Contenu commandité
Quand le sport s'arrête...
Sports
Quand le sport s'arrête...
La pandémie de la COVID-19 a mis sur pause les événements sportifs partout à travers le globe. Cet arrêt rend plusieurs personnes nostalgiques. 
Partager
Nostalgie sportive 

Sports

Nostalgie sportive 

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Vous rappelez-vous de la belle époque? Celle qui permettait les rassemblements de plus de 50 ou 250 personnes? L’époque où les événements sportifs de la région faisaient courir les foules. Elle n’est pourtant pas si lointaine, même si ça nous paraît une éternité.

Le dernier grand rendez-vous sportif en Estrie nous ramène au 6 mars. Le Phœnix de Sherbrooke trônait au sommet du classement de la LHJMQ et faisait salle comble face aux Foreurs de Val-d’Or. Pas moins de 4005 spectateurs assistaient à la partie, ce qui est actuellement impensable en raison de la COVID-19. 

Avouons que la présence de 250 spectateurs, comme le veut la recommandation de la Santé publique dès le 3 août, n’aurait pas donné la même ambiance au Palais des sports de Sherbrooke... 

Le tourisme sportif en suspend

Sherbrooke et la région estrienne ont toujours su se démarquer au plan sportif et ça ne date pas d’hier. Le tourisme sportif demeure toutefois en suspens en raison de la COVID-19. Et ce, jusqu’à nouvel ordre. Plusieurs événements ont été annulés. D’autres le seront dans les prochaines semaines.

Pendant ce temps, les organisations sportives tentent de garder la tête hors de l’eau. D’autres vivent encore d’espoir en repoussant la date de leur événement.

Le Trimemphré fait partie de cette catégorie et souhaite tenir son triathlon au mois de septembre. Cet événement entre certainement dans la catégorie des joyaux sportifs de la région : tout de même 2500 athlètes provenant d’une vingtaine de pays se donnent rendez-vous chaque année à Magog.

Les années 2000 dans la région ont d’ailleurs été marquées par le Trimemphré, nommé plusieurs fois « Manifestation sportive de l’année » au Gala du mérite sportif de l’Estrie.

Un deuil à vivre

Si le Trimemphré espère devenir l’un des rares événements sportifs à grand déploiement à survivre malgré la pandémie, les amateurs de football devront vraisemblablement patienter un peu plus longtemps, puisque déjà, la saison universitaire a été retardée.

Les amateurs de balle lente ont dû faire leur deuil de la Classique Pif cet été. Ceux qui avaient fait du Demi-Marathon de Sherbrooke une tradition incontournable ont été forcés de passer leur tour en 2020. 

Les Cantonniers de Magog n’ont pu poursuivre leur parcours. Et dire que la Traversée internationale du lac Mégantic aurait eu lieu dans une semaine.

À quand le prochain événement?

Chaque année, un événement sportif se démarque des autres en attirant les foules. L’année 2020 fera probablement exception.

En attendant le retour de ces rendez-vous à grand déploiement, La Tribune suggère un retour en arrière en dressant une liste des plus grandes manifestations sportives des dernières années tout en se penchant sur trois grandes compétitions ayant marqué la région.

Et maintenant que Sherbrooke a mis une croix sur les Jeux de la Francophonie, on peut aujourd’hui se demander quel sera le prochain grand événement sportif en Estrie et surtout, quand la situation le permettra?

Dans une perspective optimiste, les Jeux de la Légion 2021 et 2022 pourraient bien relancer le bal. Reste à savoir maintenant quelle forme de traces laissera ce virus sur la tenue des compétitions sportives importantes.

Qui sait, peut-être serons-nous obligés d’imiter la chaîne américaine Fox, qui ajoutera des spectateurs virtuels dans les gradins des stades de baseball cet été...

Une traversée d’anecdotes

Sports

Une traversée d’anecdotes

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Un lac, de la bière, des spectacles, et surtout, un événement sportif qui aura duré près de 35 ans : voici les ingrédients parfaits pour mener à tout un cocktail d’anecdotes. Avis aux cinéastes : la Traversée internationale du lac Memphrémagog pourrait donner tout un scénario de film.

Fin des années 1970 : le Magogois Georges Lussier voyait sa toute nouvelle course de régates ne pas faire l’unanimité, principalement à cause du bruit qui déplaît aux riverains du lac Memphrémagog. Pour satisfaire les plaignants, l’organisateur remplace les régates par une compétition... de nage. 

« J’étais là, en 1979, indique Yves Grandmaison. C’était la toute première édition de la Traversée du lac Memphrémagog. Je me rappelle, le journaliste Mario Goupil nous avait traités d’amateurs dans ses pages. Et il avait raison! C’était vrai, on était de vrais amateurs! On partait de rien. »

Comme bien des événements populaires régionaux à cette époque, les finances n’étaient pas le maillon fort de l’organisation. 

« J’ai quitté après un an parce que je n’assumais pas certaines décisions financières de Georges Lussier. Mais je lui lève mon chapeau : il a eu l’idée de partir la Traversée », précise Yves Grandmaison, coiffeur de métier.

Trois ans plus tard, l’événement était criblé de dettes. 

« La Traversée devait de l’argent à tout le monde. Je suis revenu au sein du comité organisateur avec Gérard Dufresne, le comptable Claude Gérin, Bertrand Viens de chez Ford et Jean Dion, le maire d’Orford. Georges Lussier croyait qu’on allait le garder, mais on ne pouvait pas. On a dû éponger la dette de plusieurs milliers de dollars. Après trois ans, on a honoré notre mandat! » explique fièrement M. Grandmaison, devenu alors président de la Traversée durant deux ans. 

C’est à la sixième année que l’événement a réussi à passer au niveau supérieur. Il ne s’agissait plus que d’une course de 40 kilomètres entre la plage Prouty Beach à Newport au Vermont et celle de la Pointe Merry à Magog.

« On a constaté une évolution incroyable. On accueillait des nageurs de tous les pays et de nombreux visiteurs. On s’est mis à organiser des courses de cyclisme, des courses à pied, des parades, du ski nautique, un énorme bingo, des tournois de balle avec Guy Lafleur entre autres, des tours d’hélicoptère et de gros spectacles de musique. Ça ne finissait plus. On faisait tout nous-mêmes », explique celui qui a toujours été près du comité organisateur piloté par Laurent Pelletier, Jean-Guy Gingras ou Serge Laurendeau selon l’époque.

De Claude Dubois à Jean Béliveau

Les vedettes du Québec se donnaient bien souvent rendez-vous à Magog dans le cadre de la Traversée. 

« Maurice Richard est venu, Mario Tremblay et Réjean Houle ont déjà été présidents d’honneur tout comme Jean Béliveau. Ils adoraient assister à la Traversée. Je me rappelle avoir recroisé Jean Béliveau au Forum à l’époque et il m’avait reconnu comme si j’étais son grand ami de Magog! » indique Yves Grandmaison. 

Des artistes comme Claude Dubois et Johnny Farageau se succédaient sur scène. 

« On pouvait accueillir 15 000 personnes par jour. Sur le site, c’était noir de monde. On ne voyait même plus la plage. Aujourd’hui, dans la situation actuelle, ce serait inimaginable de voir cette foule aussi dense en raison de la pandémie », soutient l’ancien président. 

« Je me rappellerai d’ailleurs toujours la fois où Claude Dubois avait effectué son test de son pour ensuite chanter une chanson avant que la pluie gâche tout, poursuit-il. On avait tout de même dû le payer environ 10 000 $. Mais au début, tous nos partenaires étaient d’une aide précieuse. Molson nous donnait pour 100 000 $ environ par année, Dominion Textile était avec nous tout comme Bell et Gaz Métropolitain, qui ont investi dans l’événement. Aujourd’hui, les compagnies n’ont pas la même latitude. »

Des bénévoles sur le party

À l’arrivée de Jean-Guy Gingras, un ménage au sein du conseil d’administration s’est effectué. 

« Il a fallu mettre de l’ordre, confie l’ancien directeur général et président. Il y avait un déficit de 100 000 $. On comptait peut-être 200 bénévoles et la Traversée était reconnue pour être un gros party de bière. »

« On a endossé plusieurs fois l’événement », admet Yves Grandmaison. 

Le début de la fin

En bénéficiant d’un budget pouvant aller jusqu’à un million de dollars parfois, rien ne semblait pouvoir arrêter les organisateurs. 

« On avait accueilli un groupe rendant hommage aux Beatles qui faisait fureur aux États-Unis. Le chapiteau était plein à craquer. On voulait envoyer un hélicoptère pour aller les chercher à Montréal, mais ils préféraient la limousine. En quittant le site, les spectateurs brassaient la limousine et la police a dû escorter le groupe jusqu’à la sortie », explique Jean-Guy Gingras.

Devenue une étape de la Coupe du monde de nage en eau libre, la Traversée a connu une fois de plus des difficultés financières dans les dernières années.

L’édition 2016 a d’ailleurs été suspendue et après de multiples tentatives de relance, la fin avait sonné.

Épuisement, manque de relève, dépenses trop élevées. Le comité organisateur s’est rendu à l’évidence. 

« On faisait venir Éric Lapointe et ça coûtait 20 000 $, confirme M. Gingras. S’il pleuvait, on était dans le trouble. On organisait trop de gros spectacles. Les feux d’artifice étaient énormes. Il aurait fallu se concentrer sur de plus petits spectacles sous le chapiteau ainsi que sur la nage et continuer de penser aux gens de Magog plutôt que vouloir attirer des gens de partout. »

« Je suis un peu nostalgique, admet Yves Grandmaison. Mais on n’en pouvait plus. Ce n’était plus comme avant. Tout était devenu lourd. »

Jean-Guy Gingras estime toutefois qu’il serait possible de relancer la Traversée :

« Ça nous prend l’implication des jeunes. Je serai toujours là au besoin. Ce serait une bonne chose pour Magog : cet événement rassemblait la population et on était fiers de notre Traversée du lac Memphrémagog. »

Il serait désormais impossible de voir une foule aussi dense à un événement sportif en raison de la pandémie qui frappe le monde entier.

Histoires en rafale

Certains se souviendront du fameux incident de la montgolfière. « Elle avait brûlé et l’accident aurait pu coûter la vie à plusieurs personnes. La bonbonne de propane est heureusement tombée dans la rivière et la montgolfière s’est écrasée là où se situe aujourd’hui le Tigre Géant. C’était en 1983 je crois. On a évité la catastrophe, parce qu’il y avait du monde partout à ce moment-là », se souvient Yves Grandmaison.

Qui ne se rappelle pas des prestations des nageurs estriens Xavier Desharnais ou David Bilodeau? Ou bien encore de Paul Asmuth, qui s’est fait voler le titre du Roi du Memphré par le Bulgare Petar Stoychev avec ses 11 victoires? « Paul était un gentleman. Mais Petar Stoychev ne savait pas vivre. Une famille de pension avait dû se préparer longtemps pour l’accueillir et après être entré dans la maison, il a quitté sans avertissement et s’est loué une chambre au Cheribourg. Les nageurs le détestaient. Il était très arrogant. »

Après les événements du 11 septembre 2001, le comité organisateur n’a pas eu la même facilité à accueillir les nageurs internationaux. « Un Égyptien qui se prénommait Mohamed avait été refusé par les autorités, qui lui avaient ensuite permis de nager, mais il n’avait pas le droit de mettre les pieds au Canada. Il est parti de Newport jusqu’à Magog à la nage et il a fallu qu’on le ramène en bateau, parce qu’il ne pouvait pas poser le petit orteil en sol canadien », raconte Jean-Guy Gingras. 

Cinq jours qui ont changé Sherbrooke

Sports

Cinq jours qui ont changé Sherbrooke

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Sherbrooke s’est donné une nouvelle personnalité du 9 au 13 juillet 2003 et n’est jamais redevenue la même ville. Durant ces cinq jours, celle qu’on aimait encore appeler la Reine des Cantons-de-l’Est est devenue un pôle sportif de calibre international en accueillant 1452 des meilleurs athlètes juniors en provenance de 152 pays à l’occasion des 3es Mondiaux Jeunesse.

 Ç’a été une expérience extraordinaire, se souvient le maire d’alors et coprésident de l’événement, Jean Perrault. C’était tout un défi. Rappelez-vous, nous n’avions pas de stade. Il fallait aller chercher des subventions pour le construire. Je me souviens que nous avions rencontré le ministre fédéral des Finances et le ministre québécois aux Sports. Nous avons dû faire des efforts considérables pour aller chercher l’argent. Bien sûr, la Ville a aussi contribué. »  

Avant ce grand rendez-vous, Sherbrooke n’avait pas eu beaucoup d’occasions de faire sa marque sur la scène sportive internationale. « Nous avions reçu le championnat mondial de ski nautique en 1967, rappelle M. Perrault, qui avait lui-même fait bonne figure lors de ces compétitions tenues au lac des Nations. Il y avait aussi eu les Jeux du Québec de 1977 et de 1995, mais rien de l’ampleur des Mondiaux Jeunesse. »

Dès son arrivée à la mairie en 1994, Jean Perrault rêvait de faire de sa ville une destination sportive de haut niveau. L’ex-directeur du centre sportif du Cégep en a discuté avec Jacques Petit, alors directeur des sports, de la culture et de la vie communautaire à la Ville. Il lui a demandé ce que Sherbrooke pouvait accueillir comme compétition d’envergure. La réponse ne tarde pas : les Jeux du Canada, rien de moins! Ceux-ci viendront en 2013 et connaîtront un immense succès. Mais la marche était haute et les Mondiaux Jeunesse permettront de la franchir. 

Victoire

La mobilisation a porté fruit, si bien que le nouveau stade d’athlétisme répondant aux plus hauts standards était prêt à accueillir les 8000 spectateurs venus assister aux cérémonies d’ouverture marquées par une prestation du chanteur sherbrookois Garou, alors au sommet de sa carrière. « C’était merveilleux de voir tous ces gens réunis sur ce site magnifique avec le mont Orford en arrière-scène », se souvient Jacques Petit, un des grands artisans de ce succès.

« Je ne me souviens pas qui avait eu l’idée d’inclure une première compétition à la fin de la cérémonie, mais c’était un grand moment de voir les 8000 personnes assister au 3000 m féminin », évoque encore ému M. Petit, qui a lui-même été entraîneur d’athlétisme pour le Vert & Or de l’Université de Sherbrooke. « Nous avons appris énormément avec les Mondiaux Jeunesse, reprend-il. Nous avons commencé avec une page blanche et nous avons livré la marchandise. »

Au cours des cinq jours de compétition, pas moins de 35 000 spectateurs goûteront à cette magie offerte par de nombreux futurs olympiens, dont Usain Bolt, qui deviendra l’un des plus grands athlètes du jeune 21e siècle. (Voir autre texte) « Personnellement, c’est sans doute une des plus belles expériences de ma carrière, estime René Roy, conseiller en communications pour les équipes du Vert & Or. J’ai ressenti une immense fierté pour mon université, ma communauté, ma ville. J’ai vu se déployer une remarquable mobilisation citoyenne derrière cette aventure. Je ne pourrai jamais reconstituer une équipe aussi talentueuse et dévouée que lors des Mondiaux Jeunesse », affirme celui qui dirigeait la salle de presse.

Pas moins de 1452 des meilleurs athlètes juniors en provenance de 152 pays ont participé aux cinq jours de compétition.

Héritage

Avec la contribution financière de tous les paliers gouvernementaux et la participation de quelque 2000 bénévoles, Jean Perrault avait déjà remporté son premier pari, celui de rallier toute une population derrière cet ambitieux projet. Mais l’ex-maire aujourd’hui président du conseil d’administration de La Tribune voyait plus loin. Il l’a dit avant, pendant et après les Mondiaux Jeunesse, il le dit encore 17 ans plus tard : il ne suffisait pas de tenir des jeux pour tenir des jeux, ceux-ci devaient laisser un héritage aux Sherbrookois. 

« On s’est fait un cv avec les Mondiaux Jeunesse, image-t-il. On voulait positionner clairement Sherbrooke comme une destination touristique majeure dans les événements sportifs. Depuis ces jeux, il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’y ait une compétition majeure de volley-ball, d’athlétisme ou de hockey quelque part dans la ville. Et quand les jeunes choisissent leur cégep ou leur université, plusieurs sont attirés par une ville où le sport prend une place importante. Les retombées ne sont pas toutes mesurables », plaide-t-il.

Le premier héritage de ce rendez-vous sportif est évidemment le stade d’athlétisme, dont on vient de refaire la piste. Cet amphithéâtre extérieur qui surplombe la ville accueille bon nombre d’événements sportifs et sert de domicile à l’équipe de football de l’Université. Tout ceci en temps normal, évidemment! Il a aussi représenté un atout majeur pour accueillir les Jeux du Canada en 2013. 

Les Mondiaux Jeunesse ont aussi permis la création d’Excellence sportive Sherbrooke, une organisation devenue permanente destinée à soutenir la tenue d’événements d’envergure et les athlètes de la région. « Les jeux ont été l’occasion de créer un fonds de 300 000 $, qui nous permet d’offrir des bourses nos athlètes grâce à la participation de nombreux partenaires, se réjouit Jean Perrault. Ça prend des gens qui y croient pour lancer des projets comme ça et pour en préserver l’héritage. Le legs des Mondiaux Jeunesse est physique, avec le stade, financier, pour les athlètes, organisationnel, avec Excellence sportive, mais il est surtout humain », insiste l’ex-maire.

Fière de ses succès, Sherbrooke s’est qualifiée en un temps record pour les Jeux de la Francophonie, qui devaient avoir lieu l’an prochain. Malgré ce faux départ, la ville est déjà installée bien en confiance sur les blocs pour la prochaine course. Elle n’attend que le signal.

Le recteur de l’Université de Sherbrooke Bruno-Marie Béchard et le maire de Sherbrooke Jean Perrault étaient les deux coprésidents des 3es Mondiaux Jeunesse d’athlétisme, tenus à Sherbrooke du 9 au 13 juillet 2003.
« La Foudre » Bolt tonne dans le stade

Sports

« La Foudre » Bolt tonne dans le stade

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
 Il pleuvait ce jour-là et un vilain vent de face balayait la piste neuve du stade d’athlétisme de l’Université de Sherbrooke. En fait, rien n’annonçait que la « Foudre » viendrait du corridor numéro 4, où l’homme le plus rapide sur terre encore aujourd’hui allait commencer à construire sa légende ce 13 juillet 2003. 

Peu de gens connaissaient alors Usain Bolt, qui n’a pas encore 17 ans et ne porte pas ses célèbres chaussures dorées. Richard Crevier était de ceux-là. L’entraîneur-chef de l’équipe canadienne aux Mondiaux Jeunesse et entraîneur de l’équipe d’athlétisme de l’Université de Sherbrooke ne l’avait pas encore vu à l’œuvre, mais il était au courant de ses exploits. « On l’attendait, se souvient-il. On avait entendu parler de ses performances et on avait très hâte de le voir. »

Et personne dans le stade n’a été déçu après que le Jamaïcain ait battu le record des championnats juniors aux 200 m. Personne, sauf peut-être Bolt lui-même. « Je suis déçu de ne pas avoir établi le record du monde », avait-il déclaré après avoir enfilé sa médaille d’or, selon ses propos rapportés par le journaliste de La Tribune Louis-Éric Allard. 

« Ça avait l’air tellement facile ! »

Aujourd’hui directeur de l’information, M. Allard est encore impressionné par la « facilité déconcertante » avec laquelle Bolt a devancé l’Étatsunien Michael Grant, qui n’avait pourtant rien d’un figurant. « Ça avait l’air tellement facile! Je n’avais pas les connaissances en athlétisme comme au hockey pour déceler un talent d’exception chez les jeunes athlètes, mais quand il a passé le fil d’arrivée loin devant son plus proche rival (6 m!), on a compris tout de suite qu’il se rendrait aux Jeux olympiques et qu’il gagnerait des médailles. »

Usain Bolt est à ce jour le sprinteur le plus titré de l’histoire des Jeux olympiques, avec huit médailles d’or, et des championnats du monde, avec 11 victoires. Jamais avant lui un athlète n’avait détenu la marque mondiale dans trois catégories, soit le 100 m, qu’il n’intégrera qu’en 2008, au 200 m et au 4X100 m. 

« Ce qui distingue Bolt des autres athlètes, c’est sa grandeur, analyse Richard Crevier. C’est rare qu’une personne de 6 pi 5 po (1,98 m) parvienne à maîtriser la mécanique du sprinteur. D’ailleurs, il est rarement un des premiers au départ, mais ses foulées sont tellement longues et puissantes qu’il parvient à dépasser tout le monde dans les 40 derniers mètres. 

« Pour moi, reprend M. Crevier, la performance d’Usain Bolt a certainement été un des moments forts des Mondiaux Jeunesse de 2003. Ça et la cérémonie d’ouverture, ça reste mes plus beaux souvenirs. »

Dans les coulisses des Jeux du Canada

Sports

Dans les coulisses des Jeux du Canada

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
 Des météorologues à son service, une fausse fusillade et la possibilité d’un déraillement de train; l’ancien directeur général des Jeux du Canada 2013, Luc Fournier, ne manque pas d’anecdotes lorsqu’il se rappelle ce gros événement, présenté il y a presque sept ans.

Le directeur général a eu à gérer de beaux problèmes durant son règne. « Dès le mois de mars, j’étais assis sur ma chaise en me disant qu’on a ce qu’il faut en argent, mais aussi en ressources. Ce n’est pas facile de trouver des employés pour un an et de leur dire qu’après, on les met dehors, explique-t-il. Mais on n’a jamais eu de problèmes à recruter. Le monde embarquait. À un moment donné, il a fallu arrêter le recrutement de bénévoles. Il y en avait trop! On avait dit qu’on ne serait plus capable à partir de 5500. On était rendus à 6000. Des bénévoles se sont plaints durant les jeux parce qu’ils voulaient en faire plus. On n’avait rien à leur offrir! »

Les organisateurs ont pondu un plan de gestion de risques. Ils ont réduit leur liste de 600 à 37 risques potentiels. « Par exemple, c’était presque certain qu’il allait pleuvoir. Il faut prévoir une journée de manœuvre [lors des compétitions] », illustre M. Fournier. 

« J’ai envoyé [la liste] à Gaétan Drouin, qui était le coordonnateur aux mesures d’urgence à la Ville de Sherbrooke. On avait identifié tous les risques. Pour nous situer, nous étions en mai 2013. M. Drouin nous a dit qu’il nous manquait un seul risque. On avait prévu une alerte à la bombe, une prise d’otage, une inondation à Bishop’s, etc. Il nous a dit qu’on avait oublié un déraillement de train avec des produits chimiques dans le centre-ville de Lennoxville. Deux mois plus tard, ce même train qui passait à Lennoxville déraillait à Lac-Mégantic », se rappelle-t-il, émotif, évoquant le souvenir de l’ancienne mairesse de la municipalité, Colette Roy-Laroche, qui était l’une des porteuses de drapeau.

« Je lui avais dit : “ bien voyons donc Gaétan ”. C’est finalement arrivé... »

Fausse fusillade

La cellule de gestion de crise, composée entre autres du directeur général, de son adjoint Michel Dussureault et du maire de l’époque, Bernard Sévigny, s’est réunie une seule fois durant la présentation des Jeux. 

« Un monsieur s’est barricadé devant les résidences de Bishop’s. Il était suicidaire. Il était dans un appartement avec des armes à feu. À cause des réseaux sociaux, quelques minutes après, on a eu des téléphones de Vancouver et de Calgary, demandant si leur enfant était correct », dit-il, se souvenant que certaines personnes pensaient que le forcené avait tiré, alors qu’il n’a jamais fait feu en réalité.

Dans La Tribune du 7 août 2013, on rapportait que les résidences évacuées hébergeaient environ 500 athlètes, mais que seulement 50 s’y trouvaient au moment de l’évacuation. 

« On n’a pas eu à gérer de grosses crises. On s’est organisé pour que chaque secteur fonctionne bien », assure l’ancien DG des Jeux. 

Environnement Canada

Anecdote cocasse : Environnement Canada s’est associée à l’événement en offrant les services de météorologues à l’organisation des Jeux du Canada. « Ils assistaient à la réunion du matin. On en a eu deux extraordinaires. Leur rôle était de nous donner l’heure juste par rapport à ce qui allait se passer en terme de météo », raconte M. Fournier, mentionnant que leurs services ont été utiles. 

« La cérémonie d’ouverture était dehors à l’Université de Sherbrooke, raconte l’ancien DG. Ce matin-là, vers 6 h, on annonce des cellules orageuses violentes sur Sherbrooke. Je me disais qu’on serait obligés de transférer le tout au Palais des sports, ce qui n’était pas évident, puisque le premier ministre Stephen Harper venait. Le météorologue nous a dit “ entre 19 h 30 et 20 h 30, les cellules orageuses vont être tout le tour de Sherbrooke, mais pas au-dessus de l’Université, je vous l’assure ”. »

« Quand on a ouvert la cérémonie, on voyait les nuages noirs, enchaîne-t-il. On s’est croisé les doigts. Il ne s’est rien passé et il a commencé à pleuvoir après la cérémonie. [...] Ça m’avait marqué. Si je ne l’avais pas eu, je ne suis pas sûr que la cérémonie se serait passée à l’UdeS. On a pris le risque. Le lendemain, le météorologue est arrivé en réunion avec un gros sourire. Il nous l’avait dit! »

Souvenirs

Personnellement, M. Fournier ne compte pas ses souvenirs en dollars. « C’est beau, on a fait un surplus de plus de 2 M$ après les Jeux, se réjouit l’organisateur d’expérience. Mais ça n’a jamais été l’objectif principal. En premier lieu, c’était le service aux athlètes. Ce que veut un athlète, c’est de beaux plateaux, de bien manger, de bien dormir et d’être transporté. On voulait que l’athlète soit au centre. L’argent, c’est après. On ne voulait pas couper dans la bouffe, on aurait fait les coupures ailleurs. Mais on n’a jamais eu besoin de le faire. »

M. Fournier n’a peut-être pas remporté d’or ou d’argent, mais il a gagné un prix bien spécial après les Jeux du Canada. « J’ai reçu une offre pour être sous-ministre adjoint au ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport au gouvernement du Québec. J’ai donc cédé ma place à Michel Dussureault, qui était mon adjoint. Ce sont les jeux qui m’ont amené là. 

Président des Jeux, Tom Allen souhaite que d’autres événements sportifs viennent à Sherbrooke dans le futur. « C’est difficile avec la COVID-19, mais après, let’s go Sherbrooke! Trouvons un autre événement. Les Jeux du Québec d’hiver, ce serait quelque chose de différent! » dit celui qui a donné de nombreuses heures lors de l’événement de 2013. 

Médailles et souvenirs

Sports

Médailles et souvenirs

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
À 17 ans, médaillée sept fois aux Jeux du Canada, la canoéiste Sarah-Jane Caumartin est sortie du lot. Tellement, que la jeune femme avait été désignée porteuse de drapeau à la cérémonie de clôture et avait été surnommée « Reine des Jeux du Canada » par La Tribune.

« Andréanne Langlois, une de mes meilleures amies qui faisait aussi du kayak, elle m’appelait la Reine devant tout le monde lorsqu’on sortait. Elle trouvait ça bien drôle! » raconte la Trifluvienne.

N’empêche, elle a eu un peu de difficulté à assumer ce titre. « J’ai été surnommé comme ça, car j’ai fait beaucoup de courses. Un joueur de soccer a une seule chance de médaille. En canoë-kayak, si tu fais huit courses, tu as huit chances de médailles. [...] D’autres personnes auraient mérité ce titre, mais ils n’ont pas fait autant de courses. Je suis un peu mal à l’aise avec ce titre, je ne pense pas que j’étais la meilleure athlète. Andréanne Langlois a fait les olympiques en 2016. Elle l’aurait mérité autant, mais a fait moins de courses. [...] Je n’ai pas voulu mettre ça de l’avant », exprime celle qui a laissé tomber la compétition il y a trois ans pour étudier en chiropractie et qui a commencé le cross-country pour le plaisir. 

L’athlète voit son titre de porte-drapeau comme le fait saillant des Jeux. « La Reine des Jeux, c’était plus une teinte humoristique. Quand j’ai su que j’allais porter le drapeau, c’était une énorme fierté. C’était difficile à réaliser », convient-elle.

« C’était une fierté individuelle, mais aussi pour ma discipline, poursuit la canoéiste. Je voyais ça comme une réussite pour le canoë-kayak. Tous les athlètes entraient en premier avec moi. Je me souviens, deux gars m’avaient pris sur leurs épaules. Ils étaient les porteurs de la porteuse de drapeau! C’était une réussite de groupe. »

Rite de passage

Jean-Philippe Maranda, athlète paralympique en athlétisme, a vu les Jeux du Canada comme un rite de passage. « Cette année-là, j’avais fait les championnats du monde avant de faire les Jeux du Canada, exprime celui qui a remporté deux médailles de bronze et une médaille d’or à ces Jeux. Mais quand tu as fait les Jeux, tu te rends compte que c’est une très belle école. Quand tu arrives après aux Jeux paralympiques, quand tu vois les caméras en sortant de tes compétitions, tu l’as déjà vécu. Tu es plus à l’aise quand tu fais de grosses compétitions à l’extérieur. »

La pression de compétitionner à la maison était présente. « Mais en même temps, j’étais dans les favoris. C’était chez nous, ce n’était pas le moment de me casser la gueule! »

M. Maranda considère que les Jeux du Canada ont agi comme une « catapulte » sur sa carrière sportive. « Quand tu fais les Jeux du Canada, tu es déjà dans les meilleurs de ta province. Ça ouvre les horizons pour les compétitions internationales par après », analyse celui qui a remporté une médaille d’or et deux de bronze.

Retraité de l’athlétisme depuis deux ans, M. Maranda étudie maintenant en sciences infirmières à l’Université de Sherbrooke [voir texte en page 6] et renoue avec le sport. « Ça fait beaucoup trop longtemps que je fais du sport, donc je ne suis pas capable de rester chez nous à ne rien faire. Le fauteuil roulant, ça se perd assez rapidement. Le vélo, c’est plus facile », exprime l’athlète de 33 ans, qui aimerait recommencer la compétition à court terme. 

Marc-Antoine Lafrenaye-Dugas, lui, se rappelle de l’ambiance aux Jeux du Canada. « C’était les estrades qui prenaient pour moi, car j’étais Québécois. Je n’avais jamais eu autant de proches en même temps à une compétition. Ce bout-là a été l’un des moments marquants », assure le Sherbrookois.

« C’est l’expérience la plus grisante que j’ai eue. Les performances étaient au rendez-vous, j’étais chez nous, tout a super bien été. Pour moi, c’est encore la plus belle expérience d’athlétisme que j’ai eue. Ça m’a donné le coup de pied pour aller plus loin », avoue l’athlète qui pratique encore son sport de manière récréative.