Max Domi et le Canadien ont offert une bonne performance à Toronto, malgré la défaite de 3-2 en prolongation.

Rentrée perdante pour le Canadien

TORONTO — Depuis le début du camp, Claude Julien promet qu’il déploiera une équipe plus rapide. Marc Bergevin, lui, a maintes fois assuré que la fameuse «attitude» serait différente. Aucun des deux ne s’est avancé sur le talent.

Si le premier match de la saison du Canadien est à l’image des 81 prochains, l’entraîneur-chef et le directeur général n’auront pas menti. Malgré un déficit de talent face à des Maple Leafs qui en regorgent, le Tricolore est reparti mercredi du Scotiabank Arena avec un point dignement arraché, dans un revers de 3-2 en prolongation.

Ce point, Julien l’a en partie obtenu quand il a conçu sa formation en vue du match. Karl Alzner et Tomas Plekanec ne sont plus des noms qui riment avec vitesse. Contre des Leafs qui filent comme le vent, ils n’avaient pas leur place, a jugé l’entraîneur. Quand on regardait les défenseurs sortir la rondelle du territoire, quand on voyait les attaquants montréalais voler en zone neutre, on se demandait bien, en effet, comme auraient cadré les joueurs plus âgés, moins rapides.

Un exemple, choisi au hasard. En première période, le Canadien organise une sortie de zone, mais le jeu piétine en territoire neutre. Matthew Peca, employé comme quatrième centre dans le rôle où Plekanec était attendu, passe par là à pleine vitesse. Il récupère et permet aux siens de poursuivre la relance.

«Les Leafs patinent bien, mais nous n’avions rien à leur envier», a évalué Julien, après la rencontre. «C’était rapide des deux côtés. Nous avons bien bougé la rondelle. Nous continuerons à nous améliorer, mais pour un premier match, j’ai aimé notre échec-avant et notre jeu de transition. Nous avons créé des chances»

L’attitude...

L’attitude, maintenant.

Le CH faisait figure de négligé sur papier pour ce duel. En attaque, l’équipe comptait sur un joueur qui disputait son premier match dans la LNH (Jesperi Kotkaniemi), un qui n’a pas eu de camp d’entraînement (Andrew Shaw), un qui n’a joué qu’une période en match préparatoire (Max Domi) et un qui disputait seulement son 21e match dans la LNH (Peca).

Trois de ces quatre joueurs évoluaient au centre, pendant qu’à cette même position, les Leafs employaient deux surdoués — Auston Matthews a réussi un doublé e John Tavares a marqué l’autre but des Torontois — et un marqueur de 30 buts (Nazem Kadri). Et c’est Mike Babcock qui avait le loisir de choisir les confrontations.

Mais Julien a donné le ton en matinée. Quand les joueurs voient l’entraîneur «parier» dès le premier match de la saison en y allant de décisions audacieuses, ils voient un coach qui vise la victoire. C’est pourquoi personne dans le vestiaire n’acceptait l’idée d’une victoire morale.

«Non, ce n’est vraiment pas une victoire», s’est opposé Domi, qui a récolté des passes sur le but d’Artturi Lehkonen et sur celui de Shaw. «On a une base sur laquelle on peut bâtir quelque chose, mais on a aussi des choses à corriger. On va beaucoup apprendre.»

«Il y a une déception parce que nous voulons gagner nos matchs, pas les perdre en prolongation. C’est décevant, mais je ne peux pas dire que l’équipe n’a pas connu un bon match», a ajouté Julien.

Le message a visiblement été reçu par Kotkaniemi, qui aurait très bien pu se satisfaire d’avoir non seulement survécu à un sapré bon premier test, mais contribué à l’attaque en préparant le but de Shaw. Et pourtant...

«Je n’étais pas prêt au début du match, mais j’ai joué de mieux en mieux», a-t-il d’abord dit, avant de qualifier son match de «correct», sans plus.

... et le talent

Et maintenant, le talent.

C’est évidemment là que les problèmes vont se faire sentir cette saison. Le plus beau talent brut du Canadien n’a que 18 ans. Il n’a pas encore l’âge de pouvoir en exploiter les limites.

Du reste, personne n’arrive même proche des prodiges qu’il y avait dans le camp adverse. C’est pourquoi le Tricolore a dominé aux tirs au but et en possession de rondelle, mais pas dans la colonne des buts. Les Leafs ont bénéficié de moins d’occasions, mais quand Tavares sort un joueur de ses bottines comme il l’a fait à Peca, quand Matthews a tout son temps pour tirer, les chances de réussite sont élevées.

Mercredi, ils s’appelaient Matthews, Tavares, Kadri et Mitch Marner. Samedi, ils s’appelleront Sidney Crosby, Evgeni Malkin, Phil Kessel et Kris Letang. Le défi sera tout aussi grand. Mais si ce qu’on a vu mercredi se poursuit, le Canadien livrera une opposition coriace et le spectacle sera divertissant.

Autant de choses qu’on ne pouvait pas dire l’an passé.