Ceux qui suivent Samuel Poulin depuis longtemps sont unanimes : il a toujours possédé des qualités de meneur, avant même son arrivée dans les rangs juniors où le Phoenix de Sherbrooke en a fait son capitaine deux semaines qu’il célèbre ses 18 ans.

Samuel Poulin, valeur sûre du repêchage

BUFFALO — «À quel joueur de la Ligue nationale te compares-tu?» «À Pierre-Luc Dubois et à Gabriel Landeskog.»

Samuel Poulin savait que ça s’en venait. Il s’attendait à ce qu’une équipe, un recruteur, le pousse à défendre son choix, quitte à le faire douter. Après tout, il se comparait à deux joueurs repêchés dans le top 3. La comparaison avec Landeskog est particulièrement audacieuse. On parle ici d’un jeune vétéran de 26 ans, qui compte déjà 579 matchs derrière la cravate et qui a récolté 75 points la saison dernière.

Poulin était donc prêt quand ce membre de l’organisation des Rangers lui a tenu tête, dans son entrevue avec le club new-yorkais, au camp d’évaluation de la LNH en vue du repêchage.

«Je me sentais bien, parce que je savais que j’avais raison. Mais je m’attendais à être challengé. Je pense que les équipes veulent voir comment tu réagis quand ça va moins bien, quand tu te fais contredire», racontait Poulin mercredi midi, dans le hall d’entrée d’un hôtel de Buffalo où La Presse devra bientôt payer un loyer, si ça continue ainsi.

«Il ne trouvait pas que les deux joueurs que j’identifiais étaient de bons comparables, il n’avait pas vu ça dans les 3, 4 matchs où il m’a vu jouer. Je lui ai dit qu’il n’a peut-être pas vu ça dans ces matchs-là, mais que je sais très bien que je l’ai fait le reste de la saison.

«Quand ils te demandent de te comparer, c’est normal que le joueur que tu choisis soit meilleur que toi, parce qu’il est dans la LNH et que tu n’y es pas. Mais j’ai regardé Landeskog en masse, je sais comment il joue. Je sais que ça ressemble vraiment à ma game. Même si c’est un deuxième choix au total, même s’il est devenu capitaine de l’Avalanche à 19 ans, même si c’est une grosse comparaison, je me vois jouer comme lui, et je me connais en tant que joueur. Je sais ce que j’apporte à une équipe.»

Des qualités de meneur

Il était assez intéressant d’entendre Poulin évoquer la nomination de Landeskog comme capitaine. En septembre 2012, l’attaquant de l’Avalanche était devenu le plus jeune joueur à être nommé capitaine dans l’histoire de la LNH.

C’est que Poulin a lui aussi rapidement hérité de grosses responsabilités en bas âge. En février dernier, deux semaines avant ses 18 ans, il a été nommé capitaine du Phoenix [sic] de Sherbrooke. C’est là un indice indéniable de maturité, de confiance en soi. Cette confiance sautait aux yeux quand il défendait sa comparaison avec Landeskog. Et la maturité? Regardez ce qu’il répond quand on lui demande l’importance qu’il accorde à ses qualités de meneur.

«C’est une qualité qui peut aider dans une carrière, mais aussi dans la vie de tous les jours. Peu importe la job que tu fais dans la vie, si tu as ce leadership en toi, tu pourras amener quelque chose à une compagnie.»

Ceux qui suivent Poulin depuis longtemps sont unanimes : il a toujours possédé ces qualités de meneur, avant même son arrivée dans les rangs juniors. Et son père, Patrick Poulin, ancien joueur du Canadien, est peut-être le mieux placé pour en parler.

«C’est dans sa façon de se comporter à l’extérieur de la patinoire, et sur la glace, en se défonçant. C’est un rassembleur, estime le paternel, au bout du fil. Avant, il était surtout un meneur silencieux, mais, en vieillissant, il prend son rôle de plus en plus au sérieux. D’être nommé à 17 ans, ça montre ça. Ce sont de grosses responsabilités.»

Un joueur complet

Au classement final de la Centrale de recrutement de la LNH, Poulin pointait au 22e rang des espoirs nord-américains, deux rangs derrière Raphaël Lavoie, seul espoir de la LHJMQ mieux classé que lui.

Quand on sonde les observateurs, personne ne s’entend sur le meilleur espoir du circuit Courteau. Lavoie, Poulin et Nathan Pelletier sont les trois noms qui reviennent. On vante l’immense potentiel de Lavoie et son physique impressionnant, tout en rappelant que son attitude et son esprit d’équipe ont déjà soulevé des interrogations, même si ces doutes semblent se dissiper peu à peu. Pelletier est lui aussi doué offensivement, mais on se demande s’il demeurera productif en LNH malgré sa petite taille.

Poulin, lui, n’est pas perçu comme un «coup de circuit» potentiel. C’est plutôt parce qu’il ne semble avoir aucune faiblesse qu’il attire autant l’attention. Doué offensivement, fiable défensivement, bon aux mises au jeu, déjà développé à 6 pi 1 po et 208 lb. Autrement dit, même s’il ne s’impose pas offensivement, il possède assez de qualités pour être utile à une équipe, malgré tout.

«Il peut tout faire sur la patinoire. Il deviendra tout un joueur», prédit Marc-André Dumont, ancien entraîneur-chef du Cap-Breton, qui a dirigé Poulin dans la série Canada-Russie.

Ceux qui rêvent de le voir suivre les traces de son père dans l’uniforme du CH doivent toutefois rester réalistes. Certes, Poulin est représenté par Pat Brisson, qui a des atomes crochus avec Marc Bergevin. Le DG du CH a d’ailleurs rencontré Poulin l’été dernier quand il a été invité à titre de conférencier dans un camp de perfectionnement des jeunes joueurs de CAA, agence de Brisson.

Mais si l’ordre du repêchage reste tel quel, il serait étonnant que Poulin aboutisse à Montréal. Le Tricolore parlera d’abord au 15e rang, puis au 46e. Poulin est généralement attendu quelque part entre le vingtième et le trentième choix.

Et puis, qui parle au 20e rang? Les Rangers de New York, avec le choix de Winnipeg. C’est là qu’on verra si Poulin a été convaincant en entrevue!