Pendant le sprint, Len Valjas (7) a vu chez Alex Harvey des signes qui lui laissent croire que le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges pourrait livrer une excellente performance au 50 km dans la nuit de vendredi à samedi.

Harvey croit en ses chances au 50 km

PYEONGCHANG — «Tout est en place pour livrer un podium, c’est juste à moi d’aller le chercher!»

Si la huitième place du Canada au sprint par équipe a servi à quelque chose, mercredi soir (la nuit dernière au Québec) en Corée du Sud, c’est bien d’avoir envoyé de bons signaux à Alex Harvey à l’approche du 50 km classique de samedi au Centre de ski de fond d’Alpensia.

Harvey et son coéquipier Len Valjas, qui en était à sa dernière course en carrière, ne pouvaient pas rivaliser pour un podium à cette épreuve relevée et remportée avec aisance par les Norvégiens Klaebo et Sundby devant les athlètes olympiques de la Russie et la France. Par contre, l’effort déployé pourrait rapporter à court terme pour le fondeur de Saint-Ferréol-les-Neiges.

«Je sentais que j’avais du punch, surtout dans la montée à pic et dans la demi-finale, où j’étais avec Dario et Pellegrino. Cologna, c’est le meilleur au monde parmi les coureurs de distance dans une bosse comme celle-là, et j’ai réussi à lui mettre un trou d’une couple de secondes. C’était vraiment un bon signe parce que c’est un terrain sur lequel j’en arrache parfois en patin», résumait Harvey, qui a lui-même parlé du podium avant qu’on ait eu le temps de l’aborder à ce propos.

En raison de la fragilité de Valjas, nommé sur le sprint par équipe en raison d’une surprenante septième place au sprint individuel, le Canada ne pouvait pas aspirer au podium. Valjas a tout donné dans le premier des trois tours, mais il a été largué dans le deuxième passage pour se retrouver 10e sur 10. Harvey est parvenu à gagner quelques rangs à la fin, mais l’écart avec le groupe de tête était impossible à combler. 

Comme il y a un an?

Il y a un an, à la même période, Harvey se préparait à remporter le 50 km (en style libre) aux Championnats du monde. À l’aube du 50 km classique de PyeongChang, qui prendra son envol à minuit dans la nuit de vendredi à samedi, sa forme actuelle est-elle comparable à celle de 2017, où il avait écrit l’histoire canadienne?

«Le feeling est bon. Je me sentais bien avant le 15 km et les autres courses, aussi, mais aujourd’hui [mercredi], j’avais plus de punch. On est content de la préparation que nous avons eue, les skis étaient bons.»

Harvey est excité à l’approche de sa toute dernière chance d’obtenir une médaille olympique puisqu’il ne devrait pas être du rendez-vous de 2022, à Pékin.

«Ça va l’être [la dernière course olympique], j’en suis conscient, mais ça ne me préoccupe pas. La plus belle course en ski de fond, c’est le 50 km. Ça pourrait être le scénario idéal. Je veux juste être capable de passer le fil d’arrivée avec le sourire aux lèvres en ayant fait une belle et bonne course, et après, on verra le résultat.

Si ça n’arrive pas, ce n’est pas la fin du monde, et je ne dis pas ça pour me chercher des excuses. Je me donne corps et âme pour ça, c’est mon rêve depuis que je suis tout jeune, mais ce n’est pas une question de vie ou de mort pour moi», ajoutait celui qui se disait prêt à relever le défi.

Une mission qui ne l’effraie pas, bien au contraire, surtout si l’on se base sur ses résultats passés à cette distance. «Les 50 km, j’aime ça. Mon premier podium en carrière avait été un 50 km classique en 2009. Il y a eu l’an passé, à Lahti [où il a gagné l’or en style libre], et la semaine suivante sur un autre 50 km classique à Oslo, j’avais terminé sixième à un dixième de seconde du troisième rang.

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VALJAS ET BOUCHARD PERÇOIVENT DE BONS SIGNES

Louis Bouchard et Len Valjas étaient d’accord sur un point, mercredi, après le sprint par équipe : Alex Harvey est dans une bonne disposition en vue du 50 km classique. Espoir ou certitude? Un peu des deux.

«Avec le ski de fond, il n’y a jamais rien d’assuré, mais ça regarde bien», affirmait Valjas, nouveau retraité de l’équipe canadienne. Il n’a plus les moyens pour tout payer de sa poche, comme il l’a fait dans les derniers mois. Et pas question de débourser 165 $ par jour pour les dernières Coupes du monde de la saison. «Trop cher», dit-il

Valjas venait de compléter sa dernière course en carrière, mais préférait parler de son coéquipier toujours à la recherche d’une médaille olympique. Le 50 km, dont le départ sera donné à minuit dans la nuit de vendredi à samedi, sera la dernière chance d’Harvey pour le faire.

«Je suis heureux du déroulement de la course, je me suis battu jusqu’à la fin. Mais je suis plus excité de la forme d’Alex pour le 50 km. J’ai aimé son punch dans les coins et au fil d’arrivée. Alex a tout ce qu’il faut pour grimper sur le podium. Je l’ai déjà vu courir des 50 km et larguer le peloton.

«Nos skis sont incroyables, on l’a vu au sprint par équipe. Je sais qu’il peut le faire, qu’il va se battre. Il y a de l’intangible en ski de fond, mais on dirait que les choses sont bien enlignées», notait le grand fondeur d’origine estonienne à propos de son ami.

Question de timing

Même constat du côté de Bouchard. Il a perçu quelque chose d’encourageant, peut-être l’étincelle que recherchait Harvey depuis le début des Jeux olympiques.

«Ça prend des signes, c’en est un gros. Alex a bien fait, et ça regarde bien pour le 50 km. Il avait un petit punch, j’ai bien aimé voir ça, on aurait dit le même qu’il avait dans ses courses à succès. En espérant que ça bouge dans cette courbe-là. À mon œil, je pense que c’est ça, il a l’air en forme pour le 50», notait l’entraîneur.

Bouchard peut tracer un lien avec la même période, il y a un an, en Finlande, quand son protégé avait remporté le Championnat du monde de cette distance à la fin de la compétition.

«On dirait que ça ressemble à ça. Ils essaient d’atteindre leur “pic de forme” dans une période de temps, mais ce sont des humains et parfois c’est dur, car tu ne peux pas le planifier pour une journée donnée. On dirait qu’il s’en va vers ça. S’il peut y arriver avant la fin des Jeux, ça va être bon. Si ça arrive plus tard, il pourrait rentrer plus de podiums dans les courses, en mars. On n’est pas devin, mais ç’a marché souvent, et c’est pour ça que j’y crois», indiquait Bouchard.

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KLAEBO BIENTÔT LE PLUS GRAND

Foi d’Alex Harvey, le Norvégien Johannes Hoesflot Klaebo pourrait devenir le plus grand fondeur de l’histoire s’il poursuit sa présente domination au cours des prochaines années. À 21 ans, il domine complètement ses rivaux. À preuve, il a remporté une troisième médaille l’or à ces Jeux olympiques, imitant en ce sens les légendaires fondeurs de son pays Vegard Ulvang et Bjoern Daehlie, aussi auteurs de triplés du genre par le passé.

«Il est parti pour ça [devenir le plus grand de tous les temps]. Il a une super bonne tête sur les épaules et il va continuer dans la bonne direction. Il n’a même pas besoin de s’améliorer. S’il maintient juste ce rythme-là pendant un autre cycle olympique, je pense que ça va être canné. Déjà, l’an passé, il a gagné un Globe de cristal à sa première saison senior, c’est incroyable. Et en ce moment, il confirme les attentes qu’il a mises sur la table. Il est vraiment exceptionnel», indiquait Harvey à propos de l’imbattable Viking.