Tout juste âgé de 20 ans, Pierre-Alexandre Cordero a dû mettre fin à ses rêves  d'athlète à la suite d'un diagnostic d'arthrite rhumatoïde chronique.

Sa carrière stoppée par la maladie

Pour la première fois depuis qu'il a été recruté par l'équipe de football du Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, Pierre-Alexandre Cordero a enfin pu revêtir le casque et les épaulettes, lors du camp d'entraînement de l'équipe, à la semaine de relâche. Une première expérience qui fut également sa dernière.
Pierre-Alexandre Cordero vient tout juste d'avoir 20 ans. Il souffre d'arthrite rhumatoïde chronique, une maladie la plupart du temps diagnostiquée entre 40 et 60 ans, et qui s'attaque aux cartilages de ses articulations.
Une maladie de vieux, comme on la qualifiait autrefois. Une affirmation néanmoins erronée, comme le prouve le diagnostic coup de poing qui lui est rentré dedans tel un camion à pleine vitesse, au printemps 2016.
« Je me suis accroché à ce que je voulais être dans la vie, devenir l'élite en tant qu'athlète dans mon sport. Je joue au football depuis que j'ai huit ans. Je n'ai jamais arrêté, je n'ai jamais été blessé, j'ai toujours fait les bons choix, je n'ai jamais pensé arrêter », relate-t-il.
Pour lui, c'est terminé, le football. Et du même coup tous les autres sports de contacts.
« Mon docteur m'a dit que je ne pouvais plus faire de sports de contact ou tout ce qui a un impact au sol. Et pour mon camp, que je lui ai demandé? Tu peux, qu'il m'a dit, mais tu vas souffrir. »
«Un coup de bâton de baseball au visage»
Fils d'un immigrant américain originaire du Bronx et installé à Alma, Pierre-Alexandre Cordero était l'une des recrues prometteuses à se joindre au Vert & Or, en 2015, après son parcours collégial.
Maintenant que le vétéran quart-arrière Jérémi Roch avait complété son passage avec l'équipe, le poste était vacant. Et Cordero, qui a connu du succès avec les Jeannois du Collège d'Alma, comptait bien être dans la course.
Il venait de compléter un parcours collégial intéressant (il a été nommé sur l'équipe d'étoiles du football collégial division 3 section nord-est), et avait même participé à l'International Futures All Star Game, aux États-Unis, avec une formation sélectionnée par Football Canada, en février 2016.
Il débarquait donc à Sherbrooke, à l'hiver 2016, non seulement pour faire ses études collégiales, mais pour se familiariser avec l'équipe, l'imposant cahier de jeux à l'attaque, bref, à être l'un des candidats au poste de quart-arrière numéro un de l'équipe.
Mais le destin en a voulu autrement.
« Les symptômes ont commencé en juin 2016. Je travaillais alors dans une compagnie de déménagement et ç'a justement commencé lors d'un déménagement. Mes doigts sont devenus gros comme des saucisses à la charcuterie, je n'étais pas capable de les plier et de les déplier. Les deux jours suivants, j'ai été cloué au lit; c'était mon corps au complet qui souffrait. »
Les visites à l'urgence, nombreuses et infructueuses, accentuent son inquiétude.
« Ça a pris deux mois avant d'avoir un diagnostic. Finalement, un rhumatologue m'a dit que je souffrais d'arthrite; mon système immunitaire est trop fort, il envoie de l'inflammation pour rien dans mes articulations et ça détruit mes tissus. »
« Ce fut vraiment un coup de bâton de baseball au visage. C'est une maladie quand même grave, ce n'est pas pas anodin à mon âge. »
Un cocktail de médicaments
Matin et soir, depuis juin 2016, Pierre-Alexandre doit ingérer un cocktail important de médicaments. Cortisone, methrotrexate en injection, des anti-inflammatoires, de la vitamine C et D, de l'acide folique, du plaquenil.
« Quand je fais des crises, c'est l'enfer. Je ne peux pas bouger de mon lit, ça fait trop mal, je suis trop courbaturé, trop inflammé. J'ai manqué de l'école, mais jamais une pratique, car elles se déroulaient le soir. Je me bottais le cul et j'y allais. »
« J'étais sur le banc avec l'équipe, l'an passé, j'allais sur la route, je m'impliquais, je voulais être avec eux. Je faisais comme si j'étais un joueur qui allait s'habiller chaque match; j'ai demandé à ne pas avoir de traitement de faveur, que si j'arrivais en retard, d'avoir les mêmes conséquences que tout le monde. »
« C'est arrivé souvent, des matins, pour les pratiques à 6 h, je n'étais pas capable de me lever, je demandais aux gars de venir me lever. Ça ne va pas mieux quand je suis debout; c'est comme si j'avais quelqu'un qui appuyait avec son pouce sur ma colonne, vraiment fort, mais à la grandeur du corps. Mentalement, c'est épuisant. C'est pas une douleur stridente, mais un moment donné, tu n'es plus capable, tu es épuisé d'avoir toujours mal. »
« Ce matin (jeudi, quelques heures avant l'entrevue avec La Tribune, NDLR), j'ai fait une crise. J'avais un cours, je ne me suis pas levé. Je suis tanné, j'ai mal partout », dit-il malgré tout avec un grand sourire.
« Mes cartilages sont détruits à 90 %; parfois, j'ai tellement mal que je ne peux pas me lever de mon lit avant l'heure du dîner. L'an passé, je restais en appartement avec mon coéquipier Simon Benoît. Bien souvent, c'est lui qui m'aidait à me tirer de mon lit. Je reste maintenant avec les frères Polan (Gabriel et Samuel) depuis janvier; il m'arrive souvent de les texter pour qu'ils viennent me lever. »
Participer au camp, une priorité
Pierre-Alexandre voulait participer au camp hivernal du Vert & Or, programmé pendant la semaine de relâche.
Pour la première fois, il aurait l'occasion de se faire valoir sur le terrain.
Mais, encore une fois, le destin en a voulu autrement.
« Le mardi avant le camp, le 21 février, j'ai eu 20 ans. Notre camp commençait le 24. Le mercredi, j'ai fait une crise. J'ai obtenu un rendez-vous avec mon médecin, le Dr Jean-Philippe Deslauriers, le vendredi. Il m'a appris que mes médicaments n'étaient plus suffisants. Je dois tomber dans une nouvelle classe de médicaments, des médicaments biologiques qui coûtent plus de 20 000 $ par an. »
« Je ne pouvais pas concevoir l'idée d'être venu à Sherbrooke et de ne jamais pouvoir porter le casque et les épaulettes au moins une fois. Je l'ai jamais fait. J'ai pas remis le casque depuis le 2 janvier 2016. J'avais des ambitions, des objectifs comme athlète, pour ce camp. Au jour de l'an, je me suis dit que 2017 serait mon année.
Éprouvant des problèmes de préhension et étant incapable de serrer suffisamment le ballon, Cordero a disputé le camp à la position de demi défensif.
« J'ai fait le camp au complet, j'ai pu jouer contact un peu et participer. C'était ben l'fun! En même temps, c'est un gros deuil. Je le vis encore, c'est dur. »
Maintenant que sa carrière de football est terminée, Pierre-Alexandre Cordero va rentrer à la maison.
« Je finis ma session ici au certificat en enseignement de l'éducation physique, et je quitte. C'est plus simple. J'ai fait ma demande en éducation physique à Chicoutimi, j'attends ma réponse. »
L'arthrite a aussi touché ses deux grands-pères, et son frère cadet a fait des crises, récemment. Mais la maladie n'est pas chronique, chez lui.
« Je vais toujours l'avoir dans mon corps; j'espère tomber en rémission, comme un cancer. Tu ne peux pas la vaincre, mais tu peux le stabiliser, l'endormir. »
« Je ne voulais pas être négatif face à la maladie je ne suis pas quelqu'un qui s'apitoie sur son sort, je me suis dit que j'allais combattre. »
Le vrai combat de Pierre-Alexandre Cordero commence...
Pierre-Alexandre Cordero (au centre, en blanc), accompagné de ses amis et coéquipiers Samuel Polan, Gabriel Polan, Philippe Blackburn, Christian Sénéchal, et Alex Jacob Michaud (en bas), lors du camp d'entraînement du Vert & Or, durant la semaine de relâche.
Le « Joé Juneau du football?»
Pierre-Alexandre Cordero ne veut pas laisser la maladie lui couper les ailes. Voilà pourquoi il passera une bonne partie de son été dans le Grand Nord québécois, à enseigner le football aux jeunes inuits.
« Mon père est travailleur social dans le Grand Nord depuis plusieurs années et c'est lui qui m'avait parlé de cette option quand j'étais plus jeune. Maintenant que je ne peux plus jouer, enseigner le football à des jeunes qui n'y ont pas accès me semble une très bonne idée. »
Cordero a monté son projet, l'a déposé et il a été approuvé par le gouvernement du Québec et les autorités inuites.
Un peu comme l'ancien hockeyeur de la LNH Joé Juneau a fait pour les jeunes joueurs de hockey, Pierre-Alexandre Cordero veut transmettre sa passion aux autres.
« Si je ne peux plus jouer, je veux l'enseigner. Le football m'a beaucoup apporté. Je ne serais pas le gars que je suis sans le football; j'étais turbulent au primaire, j'étais violent. Quand j'ai commencé à jouer, ça a changé complètement, je suis devenu un leader positif. »
Dès son entrée au secondaire, Cordero s'est impliqué auprès des jeunes joueurs de 8 à 12 ans, au mini-football. Une passion de transmission de ses connaissances qui ne l'a pas quitté.
« Je vais commencer en mai ou en juin. Il y a 14 villages Inuits au nord de Kuujjuaq que je vais visiter. Je compte y passer une semaine par village. J'ai fait plein de recherche, j'ai demandé à un de mes professeurs d'éducation physique son plan de cours, que j'ai adapté à mon projet. Ce sera plutôt du flag-football. »
« Le but est de leur montrer le sport, de monter une équipe par village et de faire une ligue intervillage, pour qu'ils puissent s'améliorer. Je vais utiliser des vidéos éducatifs et des vidéos sur la persévérance pour mousser le travail d'équipe et l'estime de soi. »
Son père et son frère Jean-Philippe (qui est quart-arrière avec les Jeannois d'Alma, comme il le fut lui-même), participeront à l'aventure de Pierre-Alexandre.
« On est à ouvrir des comptes sur les médias sociaux afin de diffuser de l'information, des photos. Mon frère et moi, on va faire le tour des villages et notre père va nous assister. Il est très respecté chez les Inuits, il a gagné leur respect, ce qui n'est pas toujours chose facile. »
« Au moins, le football va rester dans ma vie; ce sera un projet positif pour eux, mais pour moi aussi. »