Quand Evan Fiztpatrick sera appelé à garder le filet du Phoenix, il devra répondre présent. Pour son bien et pour celui de l’équipe.

Que le meilleur gagne

«Nommez-moi un bon gardien, je vous nommerai un bon entraîneur. »

Ces paroles venaient de la bouche de l’entraîneur-chef Stéphane Julien samedi après la victoire du Phœnix contre les Saguenéens de Chicoutimi. Il s’agissait du match d’ouverture au Palais des sports. Le genre de partie qu’une formation ne veut pas perdre.
Pour l’occasion, le pilote sherbrookois envoyait dans la mêlée un dénommé Brendan Cregan. Un gardien qui n’a jamais été repêché dans la LHJMQ. Et encore moins dans la LNH. Il constituait l’élément tertiaire d’une transaction avec les Huskies de Rouyn-Noranda, celle impliquant le portier Charles-Antoine Poirier-Turcot.
Pendant ce temps, Evan Fitzpatrick, le gardien numéro 1 du Phœnix qui décorait les billets d’admission lors du match d’ouverture, se trouvait au bout du banc. Un gardien repêché au 4e rang de la 1re ronde en 2014 par le Phœnix de Sherbrooke. Et repêché en 2e ronde par les Blues de Saint-Louis.
Ce choix audacieux a amené sa part de critiques à Stéphane Julien. Mais avouons-le : tout indique que c’était la bonne décision.
Revenu de son camp d’entraînement avec les Blues, Fitzpatrick était évidemment l’homme de confiance du Phœnix lors du tout premier match de la saison. Résultat : une défaite de 5 à 4 en prolongation à Val-d’Or. Le lendemain, Fitzpatrick se trouvait encore devant le filet du Phoenix à Rouyn-Noranda. Un revers de 4-1. Après 30 minutes de jeu, il avait déjà accordé quatre buts sur 21 lancers. La raison évoquée : la fatigue à la suite d’un camp professionnel exigeant et d’un long voyage en Abitibi incluant deux parties en moins de 24 h
Cregan stoppait ensuite les 17 tirs dirigés vers lui à Rouyn. Soudainement, il gagnait la confiance de l’entraîneur Stéphane Julien. Mercredi, il accordait seulement deux buts aux Cataractes dans une victoire de 3-2.
C’est là qu’arrivait le match d’ouverture de la saison locale. Le choix était évident pour Julien : le meilleur gardien à ce moment était Cregan. Pas Fitzpatrick. Et le portier de 19 ans a fait bien paraitre son entraîneur avec une victoire importante.
On aurait pu croire que le Phœnix reposait son gardien principal en vue de la plus grande menace du week-end : le Drakkar de Baie-Comeau, qui forme une meilleure équipe que les Saguenéens.
Réserver son gardien numéro 1 pour l’adversaire le plus coriace de la fin de semaine, qui comportait deux matchs en deux jours. Pas bête. Mais non, ce n’était pas le plan de Stéphane Julien, qui a une fois de plus fait jaser en laissant Fitzpatrick de côté pour une troisième partie de suite. Ce même Fitzpatrick qui gagnera 743 000 $ par année grâce à son contrat de trois ans dans la LNH.
Cregan a fait face à 38 tirs. Il a cédé à trois reprises pour finalement s’incliner en tirs de barrage et ainsi offrir à son club cinq points sur une possibilité de six.
La moyenne de Cregan : 1,95 avec un taux d’efficacité de .936. Fitzpatrick : 5,75 et une efficacité de .816. À sa défense, il n’a joué que quatre périodes.
Mettez-vous à la place de Fitzpatrick : considéré comme étant le joueur étoile de l’équipe, âgé de 19 ans, un contrat de la LNH en poche et absent du match d’ouverture.
Est-ce que Cregan est une étoile filante? Chose certaine, cette étoile brille très fort aujourd’hui. Beaucoup plus que celle de Fitzpatrick.
Stéphane Julien n’a pas accepté le poste d’entraîneur-chef pour se faire des amis. Il l’a prouvé à quelques reprises dans le passé. Son objectif principal : gagner. Son contrat se terminera à la fin de la saison. Comme celui de tout le personnel sherbrookois.
Les questions à se poser : est-ce que Fitzpatrick sera toujours un membre du Phœnix à ce moment-là? Sera-t-il échangé aux Fêtes? Est-ce que le Phœnix tentera de le montrer aux équipes aspirantes? Cregan peut-il faire le travail à long terme sur une base régulière? Le jeune Thommy Monette est-il prêt à faire le saut dans la LHJMQ?
Connaissant Julien, tant que le numéro 33 gagnera ou sera excellent devant son filet, dans la défaite ou la victoire, ce sera lui devant le filet.
Saine rivalité? Peut-être. Mais Fitzpatrick est un compétiteur et tentera par tous les moyens de retrouver son but. Lorsque Julien fera appel à ses services, il devra toutefois répondre présent. Pour son bien et celui de l’équipe. Car pour gagner, le Phœnix aura besoin d’un Fitzpatrick en santé et en forme. Pas d’un gardien qui constitue une réelle boîte à surprises.