaient que 12 dans l’équipe ; ils avaient du « caractère » sur le terrain et à l’extérieur.

Sous la férule d’Oleschuck et ses bons conseils, l’équipe a cumulé des statistiques impressionnantes, se rappelle Denis Landry.

« Pour nous, il était impressionnant. C’était un coach de haut niveau, c’était tout nouveau. Il était dépisteur, il avait un bagage de connaissances impressionnant. Il a rapidement gagné notre respect », dit-il.

Cette équipe, donc, ne comptait que 12 joueurs ; Jean Grenier, Bernard Boutin, Denis et Guy Landry, Alain Bolduc, Denis Guay, Denis Mongeau, Donald « Duck » Dupré, Serge Collin, Yves Bégin, Steve Shelton et Marco Leclerc, tous alors âgés de 19 ou 20 ans.

« Il n’y avait pas beaucoup de relève, à l’époque. Le baseball n’était pas dans sa meilleure époque. Steve avait dû se contenter de nous ! On était un peu indisciplinés et imprévisibles », a dit Denis Landry.

« Steve nous faisait jouer son small ball ; chacun avait son rôle. Il avait une extrême confiance en nous. Ça roulait tellement bien qu’il disait toujours qu’il n’avait rien à faire ! On a connu une saison mémorable, dans le vieux stade. Il nous apprit le baseball et ses subtilités. On avait une équipe de talent et il savait bien nous exploiter ; lors de la construction du Stade actuel, on est allé jouer à Coaticook où, là aussi on a gagné. Avec nous, Steve a eu une belle lancée dans sa carrière d’entraîneur. »

Les souvenirs du bat boy

Charles Pelletier a vu Steve Oleschuck de près. De très près.

« À l’époque des 12 salopards, j’avais 14 ans, et j’étais le bat boy de l’équipe. Je le voyais diriger son équipe, c’était un gars flamboyant. Il m’a marqué. Il gérait son match de baseball comme pas un ; il mettait sur pied toutes sortes de stratégies pour avoir l’avantage sur ses adversaires. »

« Lors de certaines années, on n’était pas des puissances dans la ligue junior ; mais je me rappelle une série contre les Aigles de Trois-Rivières, qui étaient l’une des grosses équipes au Canada à l’époque. On avait réussi à soutirer deux victoires avant de prendre la série ; pour ce faire, Steve nous avait ordonné de ne pas nous élancer tant qu’on n’avait pas deux prises contre nous. On faisait aussi des jeux truqués pour provoquer des feintes illégales. Il savait jouer dans la tête de ses adversaires », a rigolé Charles Pelletier, qui a été dirigé pendant deux ans par Oleschuck.

« Steve, c’était une légende, à Sherbrooke. Un vagabond du baseball, qui se promenait un peu partout où le baseball l’amenait. J’aurais aimé le revoir avant qu’il ne parte. »