La mise à niveau de l’édifice d’Expo-Sherbrooke nécessitera des investissements de 12 millions de dollars. Le projet sera financé par la Ville de Sherbrooke, ainsi que les gouvernements du Québec et du Canada, s’il se qualifie au Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives.

Rénover Expo-Sherbrooke ou bâtir du neuf ?

CHRONIQUE / Ainsi, la Ville de Sherbrooke a choisi de retaper l’édifice d’Expo-Sherbrooke, un projet évalué à quelque 12 millions de dollars, plutôt que de construire un nouveau bâtiment sportif multifonctionnel. En regardant dans le rétroviseur, j’ose espérer que les décideurs municipaux garderont en tête les tribulations entourant la construction et l’annexion du Centre multisport Roland-Dussault à l’aréna Eugène-Lalonde avant de vouloir faire du neuf avec du vieux.

La Tribune a appris que la Ville a étudié différents scénarios, avant de privilégier, et de présenter au conseil municipal lundi soir dernier, son projet de réfection de l’édifice d’Expo-Sherbrooke.

Deux autres scénarios étaient sur la table : procéder à un agrandissement des installations sportives à l’école du Phare ou encore procéder à la construction d’une bâtisse neuve, qui aurait été située près du Centre Julien-Ducharme, à Fleurimont.

La bâtisse d’Expo-Sherbrooke est vétuste à bien des égards. La toiture est finie, l’isolation n’est plus adéquate, pour ne pas dire inexistante, et on ne parle même pas du bloc sanitaire, lui aussi inexistant, ou presque. Comme la climatisation ou la ventilation.

Les quelque 1800 gymnastes du club Shergym s’y entraînent chaque semaine, dans des conditions qui sont loin, très loin, d’être optimales, sur des planchers qui ne sont pas au niveau.

Alors, plutôt que d’opter pour une nouvelle construction, la Ville préfère utiliser la structure existante de l’édifice, qui date de 1983, afin de procéder à d’importants travaux de rénovation et d’aménagement pour la rendre plus accessible.

Le nouveau centre qui en résultera permettrait également d’aménager des vestiaires qui pourraient desservir les compétitions se déroulant au parc Sylvie-Daigle, et des salles polyvalentes.

La Ville espère pouvoir réutiliser le bâtiment à environ 80 %.

La date limite pour la soumission d’un projet admissible à différentes subventions est le 21 février.

Le financement du projet serait réparti en trois parts égales entre la Ville de Sherbrooke, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada. Et le 12 millions comprend les rénovations et les aménagements divers.

Est-ce la bonne solution?

Les risques d’une mise à niveau

La mise à niveau d’une infrastructure sportive s’est déjà faite, dans le passé, à Sherbrooke. Plus précisément lors de la construction du centre multisport Roland-Dussault.

C’est la compagnie Axor, par l’entremise d’un contrat d’emphytéose, qui a obtenu la construction et l’exploitation du centre multisport, pour une période de 40 ans, dans le cadre d’un PPP (partenariat public-privé).

L’arrimage entre l’aréna, qui a brûlé en 1978 et qui fut rebâti par la suite, et la nouvelle construction, de même que la transformation de la surface en surface olympique, ne s’est pas fait sans heurts.

Des problèmes de construction, notamment concernant les pentes de toit, ont provoqué des fuites à la toiture. 

Le remplacement de la dalle de béton fut également un problème qu’il a fallu résoudre à plus d’une occasion. Le coût de la reconstruction de la dalle de béton de l’aréna Eugène-Lalonde a été estimé à 1,7 million, en 2014.

Une fois les vices constatés, les différents intervenants dans le dossier se sont renvoyé la balle de la responsabilité devant les tribunaux.

Selon des documents municipaux de 2017, les réclamations de la Ville étaient de l’ordre de 1,5 million de dollars, pour entre autres la réfection de la toiture et la mise à niveau du système de réfrigération.

Quant à Axor, ses réclamations envers la Ville atteignaient les 170 000 $, pour diverses raisons, mais elle réclamait aussi un montant d’environ 1,7 million de dollars pour des pertes d’exploitation de 2007 à 2014.

Les deux parties se sont présentées devant le juge en septembre 2016, pour une conférence de règlements à l’amiable.

En fin de compte, la Ville de Sherbrooke a accepté l’offre d’Axor/Sherax pour un montant de 400 000 $, avec la renonciation du montant exigé par Axor/Sherax. 

Je ne sais pas si le litige concernant les pertes d’exploitation a été réglé.

Les risques d’une construction neuve

Alors, avec cet épisode en tête, sans supposer qu’il se reproduira, bien sûr, pourquoi ne pas avoir envisagé plus sérieusement une construction neuve?

On me dit que le coût de construction d’un nouveau bâtiment oscillerait autour de 10 millions de dollars. 

Une bâtisse qui aurait pu, par exemple, être conçue afin d’accueillir des compétitions provinciales ou nationales. Ou même davantage. Ce qui ne sera jamais le cas avec l’édifice d’Expo-Sherbrooke.

L’édifice d’Expo-Sherbrooke est situé sur un plateau sportif déjà saturé, avec la présence du Palais des sports, du Centre multisport Roland-Dussault, de l’aréna Eugène-Lalonde et du terrain de soccer/terrain de football du plateau Sylvie-Daigle.

Est-ce que la rénovation d’un bâtiment existant accorde davantage de points lors de l’évaluation à venir de la demande de subvention auprès du Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives (PAFIRS), doté d’une enveloppe de 294 millions de dollars (enveloppe fédérale-provinciale), que la construction d’une bâtisse neuve?

Est-ce que la Ville avait l’argent pour la construction neuve, dans le contexte budgétaire que l’on connaît?

Le casse-tête est entier pour les décideurs. Les différentes charges financières imposées aux municipalités sont de plus en plus nombreuses. Et le remplacement, ou la modernisation, des infrastructures sportives, qui datent en grande partie des années 1970 et 1980, sera un enjeu important d’ici peu.

Et même encore là, la construction d’une bâtisse neuve, en plus de son exploitation et de sa mise à niveau, n’est pas garante de succès.

À preuve, le Complexe Thibault GM, dont la Ville a cautionné le prêt hypothécaire récemment.

La construction et l’exploitation des infrastructures sportives sont devenues complexes. D’où l’arrimage obligatoire aux subventions des différents paliers gouvernementaux.

Il est certes de mise d’être audacieux et créatif, dans ce contexte budgétaire à la diète, mais garder un œil sur le passé afin de préparer l’avenir devrait être une recommandation incontournable.