Alex-Olivier Voyer et Samuel Poulin
Alex-Olivier Voyer et Samuel Poulin

S’entraîner comme Rocky en regardant Netflix

Pas plus tard que jeudi, les joueurs du Phœnix de Sherbrooke se préparaient encore pour de longues séries éliminatoires. Certainement les plus longues de l’histoire de l’organisation. Ils s’entraînaient comme de futurs champions de la LHJMQ : chaque détail comptait. Aujourd’hui, leur plan d’entraînement ressemble davantage à celui de Rocky dans les années 80.

Les joueurs du Phœnix n’ont pas été laissés à eux-mêmes. En quittant le Palais des sports pour la dernière fois, ils regagnaient pour la plupart leur domicile familial avec des consignes claires : celle de garder la forme à la maison en respectant un plan bien strict.

« Même s’il y avait 10 % de chances que les activités reprennent dans la LHJMQ, on veut que l’équipe soit prête ! » admet le vétéran de 20 ans Alex-Olivier Voyer.

La technologie a laissé place aux traditionnels push-ups, aux redressements assis et à la course dans la rue. Interdiction de fréquenter les gyms, avant même qu’ils ne ferment en raison de la COVID-19, ou d’emprunter les poids et haltères d’un ami pour éviter la contagion. Pas de chance à prendre.

« Mes parents viennent de déménager, je n’ai pas d’appareils d’entraînement à la maison : tout est au chalet, explique le capitaine Samuel Poulin, un choix de première ronde des Penguins de Pittsburgh. Je dois faire un entraînement sans poids. Sinon, je vais courir dehors. »

« Je m’exerce avec comme seule résistance mon propre poids, souligne pour sa part Alex-Olivier Voyer. Mais heureusement, j’ai un tapis roulant et un vélo stationnaire. C’est faisable de garder la forme malgré tout. Je pourrais me lever à 11 h le matin, mais je dois garder les mêmes habitudes pour me rapprocher de ma routine. »

Si les deux leaders du Phœnix ne craignent pas que la chimie de leur équipe disparaisse d’ici la reprise possible des activités, ils admettent toutefois que leur méthode d’entraînement n’est pas optimale. Surtout parce que les entraînements sur glace ont été suspendus.

« On n’aura probablement pas la même forme que la semaine dernière ! Cet arrêt affectera notre préparation, c’est certain », soutient Samuel Poulin.

Le moral dans les talons

Comme une bonne partie de la population confinée au domicile, les joueurs du Phœnix tentent de passer le temps comme ils le peuvent.

Entre deux séances d’entraînement, ils ouvrent leur PlayStation ou bien regardent la télé, tout simplement.

« Moi, je regarde des séries sur Netflix, précise Samuel Poulin. Je trouve que le temps ne passe pas très vite. Tout le monde est parti dans sa ville en étant ébranlé. Je suis habitué de toujours faire de quoi et d’avoir des journées bien remplies. Il faut s’adapter. »

Les joueurs de la LHJMQ passent en effet par toute la gamme des émotions depuis quelques jours.

« On ne s’y attendait pas du tout, avoue Alex-Olivier Voyer. Jeudi, c’était la surprise générale. La veille, on en parlait à peine et soudainement, la réalité nous frappait. On tombait dans l’inconnu et encore aujourd’hui, tout est flou. Émotionnellement, c’est très dur. »

Encore plus dur quand on sait que le Phœnix visait les grands honneurs. Et que la partie du 7 mars dernier à Gatineau était peut-être la dernière de toute sa carrière de hockey junior.

« Je ne peux pas croire que j’ai disputé ma dernière partie dans la LHJMQ, confie Voyer. Ce n’est pas évident de s’entraîner et de trouver la motivation, mais je suis prêt à faire ces sacrifices. Tout évolue très vite. Il faut garder espoir. Mais en même temps, on suit les nouvelles et on se rend compte à quel point tout déboule vite malgré les mesures de précaution. Est-ce que les activités reprendront dans deux semaines ? Un mois ? Jamais ? On ne réalise pas encore ce qui nous arrive. »

Mais par respect pour l’organisation, les coéquipiers et les amateurs, Alex-Olivier Voyer refuse d’abandonner aussi rapidement.

« En décidant de seulement suspendre les activités, la Ligue nous donne espoir. J’avais la chance de marquer 50 buts et de gagner un championnat. Mais est-ce que ça vaut vraiment la peine de risquer notre santé ? Toute cette histoire met les choses en perspective. J’apprécie le temps passé avec ma famille, mais en réalité, je préférerais revenir sur la glace et revoir les gars le plus rapidement possible », résume-t-il en s’accrochant encore à la possibilité de terminer ce que son équipe et lui ont commencé il y a près de huit mois.

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Kreutzer, Hlavaj et Jentzsch retournent à la maison

Comme la situation évolue à un rythme infernal en ce qui concerne la COVID-19, le Phœnix de Sherbrooke a dû réévaluer le cas de l’Américain Gregory Kreutzer, du Slovaque Samuel Hlavaj et de l’Allemand Taro Jentzsch, qui retourneront finalement dans leur pays. 

« De plus en plus de frontières se ferment, rappelle le directeur général Jocelyn Thibault. Nos jeunes doivent retourner chez eux. On n’a plus le choix. »

Pas plus tard que dimanche, ces trois joueurs avaient confié vouloir demeurer dans leur famille de pension même si la LHJMQ avait émis une directive autorisant les joueurs à retourner dans leur pays. 

« Il faut se rendre à l’évidence : il est hautement improbable que l’on renoue avec l’action dans un court délai, croit Jocelyn Thibault. Les choses évoluent très rapidement en 24 heures seulement. C’est hallucinant. »

Plus les jours avancent, plus le DG sherbrookois semble perdre espoir. 

« Je ne pense pas que c’est demain la veille que nous allons reprendre la saison et commencer les séries. Il suffit de regarder les décisions prises par les autres circuits pour comprendre que la pause pourrait être plus longue que celle de deux semaines anticipée. »

Et si jamais la situation s’améliore au Canada et que les activités reprennent, mais que les frontières demeurent fermées ? Le Phœnix devra se passer de trois joueurs d’importance. 

« C’est un risque à prendre. On est tous conscients de ça. Mais c’est le meilleur choix à faire aujourd’hui », estime Jocelyn Thibault.