Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Akim Aliu considère qu’il y a encore de nombreuses barrières à briser dans le monde du hockey.
Akim Aliu considère qu’il y a encore de nombreuses barrières à briser dans le monde du hockey.

Racisme et intimidation au hockey : mais où sont les joueurs?

Chronique / Ça fait presque une semaine que le très pertinent The Players’ Tribune a publié un article-choc du joueur de hockey Akim Aliu. On aurait pu s’attendre à une forte réaction dans le monde du hockey, mais il n’en est rien.

L’histoire est troublante. Akim Aliu décrit l’enfer que lui a fait subir Steve Downie lors de sa première saison avec les Spitfires de Windsor dans la OHL en 2005. Aliu soutient que Downie a lancé son équipement sur le toit de l’aréna et l’a ridiculisé concernant ses vêtements et son accent (Akim Aliu est né au Nigéria, mais a déménagé très jeune en Ukraine) devant ses coéquipiers. La situation a dégénéré quand Aliu a refusé de se déshabiller et d’être enfermé en compagnie des autres recrues dans les toilettes à l’arrière de l’autobus. Quelques jours plus tard lors d’un entraînement, Steve Downie a frappé Aliu au visage. Ce dernier a perdu sept dents. Dans son texte, Akim Aliu se dit convaincu que Downie a agi de la sorte en raison de sa couleur de peau. Il le traite de sociopathe raciste.

Les réactions du monde du hockey ont été plutôt timides, voire même inexistantes. Evander Kane, Robin Lehner et Stephen Johns ont montré leur support. Il y en a probablement quelques autres, mais le fait demeure qu’aucun joueur vedette ou grosse pointure de la Ligue nationale de hockey n’a réagi.

On pourrait donc penser que Akim Aliu est un joueur marginal et que son expérience dans le monde du hockey ne correspond pas à la réalité... sauf que lorsqu’on regarde ce qui est arrivé au jeune K’Andre Miller qui s’est fait traiter de n**** à répétition lors d’une conférence vidéo avec des partisans il y a à peine quelques semaines ou simplement celle de Jonathan Diaby et sa famille qui ont été victimes d’insulte racistes lors d’un match de la Ligue nord-américaine de hockey en 2019, on se rend compte que les mentalités, si elles évoluent, le font à pas de tortue.

Et encore en 2020, une simple recherche sur internet permet de trouver plusieurs histoires déplorables.

Au mois de janvier dernier, des joueurs de hockey et des enfants autochtones de Gesgapegiag ont été victimes de remarques racistes lors d’un Tournoi amical adulte tenu à l’aréna de Paspébiac en Gaspésie.

Toujours au mois de janvier, Brendan Manning a lancé des insultes racistes à l’ancien du Drakkar de Baie-Comeau Bokondji Imama lors d’un match dans la Ligue américaine de hockey. Il y a eu des suspensions et des excuses, mais aucune grande vedette ne s’est levée pour dire que cette situation n’avait plus sa place. Au lieu, la situation s’est « réglée » le match suivant entre les deux équipes lorsque Imama a sacré une volée à Manning. Un combat qui a été célébré à travers le monde du hockey. Une victoire contre le racisme.

Sauf que lorsqu’on lit certains des commentaires sous l’article de Akim Aliu, on constate que la victoire est loin d’être acquise. Plusieurs commentaires utilisent les statistiques peu reluisantes d’Akim Aliu pour invalider son message. D’autres prétendent qu’Aliu joue la carte du racisme puisqu’il est frustré de ne pas avoir percé la LNH.

Et chaque fois, c’est la même chose, la Ligue nationale et les équipes envoient un communiqué pour dire que de tels agissements n’ont pas leur place et que les gens qui les profanent ne sont pas de vrais amateurs de hockey. 

Jamais on ne voit les joueurs, les véritables modèles des jeunes hockeyeurs partout dans le monde, mettre leur pied par terre pour dire que c’est assez. Zdeno Chara fait figure de pionner à ce chapitre. Sous son règne de capitaine, les joueurs recrues des Bruins de Boston n’ont pas à subir d’initiations ou de rituels d’entrée dans la Ligue nationale. 

Mais ce sont aux grandes vedettes de réagir et d’envoyer un message fort. Qu’est-ce que les Connor McDavid ou Sidney Crosby font pour enrayer cette culture d’intimidation dans le hockey? Pas grand-chose, même qu’ils multiplient les faux pas. 

Sidney Crosby s’est retrouvé dans l’embarras en 2017 en qualifiant de « grand honneur » l’invitation des Penguins de Pittsburgh à la Maison-Blanche de Donald Trump sur fond de tensions raciales aux États-Unis. Les Warriors de Golden-State, champions de la NBA, n’ont eux pas fait de voyage à la Maison-Blanche.

La même année, Connor McDavid a subi certaines critiques après s’être déguisé en Donald Trump pour l’Halloween.

Les joueurs de hockey, à part quelques exceptions notoires, n’ont jamais eu la réputation de s’impliquer au-delà de leur sport. Je pense qu’il est temps que les joueurs s’investissent un peu pour changer la culture du hockey. Parce que s’ils ne le font pas, elle risque de ne jamais changer.