Renaud Légaré a connu les premiers Cantonniers alors qu’il était encore élèves à l’école La Ruche de Magog.
Renaud Légaré a connu les premiers Cantonniers alors qu’il était encore élèves à l’école La Ruche de Magog.

Renaud Légaré : de préposé à l’équipement à président des Cantonniers

Jean-Guy Rancourt
Jean-Guy Rancourt
La Tribune
MAGOG — Il est le premier à reconnaître que son effervescence, son côté tapageur, peut déranger. Ses principaux alliés vous diront que c’est un bourreau de travail et sont plutôt portés à l’encenser. Renaud Légaré ne laisse personne indifférent. Le président des Cantonniers de Magog sort des sentiers battus dans le monde du hockey amateur.

Il n’est pas exagéré de prétendre que les Cantonniers sont portés par l’enthousiasme presque légendaire de leur président. Une longue relation qui a débuté presque par hasard à la naissance de la formation magogoise en 1979.

Alors étudiant, Légaré fréquentait l’école secondaire la Ruche en compagnie des joueurs de la première cohorte des Cantonniers. « Ce fut un coup de foudre instantané envers ces nouvelles vedettes qui débarquaient à Magog. J’aurais bien voulu jouer comme eux, mais ils étaient dans une classe à part. Je me suis contenté de les encourager. Ensuite, en secondaire cinq, j’étais encore plus proche des joueurs. Je pense à Marc Fortier, Ghyslain Provencher, Stéphane Thivierge, Steve Pépin et combien d’autres. Après certaines parties, c’était souvent la fête. C’était une autre époque. Je n’accepterais pas ce genre de comportement de nos jours », déclare Légaré en esquissant un sourire.

Les années passent et Renaud Légaré, tout en demeurant un partisan des Cantonniers, s’éloigne quelque peu, le temps de ses études au Cégep, une courte carrière comme entraîneur des défunts As de Magog Coaticook au hockey double lettre. En 1994, il part en affaire.

Préposé à l’équipement

Renaud Légaré est revenu dans le giron des Cantonniers en 2006. « Je venais de me séparer. Le directeur-gérant Michel Champigny, l’homme à tout faire des Cantonniers, m’annonce que leur préposé à l’équipement va quitter ses fonctions. Je lui offre sans tarder mes services. Wow! J’avais un rôle officiel dans l’équipe de mon adolescence. »

Stephan Lebeau dirigeait les Cantonniers en 2006-2007. Pour ceux qui connaissent les deux individus, il est difficile de s’imaginer Légaré et Lebeau dans le même vestiaire. « Stephan m’a accepté avec mes défauts et mes qualités. Un soir de match, avec ma grande gueule, je ne me gêne pas pour crier à un arbitre qu’il était pourri. On écope d’une pénalité mineure de banc et Stephan m’a jeté un regard qui n’avait pas besoin d’explication », raconte Légaré qui, pour une rare fois, était demeuré bouche bée.

La même saison, Renaud Légaré a pris du galon et est devenu responsable des achats. Quelques saisons plus tard, le deuxième étage lui ouvrait ses portes en tant que président du conseil d’administration en remplacement d’Olivier Tremblay qui a occupé cette fonction durant 10 saisons.

« Nous étions deux sur les rangs pour devenir président, Daniel Bisson et moi. Il y a eu des discussions. Daniel est de Sherbrooke. Il m’a dit à un moment donné que ce serait préférable que la présidence demeure entre les mains d’un gars de Magog. Il m’a appuyé et c’est comme ça que j’ai succédé à Olivier Tremblay. Quant à Daniel, il est toujours avec moi sur le conseil d’administration. »

Toujours en poste

Légaré se voyait en poste quatre ou cinq ans, pas plus. Il cherche encore son successeur. « Les Cantonniers c’est quelque chose de solidement enraciné à Magog. C’est la fierté de toute une ville et même de la région. Je ne me crois pas indispensable. Mais je sais ce que ça prend pour mener la barque à bon port. Je ne veux pas d’une copie conforme à Renaud Légaré. Je veux une personne aussi passionnée que moi qui ne comptera pas les heures pour en arriver à traiter et considérer les joueurs comme ses propres enfants. Je veux un président qui arrivera avec un bon plan de match. Sa personnalité est secondaire. L’organisation passe aussi par de saines finances. On va dire que c’est partout pareil, mais dans le midget AAA, si ça devient trop onéreux, on risque de perdre des joueurs, les parents n’ayant pas tous le même portefeuille. Les partenaires financiers deviennent donc très importants. Nous sommes chanceux, car ils sont loyaux envers l’équipe à Magog. Merci à Jean-Paul Lacroix, mon fidèle bras droit à ce chapitre. Mais le réseau de contacts commence à s’épuiser. Nous avons aussi les meilleures assistances de la ligue année après année », fait valoir le président.

Celui-ci insiste pour dire qu’il n’est pas sado masochiste. « Si je ne me plaisais plus, je partirais. Le temps file et je ne vois pas les années passées. Il y a bien eu des moments difficiles en cours de route. Nous avons déjà retiré des joueurs de nos familles de pension parce qu’on le devait. Ce n’était pas de gaieté de cœur. Mais quand tu le fais pour le bien des joueurs, tu ne regrettes pas les gestes que tu poses. »  

D’anciens joueurs et des anciens entraîneurs des Cantonniers ont été honorés, au fil du temps. Ici, Stéphane Waite, qui a été entraîneur des gardiens, à Magog.

L’homme controversé

Renaud Légaré sait qu’il ne se fait pas toujours des amis par sa façon d’opérer. « Je ne fais rien pour écœurer les autres. Voyons donc! Mais quand tu défonces des portes, tu déranges. J’aime rire, jaser, mais j’aime surtout que les dossiers avancent rapidement. Si ce n’est pas à mon goût, je prends la relève. Je fais tout en mon pouvoir pour arriver à mes fins. Quand je suis arrivé dans l’organisation, il y avait un dirigeant qui n’avait pas une très bonne opinion de moi. Il m’a vu aller et aujourd’hui nous sommes de très bons copains et il fait toujours partie de notre exécutif. »

Renaud Légaré est très proche de tout ce qui gravite autour des Cantonniers, à commencer par les joueurs qu’il voit sur une base régulière. D’anciens joueurs pourraient vous dire qu’ils oubliaient qu’il était le président de l’équipe. On le voit surtout comme un ami. Souvent il n’y a pas de filtre entre les porte-couleurs de l’équipe et leur président. Du Renaud Légaré tout craché!

Lors des parties locales, il vend des moitiés-moitiés, jase avec les amateurs, prend le temps de blaguer avec eux. Il discute avec les dirigeants des visiteurs. Il est souvent aussi le souffre-douleur de l’organisation. « Les gens ont pris l’habitude de se plaindre à moi pour le temps d’attente au resto de l’aréna, le stationnement mal entretenu, la musique trop forte. C’est correct, car ils ont une oreille pour les écouter et ça leur fait du bien. Je ne m’enfle pas la tête avec mon titre de président. Je suis très terre à terre et toujours accessible. »

À ceux qui soutiennent qu’il travaille trop souvent seul et pas toujours avec tact, Légaré a la réponse toute prête. « Je n’ai pas de temps à perdre avec ceux qui ont besoin d’attention. Certaines personnes ne sont plus dans l’organisation aujourd’hui à cause de ma personnalité. Je me connais. Je sais m’entourer de personnes beaucoup moins exubérantes, efficaces. C’est ce que ça prend pour un bon équilibre. L’harmonie règne dans le conseil d’administration. Notre organisation n’a pas peur d’innover. On le fait régulièrement. Cela est rendu possible par la qualité des administrateurs qui m’entourent. Je ne le remercierai jamais assez, autant ceux qui sont là en 2020 que leurs prédécesseurs. »

D’ailleurs, Légaré aime bien honorer à leur insu les gens qui sont toujours avec l’équipe. Michel Champigny, Christian Lord, Félix Potvin et le regretté Olivier Tremblay sont quelques exemples. « J’ai failli rater mon coup avec Olivier qui nous a quittés presque sans avertissement. »

Pour ajouter au plaisir de Légaré et ses acolytes, l’équipe sur la glace connaît des succès immenses. « Les joueurs arrivent et partent, mais nous sommes toujours au sommet, année après année. Là le crédit va quand même au personnel hockey », fait valoir le président.

Bien connu pour son implication avec les Cantonniers, Renaud Légaré est également un incontournable de la restauration magogoise, lui qui est propriétaire de la Cantine du Lac. Les clients habitués y sont d’ailleurs servis avec humour, et amour, par le propriétaire...

Félix Potvin

S’il est exact que Renaud Légaré se cherche un successeur, ils sont nombreux à prétendre qu’il demeurera en poste tant et aussi longtemps que Félix Potvin demeurera l’entraîneur. « C’est un passionné et il n’est pas là pour ses intérêts personnels, tout comme moi. C’est l’équipe, le développement des jeunes et la réussite scolaire avant tout. Nous sommes comme deux doigts de la main. On a aussi développé une relation d’amitié. On se parle deux fois par jour et on se voit sur une base plus que régulière. Peu importe ce que l’avenir nous réserve, nos chemins vont bien finir par nous séparer. Son calme légendaire, son intégrité, le respect, sa discrétion en font un individu avec des valeurs inestimables. En plus, les gens n’ont pas idée jusqu’à quel point il est drôle et qu’il aime avoir du plaisir dans son rôle de coach et dans ses relations personnelles. Plusieurs indices me disent que ce beau temps achève, mais je me permets de rêver que Félix sera avec nous encore longtemps. Quand j’y pense, j’aurais de la misère à quitter le bateau tant et aussi longtemps qu’il sera notre homme de confiance », avoue Légaré.

Pour tout dire, son successeur peut encore attendre dans l’antichambre.