Le président du CIO, Thomas Bach, est allé rencontrer quelques athlètes, peu avant l’ouverture des Jeux, dans une des cafétérias du village olympique.

L'art de nourrir la machine

PYEONGCHANG — Sur Twitter, la planchiste américaine Chloe Kim a avoué avoir envie de manger un peu de crème glacée, avant de faire savoir son insatisfaction d’avoir dû se contenter d’un sandwich.

La bouffe. Clairement une priorité pour les athlètes olympiques. Et ce n’est pas seulement une question de crème glacée ou de sandwich : l’alimentation est très importante pour leur corps. Importante surtout pour leur énergie et leur santé, mais aussi pour leur bien-être mental. Oui, ce que ces sportifs ingèrent peut clairement influer sur leurs performances. 

La cuisine coréenne est reconnue comme étant l’une des meilleures au monde. Les soupes au poisson sont délicieuses et les fines tranches de porc grillé et de bœuf qui viennent agrémenter un bon kimchi épicé sont un régal. Mais, pour les athlètes olympiques, il s’agit d’un changement draconien d’alimentation auquel ils ne sont pas habitués.

«Je recommande aux athlètes de demeurer très prudents. Ils doivent s’assurer que leur estomac ne soit pas complètement bouleversé avant de compétitionner», explique Susie Parker-Simmons, diététiste à l’emploi du Comité olympique américain. «Mais, dès qu’ils ont terminé leur compétition, je leur dis : ‘‘Allez-y, mangez tout ce que vous voulez, testez les produits locaux!’’»

L’équipe américaine a débarqué à PyeongChang avec ses chefs cuisiniers et ses diététistes, et s’est assurée de fournir à ses athlètes la nourriture et les conseils dont ils ont besoin. Mais avec 3000 compétiteurs de quelque 90 pays installés aux deux villages olympiques, ceux-ci peuvent, sans l’aide de leur fédération, trouver une grande variété de produits.

Les salles à manger de ces deux villages de 4000 mètres carrés (un peu plus de 43 000 pieds carrés) servent un total d’environ 18 000 repas par jour. Ces cafétérias sont ouvertes 24 heures par jour et offrent environ 450 types de mets d’une grande variété. Vous voulez manger de la bouffe asiatique, coréenne, halal ou kasher? Pas de problème. Vous êtes végétarien? Ou vous êtes intolérant au gluten? Pas de problème non plus, vous trouverez ce dont vous avez besoin, selon David Kihyun Kwak, responsable des cuisines des villages olympiques des Jeux de PyeongChang. 

Pour décider ce qui devait être servi, Kwak et son équipe ont analysé les besoins des athlètes et ont compilé ce qui a été consommé lors des cinq derniers JO. De plus, ils se sont assurés de travailler en étroite collaboration avec les différents spécialistes en alimentation des pays présents en Corée du Sud.

La quantité d’aliments consommée chaque jour par les athlètes est stupéfiante : 700 kg de bœuf, 450 kg d’œufs, 350 kg d’agneau, 200 kg de bacon, 170 kg de poulet, 100 kg de riz, 3800 kg de fruits et légumes, environ 15 000 tranches de pain et, question de se gâter un peu, quelque 800 pizzas. 

Chacun peut donc manger à sa faim.

Sécurité alimentaire

Plusieurs athlètes ne prennent pas la chance de manger à l’extérieur des villages qui leur sont réservés en raison d’inquiétudes concernant la qualité de la nourriture qui est servie, souligne Kwak. Par exemple, avant les Jeux d’été de 2008, à Pékin, les États-Unis avaient découvert en effectuant des tests que le poulet local contenait assez de stéroïdes pour qu’un athlète en mangeant une bonne quantité risque de se voir tester positif dans un contrôle antidopage. 

Les experts locaux ont aussi pris bien soin de s’assurer que les athlètes ne risquent pas d’empoisonnement alimentaire. D’ailleurs, le ministère sud-coréen de l’Alimentation a délégué un peu partout à PyeongChang plus d’une douzaine de spécialistes chargés de recueillir des échantillons et de les tester immédiatement dans des bus-laboratoires afin de déceler l’éventuels problèmes.

La Finlandaise Riikka Valila, 44 ans, joueuse de hockey la plus âgée de l’histoire des Jeux, s’est dite satisfaite de l’offre alimentaire dans le village olympique, mais dit s’ennuyer du pain servi dans son pays. Certaines de ses coéquipières suivant une diète avaient préféré amener avec elles de la nourriture directement de Finlande. 

Les Américains, eux, ont fait livrer pour leurs athlètes en Corée plus de 85 palettes de produits alimentaires, chargées de pâtes, de beurre d’arachide, d’épices et de certaines céréales bien spécifiques, comme le quinoa. 

Tous ces aliments ont été soigneusement choisis pour aider les sportifs à mieux performer et à récupérer plus rapidement. 

Le patineur artistique Vincent Zhou souligne qu’il a besoin de beaucoup de glucides dans son alimentation, avant, pendant et après ses entraînements, afin de ne pas vider son réservoir d’énergie. 

À chaque sport sa nourriture

On comprend donc que le travail à faire pour qu’un athlète trouve l’alimentation parfaite pour lui est aussi grand que le travail qui doit être fait pour développer des performances sportives optimales. 

Les diététistes travaillent particulièrement dur sur cet aspect avec les skieurs de fond qui sont, probablement, ceux qui ont les besoins énergétiques les plus élevés de tous les sports présentés aux Jeux d’hiver, explique Susie Parker-Simmons. Elle indique qu’une athlète féminine doit ingérer environ 4000 calories par jour pour être en mesure de garder le rythme. Ce nombre grimpe jusqu’à 7000 chez les hommes. Au contraire, les sauteurs à ski — pour rester plus longtemps dans les airs — doivent perdre jusqu’à 10 kilos avant de se lancer dans le vide, tout en s’assurant de conserver leur masse musculaire. 

Bref, chaque sport amène des besoin particuliers...

Un autre danger qui guette les athlètes olympiques est l’abondance. À ce sujet, le patineur artistique américain Adam Rippon a révélé qu’une entraîneure l’a mis en garde au sujet de la bouffe, parce qu’un athlète américain, il y a quatre ans à Sotchi, était si emballé par toute la variété de nourriture offerte au village olympique, qu’il s’est rapidement retrouvé en surpoids. 

L’entraîneure a compris ce qui venait de se passer lorsque cet athlète a dû enfiler sa tenue de compétition. «Il était toujours à la cafétéria, il voulait tout essayer, et il avait pris sept livres avant de devoir compétitionner!» raconte Rippon en riant. 

Mais comme il faut se gâter à l’occasion, sachez que Chloe Kim est parvenue à se trouver de la crème glacée. Après tout, la jeune médaillée d’or l’avait bien méritée...

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DE LA BOUFFE POUR LA VISITE

Aux Jeux, il n’y a pas que les athlètes qui mangent : les amateurs de sport venus des quatre coins du monde doivent, eux aussi, se nourrir. On a donc pris soin de fournir des menus en anglais et dans différentes langues aux restaurants de PyeongChang; les touristes peuvent aussi trouver sur Internet, dans la langue de leur choix, la liste des endroits recommandés et les aliments à découvrir. 

Des recommandations qui font le bonheur des plus aventureux. «J’ai été impressionnée et surprise par le poisson, qui est servi complet avec les yeux», raconte Julie Thibaudeau, la mère du roi des bosses, Mikaël Kingsbury, qui a célébré la médaille d’or de son fils dans un restaurant typiquement sud-coréen. «J’étais curieuse d’essayer. C’était salé et très goûteux.»

D’autres préfèrent se ranger derrière des «valeurs sûres». «Nous avons trouvé un Papa John’s [célèbre chaîne américaine de pizzérias] et c’était vraiment ce dont on avait besoin, car nous n’avions pas beaucoup mangé ces derniers jours», explique Rachel Basford, une professeure de Shanghai originaire de la région du Kent, en Angleterre. Lorsqu’on lui a demandé si elle prévoyait essayer les spécialités sud-coréennes, elle n’a pas hésité : «Non, dit-elle en riant. Absolument pas! Nous devons aller à Séoul, demain, et il y un McDonald’s à la gare. Ce sera parfait pour nous.»

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EN CHIFFRES

Aliments consommés chaque jour au village olympique

- 700 kg de bœuf

- 450 kg d’œufs

- 350 kg d’agneau

- 200 kg de bacon

- 170 kg de poulet

- 100 kg de riz

- 3800 kg de fruits et légumes

- 15 000 tranches de pain

- 800 pizzas