Selon le maire Steve Lussier, les villes de Montréal et de Québec se sont désistées, avant le refus de Sherbrooke, pour l’organisation des Mondiaux de cyclisme 2026.
Selon le maire Steve Lussier, les villes de Montréal et de Québec se sont désistées, avant le refus de Sherbrooke, pour l’organisation des Mondiaux de cyclisme 2026.

Sherbrooke dit non aux Mondiaux de cyclisme 2026

SHERBROOKE — Sherbrooke ne posera pas sa candidature pour recevoir les Mondiaux de cyclisme en 2026. Approchée par le président du conseil d’administration des événements « Grand Prix cycliste de Montréal et de Québec », Sébastien Arsenault, Sherbrooke juge le délai trop court pour réaliser un plan d’affaires solide en prévision de l’événement. Le coût de l’événement est évalué à 35 M$ et la Ville aurait dû verser entre 5 et 7 M$, selon la présentation initiale du projet. 

Le maire de Sherbrooke rapporte pour sa part avoir été approché par le ministre des Transports François Bonnardel à la suite du désistement des villes de Montréal et de Québec. 

Selon les documents présentés au conseil municipal, les Mondiaux de cyclisme sont prévus en septembre 2026, sur huit jours, et devraient attirer quelque 200 000 spectateurs uniques. On estime que plus de 1000 athlètes y participeront, comme plus de 5000 officiels et invités et 800 médias. Concrètement, cette affluence générerait 19 000 nuités dans un rayon de 100 km. Le document de demande d’événement sportif déposé à la Ville de Sherbrooke décrit la compétition comme « l’un des événements sportifs les plus importants au Québec depuis les Jeux olympiques de Montréal ».

« Considérant que l’événement n’aura lieu que dans six ans, le comité organisateur dispose d’un maximum de temps pour faire de cet événement le succès attendu », lit-on également dans la fiche en question. La Ville ne semble toutefois pas en accord avec cette affirmation.

Le maire Steve Lussier convient qu’il s’agissait d’une belle occasion pour se démarquer sur la scène internationale. « Mais nous ne pouvions pas garantir notre participation parce qu’il y avait un trop gros investissement à faire, tant en argent et en services techniques. Deux villes se sont désistées. Rappelons que notre manque à gagner lié à la COVID est estimé à 7 M$. Ce sera peut-être à voir dans d’autres années quand la crise mondiale sera passée. C’est quand même un bel événement qui nous était proposé. »

Il était aussi proposé de tenir les Championnats canadiens de cyclisme sur route 2025 à Sherbrooke, à un an de la compétition internationale, en guise de test. On précise que ces championnats mondiaux se sont tenus à l’extérieur de l’Europe moins de dix fois depuis 1921. Le dernier événement du genre en Amérique du Nord, à Richmond aux États-Unis, aurait généré des retombées de 161,5 M$. 

Délai trop court et manque de précision

Dans les documents rendus publics lundi, la Ville précise que M. Arsenault a proposé le projet une première fois le 24 février. Après discussion avec la direction générale, il a été établi que le délai était trop court pour procéder à l’analyse de la proposition. M. Arsenault est revenu à la charge en mars, si bien qu’une équipe de la division des sports et des événements, avec Excellence Sportive Sherbrooke et Destination Sherbrooke, a analysé le dossier.

À la lumière des informations recueillies, la division des sports et des événements ne recommande pas « de s’investir dans le processus de candidature de l’événement [...] en raison des investissements majeurs que cela implique pour la Ville de Sherbrooke et du manque de précisions des aspects techniques et légaux de l’événement ainsi que des réelles retombées économiques. »

On note que plusieurs informations techniques et légales nécessaires à l’analyse étaient manquantes. On ajoute qu’en plus de l’implication financière de 5 à 7 M$ attendue sur cinq ans pour organiser l’événement, la Ville aurait dû procéder à la réfection de l’asphalte sur le trajet ciblé. En contrepartie, les retombées attendues pour la Ville, outre les nuitées, ne sont pas définies et ne « reviendraient pas dans les coffres de la Ville ». Le soutien financier des gouvernements serait de 25 M$.

« Il faudra plusieurs mois pour attacher le financement de tous les paliers gouvernementaux. À ce jour, aucun engagement n’a été confirmé de leurs part », lit-on dans les documents municipaux.

« Dans le contexte financier actuel relié à la COVID-19, la Ville de Sherbrooke et les paliers de gouvernements ont certainement d’autres priorités pour les prochains mois et les prochaines années, rendant encore plus difficile un engagement financier d’une telle ampleur pour toutes les parties. »

Annie Godbout rapporte avoir une grande confiance dans la recommandation de la Division des sports. « On ne veut pas des événements pour avoir des événements. Il faut que ce soit porteur. »

Évelyne Beaudin n’en avait pas contre le fond du dossier mais contre la forme. « On voit que le projet a été refusé par le maire en février, avant la COVID. J’ai de la misère à réconcilier ça avec les promesses du maire de faire de Sherbrooke une ville sportive de premier plan et un attrait touristique international. J’aurais aimé voir l’analyse du comité des sports et entendre le président du comité du sport et du plein air, Vincent Boutin, sur la question. Ce genre de décision doit être prise en équipe. C’est dommage d’être informé comme élu quand il est trop tard. » 

La présidente du conseil, Nicole Bergeron, ne voit pas comment sa collègue pouvait déduire que le maire avait refusé le projet alors que le sommaire décisionnel faisait état d’une discussion avec la direction générale. « Pour la forme, je ne vois pas comment on aurait pu faire les choses de façon différente. On n’a pas de leçons à recevoir de vous sur la façon d’aborder les dossiers. On a procédé dans les règles de l’art. Il n’y a pas eu de vice de procédure. »