Alex Harvey, qui a tout donné lors du 50 km, samedi, s’est laissé tomber au sol après avoir franchi le fil d'arrivée.

Une 4e place «cruelle», dit l'entraîneur d'Alex Harvey

PYEONGCHANG — Aux yeux de Louis Bouchard, Alex Harvey a réussi une performance exceptionnelle au 50 km, samedi au Centre de ski de fond d’Alpensia. À l’instar de son protégé, il convenait que la quatrième place était douloureuse. «C’est cruel, ça fait mal», disait l’entraîneur de toujours du fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges.

Bouchard était installé au poste de ravitaillement sur le parcours. La dernière image qu’il a eue d’Harvey, il le voyait jouer pour la troisième place. Il a appris le résultat via le radio-émetteur de l’équipe. Quelle fut sa réaction?

«En français, j’ai dit “maudit…” Avant de descendre, ils étaient encore ensemble, mais il avait pris une petite longueur de ski, c’est pour ça qu’il a été quatrième. Mais il a fini deuxième du groupe, si on veut, et quand le Russe est parti, il a été premier de son groupe de trois. Je ne suis pas surpris qu’il ait gagné au sprint [contre Sundby] au fil», résumait Bouchard.

Harvey avait bien joué ses cartes pour faire partie de la poursuite à la troisième position. Dès le 30e km, les entraîneurs avisaient les «chasseurs» qu’Alexei Poltoranin n’avait plus rien dans le corps.

«Alex est resté dans le groupe sérieux. Et pour ça, il a pu revenir quand Poltoranin a sauté, ça lui a donné une chance. Je voyais qu’il [le Kazakh] éprouvait des difficultés, mais il a duré plus longtemps que je pensais. Son système d’énergie a complètement explosé, les lumières ont fermé.»

Dans le coup

À chaud, Bouchard traçait un bilan positif du rendement d’Harvey aux Jeux olympiques de PyeongChang.

«Tu veux avoir une chance de podium, et une 4e place, ce n’est pas triste. L’équipement était bon tout le voyage, la santé aussi, il a atteint son pic de performance comme les autres, il y en a juste qui l’ont fait un peu plus. Normalement, Alex est un peu en arrière en style classique, qui est une religion pour les Scandinaves, et aussi important pour les Russes. Il aurait pu faire encore mieux en style libre, alors ça démontre qu’il a fait une très bonne performance.»

Un résultat qui risque de passer dans l’ombre avec le temps?

«Il a fini 8e, 7e et 4e dans les courses individuelles, ça veut dire qu’il était dans le coup pour une médaille à chaque fois, ça dépendait du niveau de la journée. Moi, je vis dans mon sport, et non pas dans le hockey. En ski de fond, ça ne sera pas oublié. Pour le reste, c’est hors de notre contrôle», ajoutait celui qui ne portait aucun jugement de valeur aux deux médailles des athlètes de la Russie malgré le scandale de dopage des dernières années. Ces derniers mois, plusieurs Russes ont été obligés de retourner leur médaille par la poste. À moins d’avis contraire, Alexander Bolchunov (2e) et Andrey Larkov (3e) ne sont pas dans le même bateau que les autres.

«Moi, c’est le moment présent [qui compte], je ne prévois pas le futur. Tu es ici pour courir, les gens sont en santé et propres. Les Russes sont toujours dans le coup. Ils ont plusieurs skieurs, les noms changent. Ils ont des remplaçants constamment que vous ne connaissiez pas pour prendre la place des absents, mais je savais qui ils étaient.»

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LA DIFFÉRENCE : LA DOUBLE POUSSÉE

Il avait réussi à s’accrocher à un groupe de quatre fondeurs pendant la majorité de la course. Ils étaient à la chasse à celui qui occupait la troisième position et qui faiblissait depuis le 30e kilomètre. Mais Alex Harvey n’avait pas la même force en double poussée que ses principaux rivaux, ce qui a fait la différence entre un podium et sa quatrième position.

Avec un kilomètre à faire, l’écart s’est un peu étiré entre le Russe Andrey Larkov, les Norvégiens Martin Johnsrud Sundby et Hans Christer Holund et Harvey. La troisième place s’est jouée là, puis dans la montée, quand Larkov a distancé le groupe.

«Les gars étaient plus forts que moi un peu en double poussée, mais en montée, j’avais une super adhérence, et en descente, une super bonne glisse. Il m’a manqué un peu de force dans les bras pour poursuivre l’attaque, j’ai essayé de revenir, mais Larkov a mis quelques mètres sur nous et c’était ça. C’était le podium qui partait», résumait le skieur de 29 ans.

Harvey se doutait bien que le Finlandais IIvo Niskanen, qui l’a emporté après avoir mené une longue partie de la course, imposerait un rythme élevé. Mais au 16e km, il a accéléré et creusé l’écart avec ses poursuivants. Le Kazakh Alexey Poltoranin l’accompagnait, mais il a complètement explosé vers le 40e km, le groupe d’Harvey réduisant l’écart avec lui pour ensuite le larguer au loin.

«Comme c’était un 50 km, on savait qu’il fallait continuer à garder un bon rythme pour ne pas être trop loin du podium si quelqu’un cassait, comme c’est arrivé avec Poltoranin. On y croyait, surtout quand l’écart avec Poltoranin a passé à 50 secondes, 42, 30, 25. Les deux premiers étaient vraiment plus forts que tout le monde, mais on avait un super bon groupe, on était quatre gars assez similaires.

«Pour rester dans ce groupe-là, il fallait être fort», a ajouté Harvey. «C’était une course vraiment difficile, et éprouvante, physiquement, mais j’étais dans une très bonne journée.» 

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À 6,1 SECONDES DE FAIRE L'HISTOIRE

Alex Harvey est passé à 6,1 secondes de passer à l’histoire en devenant le tout premier fondeur canadien à grimper sur un podium olympique, samedi, lors de la course de 50 km des JO de PyeongChang. «Aujourd’hui, on était en avant de tous les Norvégiens, et ce sont eux qui ont le meilleur encadrement. C’est juste que les trois gars devant moi étaient plus forts, that’s it. La façon, la préparation, l’exécution, je suis vraiment fier de tout ça. Toute l’équipe, Devon [Kershaw, 26e], Graeme [Killick 27e], ont eu une super journée aussi quand même. Il n’y a pas de regrets, mais c’est sûr que c’est le chiffre qui est un peu amer. C’est la vie et ce n’est pas la fin du monde pour moi», ajoutait Harvey au sujet de sa quatrième place. Comme à tous les Jeux olympiques, il prévoyait aller se changer les idées à la cérémonie de clôture, sa dernière.