Jean-Yves Bourgault, Jean Perron, Charles Thiffault, Jean Perreault, Rémi Bissonnette et Yvon Lachance ont eu la chance de renouer après s’être quittés il y a 50 ans.

Retrouvailles après 50 ans : Jean Perron miserait sur le hockey universitaire

Tout un tour de force : réunir 50 ans plus tard vingt étudiants et les professeurs d’une cohorte plutôt spéciale en éducation physique, à l’Université de Sherbrooke. Les enseignants : deux anciens membres du Canadien de Montréal. Les étudiants : un ancien maire de la ville de Sherbrooke, l’ex-entraîneur du Tricolore, des anciens avocats ou hommes d’affaires. L’occasion était parfaite pour parler du bon vieux temps... et de hockey universitaire.

En compagnie d’Yvon Lachance et de Jean-Yves Bourgault, Jean Perrault a organisé cette journée de retrouvailles vendredi à l’UdeS. Parmi les invités : Jean Perron, Charles Thiffault et Rémi Bissonnette.

« C’est spécial de se retrouver ici 50 ans plus tard », admet Jean Perron, qui a soulevé la Coupe Stanley en 1986 et aussi connu de la nouvelle génération pour ses collaborations dans les débats sportifs télévisés, comme 110 %.

Ce dernier retrouvait ses deux anciens enseignants Rémi Bissonnette et Charles Thiffault. 

« Rémi et Charles m’ont enseigné et plus tard, j’ai engagé Rémi chez le Canadien, se souvient Jean Perron, natif d’Ascot Corner. Rémi s’occupait des tests d’évaluation physique sur glace. Il évaluait la force, la vitesse et l’endurance de nos joueurs de 1985 à 1988. J’avais d’ailleurs engagé Raymond Nadon, docteur en nutrition à l’Université de Sherbrooke. Les gars l’ont adoré. J’ai recroisé Charles aussi, qui est de son côté allé aider Michel Bergeron chez les Nordiques et Jacques Demers avec le Canadien, tout en ayant fait un séjour chez les Rangers de New York. »

« J’ai souvent répété cette phrase : l’éducation physique mène à tout à condition d’en sortir, confie Charles Thiffault en souriant. Certains de nos anciens étudiants sont devenus avocats, maires, entraîneurs de hockey, directeurs d’école ou gens d’affaires. »

La plupart de ces derniers ne s’étaient pas vus depuis 1969. Rien de moins.

« J’avais 27 ans, lance Rémi Bissonnette. J’étais assez jeune pour être enseignant à l’université. L’Université de Sherbrooke existait depuis seulement une quinzaine d’années ! »

Et les temps ont bien changé depuis.

« On avait une équipe de hockey à cette époque et j’étais l’entraîneur de l’équipe de 1964 à 1969 avant d’aller à l’Université Laval, informe M. Thiffault. Mais le Rouge et Or a coupé le programme, et ce, tant qu’il n’y avait pas d’aréna sur le campus. Dans le début des années 70, ils ont construit une patinoire et je suis resté là jusqu’à ce que je me joigne aux Nordiques. À l’époque à Sherbrooke, Sher-Wood voulait bâtir un aréna sur le campus de l’Université de Sherbrooke. Mais la direction avait refusé, puisque c’était un projet privé, ce que l’UdeS refusait. Je crois que ce projet aurait tout changé. C’était pourtant une bonne idée. »

« On pourrait ravoir une équipe de hockey. Mais ça coûte cher ! » clame Rémi Bissonnette.

Tous sont d’accord pour dire qu’il serait important pour le développement du hockey au Québec de ramener un circuit universitaire bâti sur de solides bases.

« Il faut ramener le modèle universitaire au hockey et ça se fera un jour, comme le football universitaire est revenu en force au Québec, admet Jean Perron. Éventuellement, il faudra investir plus d’argent pour garder nos jeunes dans le hockey et les écoles du Québec. »

« Il peut y avoir une très bonne ligue junior majeur et un excellent circuit universitaire, poursuit Jean Perron. Les deux sont complémentaires. Une fois le junior terminé, les jeunes aimeraient avoir une deuxième chance au Québec en joignant les rangs universitaires. Plusieurs doivent aller à Moncton parce qu’il n’y a pas beaucoup de programmes francophones au Québec. Il y en a seulement un à Trois-Rivières. Dans le temps, certains joueurs quittaient l’université pour aller jouer directement dans la LNH. Au lieu de s’exiler aux États-Unis, les joueurs pourraient rester ici grâce à cette belle alternative. Il faudra toutefois offrir de bonnes bourses d’études. Ce modèle est incontournable. »

Le CH doit repêcher des Québécois

Si le Canadien n’a pas gagné la Coupe Stanley depuis 1993, c’est parce que les joueurs du club montréalais sont trop petits et que les Québécois ne sont pas assez nombreux dans l’alignement selon l’ancien entraîneur du Tricolore, Jean Perron.

Quelle est la solution pour voir le CH accéder aux séries et peut-être même soulever le Saint Graal d’après l’expert d’Ascot Corner ?

« Ce n’est pas compliqué. Le Canadien doit encore se grossir ! »

Mais surtout, le travail de recrutement doit se faire différemment.

« On ne peut plus laisser passer des Québécois comme Samuel Blais. Il faudra que Trevor Timmins regarde dans notre cour. Quand je vais voir le Phoenix de Sherbrooke ou l’Océanic de Rimouski, je veux voir les recruteurs du Canadien dans l’aréna. Je suis allé à Bathurst un jour parce que Pierre-Luc Dubois affrontait le Titan. Tous les recruteurs de la LNH étaient là, sauf ceux du Canadien. Pour moi, c’est inacceptable. »

Dès cet été, le Tricolore pourrait amorcer ce virage selon lui.

« Cette année, le Canadien a une belle chance de recruter un Québécois. Il y en a quelques-uns de bons. On pense à Raphaël Lavoie, Samuel Poulin ou encore Jakob Pelletier. Il y a seulement deux Québécois dans l’alignement régulier du Canadien. Jonathan Drouin et Phillip Danault. Ça n’a pas de sens ! »

On est donc bien loin des années 60, 70 et 80 selon Jean Perron.

« Dans le temps, Serge Savard, Sam Pollock et Frank J. Selke ont toujours pensé que la moitié de l’alignement du Canadien devait être composé de Québécois, au minimum. Soudainement, on a lâché cette philosophie. On a lâché l’histoire du Canadien. C’est important ça. Dans mon équipe, j’avais neuf Québécois, Jacques Demers 13. Et vous savez quoi ? On gagnait ! » conclut-il.