André Lachance fut à l’origine de la création de l’Auto-Club Sherbrooke, au début des années 1960 (on voit le trophée et le logo, en avant-plan). Quelques années plus tard, il fut l’un des artisans de la création du Grand Circuit Molson, une course automobile qui s’est déroulée au parc Jacques-Cartier, en 1965 et 1966. M. Lachance tient d’ailleurs le programme de l’événement de 1966.
André Lachance fut à l’origine de la création de l’Auto-Club Sherbrooke, au début des années 1960 (on voit le trophée et le logo, en avant-plan). Quelques années plus tard, il fut l’un des artisans de la création du Grand Circuit Molson, une course automobile qui s’est déroulée au parc Jacques-Cartier, en 1965 et 1966. M. Lachance tient d’ailleurs le programme de l’événement de 1966.

Sherbrooke, la Monte Carlo d’Amérique du Nord [PHOTOS]

Vous vous êtes certainement promenés autour du lac des Nations, à Sherbrooke. La promenade qui ceinture le lac artificiel est très fréquentée et ce, tout au long de l’année. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi la bande asphaltée était si large et sinueuse, du côté nord du lac, jusqu’à la fontaine? C’est qu’à la fin des années 1960, Sherbrooke était l’hôte du Grand Circuit Molson de course automobile, qui fut l’ancêtre du désormais célèbre Grand Prix de Trois-Rivières.

Pendant trois ans, de 1964 à 1967, des bolides de courses ont fait vrombir leurs moteurs à Sherbrooke; d’abord sur le terrain asphalté des Promenades King, sur un circuit fermé, avant de déménager sur le bord du lac des Nations, dans ce qui était reconnu comme étant le seul circuit urbain de course automobile en Amérique du Nord.

Sous l’impulsion initiale de l’Auto-Club Sherbrooke, la première édition a couronné le pilote Fernand Noël, au volant de sa voiture de type MGM. La Tribune de l’époque rapporte que quelque 6000 personnes ont assisté à l’événement.

La naissance de l’Auto-Club Sherbrooke

Devant le grand succès de l’événement, les organisateurs de l’époque ont décidé de voir plus grand et de concevoir, avec la Ville de Sherbrooke, un circuit urbain fermé, sur les rives du lac des Nations.

Il fut un temps, donc, où Sherbrooke était la seule ville en Amérique du Nord à accueillir une course automobile reconnue et sanctionnée sur un circuit entièrement urbain.

La mode des courses automobiles était forte à l’époque. Le Québec comptait alors 31 clubs automobiles, mais Sherbrooke n’en avait pas encore.

Avec l’appui des gens du milieu, André Lachance sera à l’origine de la création de l’Auto-Club Sherbrooke. Et c’est à travers ce club que pourra prendre forme l’idée d’accueillir une compétition motorisée à Sherbrooke.

« Des clubs semblables, il y en avait plus d’une trentaine à l’époque au Québec, influencés par les Européens, surtout les Anglais. Il se faisait beaucoup de randonnées en petites voitures en Angleterre et ils ont importé ça ici. On était le dernier des clubs, le petit nouveau d’une longue liste. Certains étaient connus et reconnus, avec une notoriété. Nous, on était à l’extérieur de Montréal, alors je me suis dit : il faut trouver quelque chose pour se mettre en évidence », s’est remémoré André Lachance.

S’arrimer au Festival d’été 

On était donc en 1964.

« Ça faisait déjà deux ou trois ans que la Brasserie Molson organisait le Festival d’été Molson, qui attirait beaucoup de monde. Ça durait quatre jours si je me souviens bien, c’était Georges Massé chez Molson qui était en charge. Je l’ai rencontré pour lui proposer un événement qui prendrait place dans son festival; ça nous donnerait une visibilité, et ça nous permettrait d’avoir accès à un budget pour l’organisation. » 

Le cerveau bouillonnant de l’organisateur Lachance s’est alors mis à cogiter sur une multitude de possibilités de courses. Et même une course sur les pentes du mont Orford jusqu’au sommet!

« CHLT TV avait pris beaucoup d’expansion, et venait d’installer une antenne sur le sommet du mont Orford. On avait donc aménagé un chemin en terre battue, jusqu’au sommet, afin que les techniciens puissent s’y rendre pour faire fonctionner l’antenne. J’ai eu l’idée de faire une course de côte en utilisant ce chemin-là; j’ai retrouvé le contremaître, un gars de Magog, et il a accepté de m’amener pour parcourir le chemin, qui était spectaculaire. Mais bon, c’était impensable, il y avait des précipices très importants de chaque côté du chemin. Ça a mis fin au projet », a rigolé André Lachance.

Mais l’idée d’une course automobile séduisait beaucoup les gens de chez Molson. 

« On a donc plutôt opté pour une compétition dans les rues de la ville. Le Festival de 1964 était six mois plus tard, alors avec ces contraintes, on a décidé de faire un essai dans le stationnement du Centre d’achats Sherbrooke (Promenades King). Molson a dit oui, du bout des lèvres. Ils trouvaient que le risque était élevé, notamment pour les risques d’accident. On a réussi à trouver un assureur, ce qui assurait la tenue de la première édition. En seulement quatre ou cinq mois, on a mis l’événement sur pied. Tout le monde pouvait assister à la course, qui a eu lieu un soir de semaine, devant quelque 5000 personnes, et ce fut l’événement marquant de ce festival », a fièrement dit André Lachance.

« C’était une compétition régionale en petit circuit, en slalom autour de cônes, qui comportait une vingtaine de courbes. Tu partais d’un point et tu revenais à ton point de départ. Chaque voiture faisait son tour, et il fallait battre le meilleur temps. Ça se faisait beaucoup au Québec à l’époque. On appelait ça un gymkhana. On n’inventait rien, mais on donnait des bourses de 500 $, c’était beaucoup en 1964! Les autres gymkhanas ne donnaient pas de bourses! On a lancé des invitations aux autres clubs, il y a eu 25 participants, majoritairement de Sherbrooke et de la région, seulement deux ou trois de l’extérieur. »

Le gagnant au classement général fut Fernand Noël au volant d’une MG Midget 1964. Guy Donahue avec sa Austin Sprite a terminé deuxième et Bernard Vanier, au volant d’une MGB, a fini troisième, pouvait-on lire dans La Tribune du 14 juillet 1964.

Dans la classe C, les grosses voitures de promenade, Rolland Chiasson a remporté la victoire, au volant de sa Valiant 1964.

« Ce fut un énorme succès. L’événement a fait parler de lui jusqu’à Montréal. Tous les clubs de la province nous contactaient et voulaient venir s’il y avait une deuxième édition. C’est là qu’on a décidé de négocier avec la ville pour réaliser ce qu’on n’avait pas pu faire la première année, soit fermer des rues de la ville et faire un circuit urbain », a raconté André Lachance.

Le circuit urbain de Sherbrooke était considéré comme l’un des premiers en son genre, à l’époque. Plusieurs observateurs l’ont comparé au circuit de Formule 1 de Monaco, qui lui aussi sillonne les rues de la ville.

Un véritable circuit urbain

« La ville s’est montrée plus ouverte pour nous aider à concevoir un circuit qui emprunterait des rues existantes où dans un endroit où on pourrait fermer le circuit. La Ville a favorisé le parc Jacques-Cartier, car on pouvait y installer un paddock sans que cela ne nécessite des aménagements permanents. La Ville nous a aidés pour l’aménagement du circuit, en asphaltant le sentier sur terre battue qui longe la rivière, du côté nord. »

Le départ de cette course chronométrée se faisait le long du boulevard Jacques-Cartier, rue Marchand, avant d’emprunter la rue Marcil, la rue Vimy Sud, la rue Vanier, et de revenir par la promenade vers l’arrivée située devant l’actuel pavillon Armand-Nadeau. Le circuit faisait 1,27 mille.

M. Nadeau était d’ailleurs le maire de Sherbrooke à cette époque.

« Avant la deuxième présentation, celle de 1965, on a averti tous les résidents qui habitaient le long du parcours. On voulait les mettre de notre côté! On a imprimé un document qu’on leur remettait, qui leur rappelait les dates de l’événement, de garder les chats et les chiens à l’intérieur! La collaboration a été excellente! Pour la sécurité, on avait installé des clôtures dans des courbes, avec des balles de foin. Et on avait engagé des gardes paroissiaux, pour la sécurité. Chaque paroisse avait à l’époque ces gardes paroissiaux, des bénévoles qui portaient des costumes qui ressemblaient un peu à ceux de la police. Ils s’occupaient de la quête à l’église, et des stationnements. Ils avaient une structure hiérarchique, avec des uniformes reconnaissables et identifiables, alors ils se sont occupés de la sécurité », a précisé M. Lachance.

« On a eu 35 participants, et 15 000 personnes ont assisté aux courses. L’événement était gratuit et la Ville avait autorisé le camping sur les espaces de verdure du parc Jacques-Cartier. On avait monté nos bourses à 1000 $, ce qui était extraordinaire à l’époque. Le succès fut immédiat, des médias de l’extérieur sont venus, des revues spécialisées ont parlé de nous. »

Le magazine Auto week, basé en Californie, a même publié en page frontispice de son édition du 30 juillet 1966 une photo de la course, où on voyait une voiture slalomer près du lac des Nations, pendant que des skieurs nautiques glissaient sur le lac. Cette publication spécialisée en sport automobile existe toujours.

Encore aujourd’hui, les marcheurs et les cyclistes empruntent la portion asphaltée en slalom de la promenade du lac des Nations, sans savoir qu’il y a un peu plus de 50 ans, c’était une piste de course automobile.

Atteindre une vitesse supérieure

Avec cette expérience en banque, le comité organisateur décide de voir un peu plus grand pour l’édition de 1966.

Le Grand Circuit Molson devenait une épreuve de haute vitesse chronométrée désormais partie prenante du Championnat provincial des courses de côte, de la Fédération canadienne du sport automobile.

Les courses se déroulent dans trois classes, soit sport et sedan jusqu’à 1150 cc, de 1150 à 2500 cc et formule 1000-1300, ainsi que 2500cc et plus, formule 1300 et plus.

« En 1966, on avait décidé de donner plus d’ampleur à la course. La ville a installé des clôtures à neige tout le tour du circuit et des balles de foin partout. Au total, on a eu 100 participants, du Québec, de l’Ontario et des États-Unis, et on a estimé, à l’époque qu’entre 25 000 et 30 000 spectateurs ont assisté aux courses. Il faut dire qu’on donnait 2000 $ en bourse, au total, ça attirait les bons pilotes! Les différentes voitures devaient respecter les critères et les normes de la Fédération canadienne du sport automobile, et il y avait des inspections rigoureuses », a précisé André Lachance.

Les gens ont afflué au site du parc Jacques-Cartier dès le vendredi soir, ils ont planté leur tente au sol et ils sont partis le dimanche en fin d’après-midi.

Peter Broeker a remporté l’épreuve principale. L’Allemand d’origine était un gros nom à l’époque, lui qui avait participé au Grand Prix de Formule 1 des États-Unis, en 1963. Il a terminé septième. Broeker fut le premier pilote canadien à participer à une épreuve de Formule 1.

Trois-Rivières intéressée

Et l’expérience sherbrookoise suscitait la curiosité d’autres villes du Québec.

« Jean Ryan, un avocat de Trois-Rivières et président de la chambre de commerce, avait pris contact avec moi, début juillet. Il m’a dit : on entend parler de votre événement, on aimerait créer ou organiser une compétition semblable dans les rues de notre ville, on ferait ça la semaine suivant votre événement. Peut-être que les concurrents de l’extérieur du Québec resteraient chez nous ensuite », s’est rappelé André Lachance.

« Ils sont venus nous voir, on leur a fait le tour, ils ont assisté à des rencontres avec les coureurs, aux inscriptions et tout. »

Le Grand Circuit Molson, après cette édition de 1966, passait en vitesse supérieure; même le maire Armand Nadeau était ouvert à l’idée de construire un vrai circuit routier, qui permettrait un départ simultané avec plusieurs voitures en même temps.

« Mais tout ça a dérapé rapidement, par la suite. Le maire était favorable, mais pas les autres membres du conseil de ville de l’époque, qui n’ont pas appuyé par un vote majoritaire le projet. C’est comme ça que ça a fini, pour nous. Comme ils nous l’avaient mentionné, les organisateurs de Trois-Rivières voulaient lancer leur grand prix l’année suivante, en 1967. C’est ce qu’ils ont fait. Et ça dure encore depuis ce temps », a déploré André Lachance.