Malgré la tempête, l’autobus du Phoenix a pris la route, dimanche matin, pour se rendre à Blainville-Boisbriand où l’équipe devait disputer une partie contre l’Armada.

Sécurité des joueurs : deux poids, deux mesures?

CHRONIQUE / Plus de 30 cm de neige et des vents allant jusqu’à 40 km/h : non, il ne faisait pas beau dimanche. Malgré tout, le Phœnix de Sherbrooke a pris la route pour Boisbriand afin d’y disputer sa partie contre l’Armada en après-midi. Je vous assure qu’il y avait quelques mamans qui s’inquiétaient.

Il faut avouer que ce n’était pas la tempête du siècle non plus. Pour avoir déjà traversé quelques provinces en pleine tempête dans le passé lors de certains voyages dans les Maritimes entre autres, Stéphane Julien et ses joueurs ne semblaient pas inquiets. L’habitude, quoi.  

D’ailleurs, j’ai décidé de faire la route moi aussi, mais pas avec mon véhicule : à bord de l’autobus de l’équipe, qui me garde toujours gentiment une place au besoin. Dans des conditions extrêmes, je serais resté à la maison. Surtout que la partie était présentée à la télé. 

Même si la LHJMQ assure que la décision finale de prendre la route revient aux organisations, qui elles font confiance au bon jugement du chauffeur de l’autobus, croyez-moi, il valait mieux être présent à Boisbriand : une case horaire était déjà réservée sur les ondes de TVA Sports et toute une équipe de techniciens se préparait à diffuser la partie. De légers détails que la LHJMQ a probablement rappelés au Phœnix, la veille du départ.

Pour se rendre au Centre d’excellence Sports Rousseau, l’équipe a donc dû partir beaucoup plus tôt : à 9 h 30 pour être plus précis afin de disputer cette rencontre qui avait lieu à 15 h

Dès les premiers kilomètres, il était possible de voir des voitures dans le décor. Je ne veux pas jouer la carte de la fatalité ou du sensationnalisme. Parce que jamais nous n’avons senti que notre vie était en danger. Le mauvais temps n’était même pas un sujet de discussion dans l’autobus. Personne n’était inquiet. Un peu grâce au chauffeur Jacques Breton, qui a eu droit à quelques félicitations à la sortie de l’autobus même si le retour à Sherbrooke semblait plus facile qu’en matinée.

Durant le trajet, tout le monde était plutôt concentré sur la prochaine partie à disputer. Mais bien des gens auraient espéré que l’équipe demeure à Sherbrooke. Les parents, de nombreux amateurs (si l’on se fie aux commentaires sur les réseaux sociaux) et peut-être même les dirigeants de l’équipe. Car ce sont eux qui ont la responsabilité de ces jeunes de 16, 17, 18 19 ou 20 ans.

Je refuse de jeter le blâme sur l’organisation sherbrookoise. Simplement parce que je crois que la LHJMQ devrait se donner le pouvoir de prendre les décisions et aurait tout de même pu prendre les devants en remettant à plus tard ses activités. Comme l’ont fait les dirigeants du midget AAA ou du circuit collégial pour la sécurité de leurs joueurs.

La sécurité des joueurs. Ces mots ont pourtant été prononcés à de nombreuses reprises dernièrement. Rappelons que quelques semaines après la mort de 16 personnes lors de l’accident d’autobus des Broncos de Humboldt, la LHJMQ est allée jusqu’à modifier la formule des séries afin que les jeunes soient moins souvent et moins longtemps sur la route.

Une décision logique, car plus nombreux et plus longs sont les voyages, plus les chances d’accident sont élevées.

Voilà pourquoi les 18 équipes devront disputer leurs séries sous le format 2-3-2 si l’adversaire se trouve à plus de 600 km de leur aréna. Auparavant, la limite était de 800 km, ce qui avait forcé le Phœnix à disputer ses séries sous le format 2-2-1-1-1 l’an dernier face aux Huskies de Rouyn-Noranda et le Titan d’Acadie-Bathurst... à cause d’une quinzaine de kilomètres. La LHJMQ a même modifié ses divisions et ses conférences dans le même but. 

Ce qui est le plus paradoxal dans toute cette histoire, c’est qu’il y a quelques jours seulement, le président Gilles Courteau semonçait les Tigres de Victoriaville en les accusant d’avoir manqué de jugement en remettant après une victoire 500 $ aux joueurs, qui en ont profité pour sortir dans un bar. Quelques heures plus tard, un joueur d’âge mineur se faisait arrêter pour alcool au volant. 

La sécurité des joueurs doit primer dans la prise de décisions des individus en autorité au sein de la LHJMQ : voilà ce qu’avançait le Bureau du Commissaire. L’expression deux poids, deux mesures prend tout son sens.

Ne courons donc pas de chances et évitons les voyages lors des situations météorologiques exceptionnelles. Sinon, un jour, de nombreuses mamans auront eu raison de se morfondre durant un voyage périlleux de leur garçon.