Stephan Lebeau a remporté la coupe Stanley en 1992-93.

Stephan Lebeau revient sur la coupe Stanley de 1993

« Plus les séries éliminatoires de 1993 avançaient, et plus on avait le sentiment de devenir invincibles. Ça ne s’explique pas, c’est un sentiment très particulier. J’ai souvent rêvé de remporter la coupe Stanley lorsque j’étais jeune. Réaliser l’exploit, ça surpasse tout. »

L’édition 1992-93 des Canadiens de Montréal est la dernière à avoir remporté la coupe Stanley. C’était il y a 25 ans.

L’organisation montréalaise soulignera cette 24e conquête avant le match inaugural de l’équipe, jeudi soir, face aux Kings de Los Angeles.

Stephan Lebeau, comme la très grande majorité de ses coéquipiers de l’époque, sera sur place afin de célébrer l’événement.

Celui qui occupe le poste d’entraîneur-chef des Cougars du Collège Champlain (Ligue de hockey collégial AAA RSEQ) depuis quelques années, se souvient d’une année magique, non seulement pour l’équipe et ses partisans, mais aussi pour lui. Lebeau a en effet connu sa meilleure saison en carrière en 1992-93, avec une récolte de 31 buts et 49 passes pour 80 points en seulement 71 matchs.

« En tout point, ce fut la plus belle année de toute ma carrière. J’ai gagné la Coupe Spengler avec le Canada, à Davos, j’ai aussi gagné la Super Cup, en Suisse, mais rien ne se compare au fait de gagner la coupe Stanley. C’était mon but ultime, mon rêve de jeunesse, c’est l’accomplissement. C’est très dur à battre, comme feeling », a-t-il expliqué.

Cette conquête de la coupe Stanley s’est amorcée avant le début de la saison régulière 1992-93, se rappelle-t-il.

Jacques Demers débarquait à Montréal en remplacement de Pat Burns, avec une énergie différente.

« Dès le départ, Jacques nous a dit qu’il avait une énorme confiance en nous, qu’on pouvait choquer le monde du hockey et gagner la coupe Stanley. On ne savait pas trop s’il était un bon vendeur, ou s’il voulait tout simplement bien faire sa place, sur le moment. Mais au fur et à mesure que la saison avançait, on y a cru. On a connu assez de succès, pendant la saison, pour que ça soit crédible, pour qu’on y croit. Je me rappelle entre autres une séquence de 10 ou 11 matchs sans défaite; on était alors l’équipe de l’heure dans la LNH. Le chemin s’est tracé, tranquillement. Le fameux momentum, on a su le bâtir et s’en servir pour avoir du succès. »

Effet immédiat

Non seulement Jacques Demers a eu un ascendant positif sur l’équipe, il a eu un effet immédiat pour Lebeau.

« Ce fut ma meilleure année, l’arrivée de Jacques a été extrêmement bénéfique pour moi, et pour d’autres. Si je me souviens bien, on a été neuf joueurs de l’équipe à connaître notre meilleure saison en carrière en 1992-93. Dès ma première rencontre, Jacques m’a dit à quel point il comptait sur moi. »

Stephan Lebeau et Benoît Brunet ont fait la pluie et le beau temps, à Sherbrooke en 1988-89, avec le club-école du Canadien. Lebeau avait alors récolté 134 points, dont 70 buts en 78 matchs, et Brunet, 117 points.

« Avec Benoît, j’ai toujours eu une excellente chimie et on a formé un excellent trio avec Mike Keane, à Montréal. Mais malheureusement pour Benoît, il s’est blessé en cours de saison. Et comme le premier trio, formé de Brian Bellows, Kirk Muller et Vincent Damphousse, prenait du temps à s’envoler, Damphousse a remplacé Brunet sur notre unité. Ça a vraiment cliqué entre nous », a dit Lebeau.

Ce dernier a donc connu sa meilleure saison en carrière, malgré une blessure à la cheville et au genou.

Du talent et de la chance

« J’ai aussi subi une commotion cérébrale en séries, contre les Nordiques de Québec. Steven Finn a essayé de me tuer au centre de la glace. Et comme les mots « commotion cérébrale » n’existaient pas l’époque, j’ai fini le match. J’étais pas mal dans les vapes, et j’ai raté d’autres matchs par la suite. »

Pour gagner la coupe Stanley, dit Stephan Lebeau, il faut du talent, et surtout, de la chance. Et le CH en a eu, cette année-là.

Les Sabres de Buffalo ont d’abord éliminé Boston, et les Islanders de New York ont, contre toute attente, battu les Penguins de Pittsburgh de Mario Lemieux, en sept rencontres, grâce à un but en prolongation.

Le CH, qui avait éliminé Québec et Buffalo, affrontait donc des Islanders désormais privés de leur meilleur joueur, Pierre Turgeon, victime du sournois placage de Dale Hunter au premier tour éliminatoire, contre Washington.

Le Canadien, lui, avait amorcé ses séries face aux Nordiques.

« Rapidement, on a tiré de l’arrière 0-2 dans cette série qui, on va se le dire, était une mini coupe Stanley pour les deux équipes. On gagnait notre série contre Québec et on s’assurait, même si on était éliminés immédiatement après, d’avoir un bel été au Québec! »

« On était à l’hôtel au centre-ville de Montréal et on regardait le match à la télé quand les Islanders ont éliminé les Penguins. Tu veux jamais choisir ton adversaire, mais on préférait certainement New York à Pittsburgh; les gars sont sortis en trombe des chambres pour se donner des « high-five »! »

Le CH a passé près d’affronter Pat Burns et les Maple Leafs en grande finale; mais Wayne Gretzky et les Kings de Los Angeles ont plutôt été leurs adversaires en grande finale.

Montréal a eu le dessus quatre victoires contre une, dans cette série marquée par l’incident Marty McSorley et son bâton illégal.

Au total, le CH aura gagné 10 matchs en prolongation lors des séries 1993, un record.

Des amitiés pour la vie

« Le parcours est encore frais à ma mémoire, ça le sera toujours. Ce fut toute une aventure avec des gars incroyables. L’esprit d’équipe était notre force. En finale contre les Kings, on se sentait invincibles. Il y avait une ambiance, une aura. On était émotionnellement en contrôle, c’est probablement pour ça qu’on a connu autant de succès en prolongation. »

« J’ai hâte aux retrouvailles. On a un souper d’équipe prévu avant le match, et on va se retrouver dans une loge, par la suite. Gagner la coupe Stanley développe des amitiés pour la vie. On se remémore la conquête chaque 9 juin; on se perd un peu de vue, mais chaque fois qu’on se voit, c’est comme si on ne s’était jamais quitté. »

Soulever la coupe Stanley à Montréal, devant ses parents et sa famille, Stephan Lebeau a rêvé cette scène plusieurs fois dans sa jeunesse.

Il peut aussi se vanter de faire partie de la dernière édition du Canadien de Montréal à avoir réussi l’exploit.