Serge Dugas est confiant de collabprer à nouveau avec Erik Guay.

Serge Dugas comprend Erik Guay

MAGOG — Leur confiance et le respect mutuel un envers l’autre étaient sans fin. Erik Guay et le Magogois Serge Dugas étaient des inséparables. Aujourd’hui, ce dernier ressent un grand vide intérieur avec l’annonce de la retraite de celui qui a été l’athlète le plus décoré de l’histoire canadienne de ski alpin.

Si officiellement Dugas détient un poste d’entraîneur adjoint avec l’équipe canadienne masculine de vitesse, dans les faits le Magogois représente beaucoup plus pour les skieurs qui le considèrent comme le roc de Gibraltar, la force tranquille de Canada Alpin et même comme leur père adoptif et leur confident. Son flair, son calme, sa vaste expérience en font un des entraîneurs les plus vénérés dans le milieu du ski même s’il demeure en arrière-plan, préférant laisser l’avant-scène aux autres membres de l’équipe nationale.

Dugas fait partie du paysage canadien de ski alpin depuis presque 30 ans. La connexion avec Erik Guay date d’il y a 13 ans. Dans le milieu, certains affirment qu’avant de confirmer son retour, Erik Guay s’était assuré de la présence de Dugas à ses côtés.

« Erik nous a manqué l’hiver dernier alors qu’il se remettait de sa dernière blessure. Son retour cette année faisait du bien à tout le monde. Et voilà maintenant qu’il annonce sa retraite. C’est comme si on m’arrachait un membre. Je savais que la présente saison était sa dernière et qu’Erik vivrait ça un jour à la fois. Personnellement, j’avais espoir que l’étincelle reviendrait dès qu’il se retrouverait dans l’ambiance du grand cirque blanc », confie Dugas.

À l’entraînement, Guay n’était pas encore au sommet de sa forme physique et peut-être même mentale. 

« Il revenait de loin, ne l’oubliez pas. Il n’était pas dans les plus rapides à l’entraînement, mais les pièces du casse-tête tombaient peu à peu à leur place. Je le sentais plus concentré, mais le coup le plus dur est venu avec les blessures à Broderick Thompson et Manuel Osborne-Paradis en peu de temps. Il a réellement été affecté. Après la blessure à Manny alors que lui-même était sommet de la piste en attente de sa descente, Erik a immédiatement tout remis en question. Il m’a mentionné qu’il avait eu le goût de descendre par la piste de touriste tellement il était secoué, mais qu’il s’était ravisé. »

L’annonce

C’est jeudi que Guay a annoncé sa retraite. Serge Dugas le savait depuis mercredi soir. 

« Nous sommes partis prendre une marche Erik et moi. Il m’a fait part de ses appréhensions et jusqu’à quel point il était affecté par les blessures de ses coéquipiers qui ne reviendront pas cette saison. Il avait presque pris Broderick sous son aile. Je le connais tellement Erik que je ne suis pas tombé par terre quand il m’a ajouté que ce n’était pas dans sa nature de prendre des risques, foncer à fond de train et se contenter des miettes, loin du podium et même des 30 premiers. Il m’a ensuite parlé de l’amour de sa vie, son épouse, et ses quatre merveilleuses filles. Jusqu’à quel point il avait été heureux en leur compagnie durant sa convalescence. Ta place est avec ta famille que je me suis dit. Quand il m’a regardé dans les yeux pour me confirmer que c’était terminé, pour moi cela faisait plein de sens. Je n’ai jamais essayé de l’influencer, de le diriger vers la porte de sortie. Comme entraîneur, ce n’est pas habile de les placer dans le doute. Mais je savais qu’il prenait la meilleure décision dans les circonstances », souligne Dugas.

Jeudi, jour de la conférence de presse du skieur du Mont-Tremblant à Lake Louise, Serge Dugas a croisé plusieurs skieurs et entraîneurs des autres pays qui se questionnaient sur l’absence d’Erik à l’entraînement matinal. « Une blessure légère à un pouce que je leur répondais. Ce n’était pas à moi de leur annoncer la nouvelle. Après la conférence, j’ai demandé à Erik comment il se sentait et il m’a répondu plus léger que jamais et soulagé. C’est ce que je voulais entendre et pour moi c’était la meilleure nouvelle de la semaine », mentionne Dugas.

Le futur

Guay parti, Serge Dugas continuera son boulot. « C’est une véritable hécatombe qui frappe l’équipe canadienne. On entraînait cinq skieurs il y a à peine une dizaine de jours et voilà qu’ils ne sont plus que deux. Ce sera maintenant aux plus jeunes de profiter des portes qui s’ouvrent à eux. J’ai un contrat avec Canada Alpin pour au moins toute la présente saison. Je vais donner mon maximum pour les autres membres de l’équipe. Je ne peux pas les laisser tomber. Les médailles, c’est une chose, mais il y a aussi le développement des plus jeunes qu’on nous enverra. Il y a d’excellents jeunes qui pointent à l’horizon. »

À savoir si les adieux d’Erik Guay risquent d’être difficiles pour lui, Serge Dugas répond que leur collaboration risque plutôt de se poursuivre. « Moi aussi je suis sur le bord de la retraite. Erik a déjà pris la peine de me dire qu’il ne coupait pas les liens avec moi et que je figurais dans ses futurs projets. Erik, c’est assez difficile de lui dire non », énonce Serge Dugas.