La championne olympique Annie Perreault et sa fille, Raphaëlle.

Raphaëlle Perreault voit grand, même d'un seul oeil !

Au premier coup d’œil, on ne voit pas la différence. Raphaëlle Perreault n’est qu’une gymnaste comme les autres, virevoltant sur les matelas et les appareils du club de gymnastique Shergym, logé dans l’ancien édifice Ceras.

Une fois la conversation entamée, on entrevoit une petite différence; l’œil gauche de Raphaëlle n’est pas identique à son œil droit. Une constatation qui s’observe seulement d’un certain angle.

Un détail banal? Pas tout à fait.

À la suite d’une malformation à la naissance, Raphaëlle ne voit pas de son œil gauche. Rien. Le noir. Que le droit qui fonctionne.

Un instant; tu réussis malgré tout à enjamber l’étroite poutre, à maîtriser les anneaux, à effectuer tes figures au sol? Bien des gens ne peuvent se targuer des mêmes exploits, les deux yeux bien ouverts!

« Je fais aussi du patin de vitesse, je suis maintenant de niveau inter-régional, et je joue au soccer. Je jouais dans le AA, l’été passé », dit la fille de la championne olympique Annie Perreault.

« Quand on est bébé, on a un petit nerf qui se dissous lorsqu’on grandit. Et mon nerf optique est trop petit pour laisser passer la lumière. Ça ne se guérit pas », dit-elle le plus calmement du monde.

« Je dois modifier certains trucs, c’est tout. Dans les vrilles, je tourne à droite. Je suis maintenant à l’aise. Des fois, c’est plus difficile, à cause de la couleur des matelas de réception; en compétition, lorsqu’ils sont blancs, j’ai moins de repères. Mais je suis habituée. Je ne distingue pas les hauteurs, alors je n’ai pas peur! »

Fille de la médaillée olympique Annie Perreault, Raphaëlle est traitée le plus normalement du monde.

« On s’est rendu compte que quelque chose n’allait pas alors qu’elle avait 18 mois. Mais bon, ce n’était pas une maladie grave, sa vie n’était pas en danger. Ça ne change rien », a dit Annie Perreault, qui remportait l’or sur 500 m à Nagano il y a précisément 20 ans.

« On n’a jamais eu aucune inquiétudes, même quand elle a commencé à faire du sport. Ce fut le patin à trois ans, et ensuite la gym à cinq ans et demi. Ça ne l’a jamais arrêté, ça n’a jamais été un frein, ou un obstacle. Elle a même joué pour l’équipe de football de son frère, chez les Bulldogs, l’été passé, elle faisait les bottés! »

Raphaëlle Perreault

Mais pour l’instant, la gym est la priorité de Raphaëlle; elle sera d’ailleurs à Québec cette fin de semaine pour participer à l’importante compétition Élites Canada. Mathys Jalbert y sera aussi. Ce sont les deux premiers athlètes dans l’histoire du club à participer à cette importante compétition.

Avoir une maman championne olympique doit être une inspiration?

« Oui, ça m’inspire. Mais maman me laisse faire mes choses, elle m’encourage à fournir toujours les efforts. Quand j’étais plus jeune, je repassais en boucle sa course à Nagano; je voulais voir comment elle a gagné. Quand je regarde sa course, je vois que tout est possible. J’ai la chance d’avoir un modèle à la maison! » dit la jeune fille d’un air taquin.

« Je vise à court et à moyen terme. J’aimerais participer aux Jeux du Canada; j’ai déjà participé aux Jeux du Québec et ce sont des rassemblements tellement l’fun! On se fait plein de nouveaux amis. En tout cas, je suis très fière d’aller à Élites Canada. »

« C’est vraiment incroyable ce qu’elle peut accomplir. Pourtant, on ne fait rien de très spécifique dans son entraînement. On adapte des petites choses, comme le sens de la rotation et la réception. Sinon, c’est une athlète normale », dit David Altmeyer.

« Quand on va en compétition, et que les autres coachs viennent me voir et que je leur raconte, ils sont impressionnés. Être en équilibre sur une poutre de 10 cm et faire des figures, avec un œil… »

Lauricia Bellemare ira prendre de l’expérience à la compétition Woga Classic, au Texas, la semaine prochaine.

Un gars parmi les filles

Ils ne sont pas légion, les garçons, au club Shergym. Outre l’entraîneur David Altmeyer, il n’y a que quatre garçons.

« On a un très bon groupe de garçons. Cette compétitivité amène de meilleurs résultats. Mathys est rendu là, dans l’élite », a dit l’entraîneur Altmeyer, en poste à Shergym depuis un peu plus de deux ans.

Pour Mathys, ce fut l’achat d’un trampoline à la maison qui fut le déclencheur. Après le trampo et le tumbling, le jeune de 14 ans a bifurqué vers la gymnastique.

« J’ai découvert les appareils et j’ai aimé ça. C’était juste pour découvrir, au début. Mais plus j’en faisais, et plus je m’améliorais. Je me suis fixé des objectifs de plus en plus élevés. J’en fais depuis que j’ai 8 ans », a-t-il expliqué.

Très sérieux dans son approche, Mathys veut un jour participer aux Olympiques.

« Pour le club, c’est un beau rayonnement. Je suis là depuis un peu plus de deux ans et on développe à tous les niveaux. La présence de Mathys et de Raphaëlle à Élites Canada prouve que le travail fait sur notre base porte fruit », a dit M. Altmeyer.

La compétition Élites Canada est réservée aux athlètes de catégorie junior, senior et novice.

Les 24 premières athlètes au cumulatif à l’issue des deux jours de compétition obtiendront le statut haute performance et accèderont au championnat canadien.

Lauricia Bellemare au Texas

De niveau 10, tout juste avant le niveau haute performance Lauricia Bellemare sera à la compétition Woga Classic, au Texas, la semaine prochaine.

« Lauricia a comme objectif de gagner de l’expérience. C’est une compétition de très haut niveau, le calibre est très fort. Elle va beaucoup apprendre », a dit David Altmeyer.

Raphaëlle Perreault et Mathys Jalbert sont les deux premiers athlètes de Shergym à se qualifier pour la compétition Élites Canada.