Jérôme Gaudreau
La Tribune
Jérôme Gaudreau
L’édition de 1993 du Canadien ressemble à celle de 2021 sur certains points. Mais selon un ancien de la LNH, impossible de comparer les deux équipes. L’édition actuelle a encore bien des croûtes à manger, selon l’ancien champion de la Coupe Stanley.
L’édition de 1993 du Canadien ressemble à celle de 2021 sur certains points. Mais selon un ancien de la LNH, impossible de comparer les deux équipes. L’édition actuelle a encore bien des croûtes à manger, selon l’ancien champion de la Coupe Stanley.

Rien à voir avec 1993

CHRONIQUE / Chaque fois c’est pareil. À la base, mon but est simplement de vérifier une statistique sur un site comme HockeyDB.com pour finalement passer une bonne heure à me promener de page en page. C’est inévitable. Je me retrouve finalement à retracer les flops ou les vols des différents repêchages. D’autres fois, je compare les alignements de chaque équipe ou de chaque édition d’une même organisation. Combien d’émissions je n’ai pas terminées en ayant fait l’erreur, durant une pause publicitaire, de cliquer sur ce lien placé avec justesse sur la page d’accueil de mon téléphone? Trop souvent. 

HockeyDB.com, c’est le dictionnaire des journalistes sportifs et des mordus de hockey. Une discussion de pool de hockey avec des vieux chums nous amène régulièrement à surfer un peu trop longtemps sur cette encyclopédie du hockey.

Cette fois, je perdais mon temps au téléphone avec un vieil ami à comparer en fin de soirée le Canadien d’aujourd’hui et celui de 1993. L’année de la Coupe Stanley.

Le constat : dans les deux cas, le CH misait sur un gardien dominant, une défensive jouissant d’une grande profondeur et une attaque bien balancée composée de quelques gros noms et de bons espoirs, mais aucune vedette offensive.

Même s’il est difficile de comparer les époques, même si le style était différent tout comme la structure et le calendrier de la ligue, on y trouvait quelques similitudes. Je pensais tenir de quoi pour une éventuelle chronique.

Quelques jours plus tard, j’ai fait l’erreur d’en discuter de façon bien informelle avec un ancien de la LNH.

« L’édition de cette année n’a rien avoir avec 1993! » me lance le hockeyeur à la retraite, qui ne souhaitait pas voir son nom apparaître dans cette page. Un peu parce qu’il est loin de déborder d’enthousiasme en ce qui concerne les éventuels succès du Tricolore.

Bon ok j’avoue. Mon vieil ami et moi, on avait aussi remarqué quelques différences flagrantes. Comme le nombre de Québécois au sein de l’équipe. Ou la présence de leaders en attaque qui ont obtenu une production frôlant les 100 points en 1993, comme Vincent Damphousse ou bien Kirk Muller.

Difficile d’argumenter avec un ancien pro, surtout s’il porte à son doigt une bague de la Coupe Stanley. Ce dernier me rappelle aussitôt que le Canadien d’aujourd’hui n’a pas un seul joueur de 70 points.

J’ai beau jouer la carte des époques différentes, puisque des marqueurs de 50 buts et de 100 points il y a près de 25 ans, il y en avait une pelletée. Mais ce n’est pas suffisant : « Il n’y a pas d’attaquants de la trempe de Damphousse ou Muller actuellement chez le Canadien », me répète-t-il.

Ok... mais la profondeur se ressemble, non? Le Canadien misait sur quelques bons espoirs. Comme John Leclair entre autres. Ou même Gilbert Dionne ou Stéphan Lebeau, qui n’avaient pas encore beaucoup de matchs de la LNH sous la cravate.

Et il n’y avait pas beaucoup de trous en défensive non plus.

Encore là, celui qui évoluait dans la grande ligue en 1993 me fait remarquer que le Canadien était bien plus mature à l’attaque lors de la conquête du Saint Graal, mais il comptait sur des défenseurs moins expérimentés. Tout le contraire du Canadien actuel, finalement. 

« Le Canadien avait quand même obtenu 102 points! À une époque où il n’y avait pas de prolongations... Je serais surpris de voir le CH atteindre le plateau des 100 points cette année! »

On dit aussi de Patrick Roy et de Carey Price qu’ils ont été les meilleurs gardiens de leur temps.

« Mais ça sert à quoi de compter sur le meilleur gardien si l’équipe ne fait même pas les séries? »

Excellent point. Je lui fais aussitôt valoir que l’avenir semble rose. Que les jeunes espoirs du Canadien émergent peu à peu. 

« Le Canadien depuis quelques années se vante de pouvoir compter sur de bons jeunes joueurs, qui forment la relève, mais signe ensuite plein de vétérans. On encense Trevor Timmins et Marc Bergevin, mais combien de rondes éliminatoires Bergevin a gagnées depuis son arrivée? Bien peu... »

Oui, mais cette fois, ça pourrait être différent. Tous les morceaux semblent se trouver au bon endroit dans le puzzle. Comme en 1993, non?

« Je comprends ce que tu veux dire. Je partage ton avis sur certains points. Mais sur papier, quand on compare l’édition actuelle du Canadien à celle des autres équipes, Montréal n’est même pas considéré comme une formation pouvant accéder aux prochaines séries. Même à Vegas, les chances ne sont pas en faveur du CH cette année. Les autres équipes s’améliorent aussi pendant ce temps-là. Et ils repêchent également des espoirs. J’aimerais voir le Canadien gagner, mais je demeure prudent. »

Décidément, l’ancien pro ne pariera pas sa maison sur le CH (surtout qu’elle n’est pas petite!). Mais par expérience, il est le premier à l’avouer : ce n’est pas toujours la meilleure équipe sur papier qui l’emporte. Comme la sienne lorsqu’il a pu parader dans les rues avec la Coupe.

Le gâteau a levé en 1993 contrairement aux dernières saisons du club montréalais. Reste à voir si ce sera différent cette fois, avec de nouveaux ingrédients.