Alex Bellemare représentera le Canada aux Jeux olympiques de PyeongChang.

Artisan de son propre succès

Le compte à rebours est enclenché. Dans quelques jours, les meilleurs athlètes de la planète se donneront rendez-vous à PyeongChang, site des prochains Jeux olympiques d’hiver. À compter d’aujourd’hui, Le Nouvelliste vous amène au cœur des Jeux, avec les Mauriciens qui seront de la grande fête. Cette série d’articles s’amorce avec le seul athlète de la région en action, Alex Bellemare.

Shawinigan — Les sportifs insistent souvent sur l’importance de créer sa propre chance pour goûter au succès. Le skieur Alex Bellemare, qui représentera le Canada aux Jeux olympiques de PyeongChang, est justement tiré de ce moule. Si son talent et sa détermination lui ont permis d’atteindre les plus hauts sommets sur la scène internationale en ski slopestyle, une décision bien précise a complètement bouleversé son parcours.

Après quelques années à sillonner la province avec son frère aîné Jérémy à bord de leur Jetta rouge, pour participer à toutes les compétitions imaginables, Alex a pris une décision qui allait le conduire jusqu’à PyeongChang 2018.

Guidé par sa soif d’aventure, il a quitté son Saint-Boniface natal pour s’exiler au Colorado, à la découverte de nouvelles sensations fortes sur les pentes au début des années 2010.

À cette époque, la prestigieuse épreuve du Dew Tour était ouverte à tous et Bellemare y a tenté sa chance. Le jeu en aura valu la chandelle puisqu’il s’est fait remarquer par les dirigeants de Freestyle Canada. «Dès ce moment, ils ont commencé à me prendre sous leur aile.»

De fil en aiguille, Bellemare a cumulé les résultats intéressants, dont une médaille d’argent à la Coupe du monde de Mammoth. Quelques semaines plus tard, l’équipe canadienne lui offrait une place.

«Si j’étais resté ici toute ma vie, je serais encore ici. À un moment donné, il faut que tu fasses le prochain move. Et c’est ce qui s’est passé dans mon cas.»

Vraisemblablement, c’était la bonne chose à faire. Si Bellemare a dû passer son tour en 2014 à Sotchi lors de l’entrée en scène du slopestyle aux Jeux olympiques d’hiver, il n’avait pas l’intention de louper sa chance en 2018.

«Ça m’a fait un pincement au cœur de ne pas pouvoir y aller en 2014. Et j’ai vraiment tout fait pour être choisi pour PyeongChang. Ma victoire en Corée (en 2016 lors de la Coupe du monde de PyeongChang a certainement attiré l’attention. Ç’a boosté ma confiance et laissé savoir à tout le monde que j’étais capable de gagner.»

Vallée du parc dans le cœur
Lorsqu’il s’apprêtera à dévaler la piste du parc du Phoenix, à PyeongChang, Alex Bellemare aura assurément une pensée pour sa Mauricie natale, où tout a commencé, à Vallée du parc. À l’âge de cinq ans, sa carrière aurait d’ailleurs bien pu être de courte durée. Après une seule descente, le visage plein de neige, il voulait déjà accrocher ses skis.

«À mon premier cours, je pensais que ça allait être facile. Je suis parti en haut de la piste familiale. Ce n’était pas très à pic, mais je n’étais pas capable de virer ou freiner. J’ai fini dans le fossé et je suis parti à pleurer. Je ne voulais plus faire de ski. J’ai quand même terminé ma session de cours et je n’ai plus voulu quitter les pentes après. Je tripais ben raide!», se souvient le skieur de 24 ans.

Le coup de foudre pour le volet acrobatique du ski a rapidement suivi. Un premier 540 degrés à l’âge de huit ans, une première compétition de Big Air à neuf ans, Bellemare venait définitivement de trouver sa voie.

Même s’il passe une grande partie de son année aux quatre coins du globe, avec l’équipe nationale, Bellemare demeure fidèle à ses racines. Justement, entre les X Games et son départ pour la Corée du Sud, il a pris le temps pour renouer avec ses premières amours, à Vallée du parc.

«Je me sens vraiment à la maison ici. Mon moment préféré, c’est quand je suis dans la chaise pour monter. Rendu au milieu de la montée, je regarde autour et je relaxe. Je suis juste bien. C’est mon moment à moi.»

Alex Bellemare

L’esprit léger

À l’aube de son départ pour la Corée du Sud, Alex Bellemare avouait ne pas se fixer un objectif trop précis en tête en vue des Jeux olympiques. Bien sûr, une place en finale – et dans le top 10 mondial – meuble son esprit. Cependant, le Bonifacien de 24 ans souhaite d’abord et avant tout profiter pleinement de son expérience aux Jeux olympiques.

«C’est sûr que je veux bien performer. J’essaie de plus en plus de ne pas me mettre d’attentes. J’essaie de me convaincre que j’ai déjà réussi en allant aux Jeux. Je ne veux pas que mon expérience olympique dépende du fait qu’il faut que je finisse en finale ou qu’il faut que je finisse premier pour être heureux. J’espère vraiment juste être content, fier de moi.»

Ceci dit, Bellemare entend évidemment mettre toute la gomme pour impressionner les juges. «L’important en qualification, ça va être d’en faire assez pour se classer dans le top 10 et passer en finale. Ensuite, en finale, ça risque d’être assez impressionnant parce que tout le monde va tout tenter pour finir premier. Rendu là, tu n’as pas grand-chose à gagner entre finir 5e ou 10e. Tu veux gagner.»

En tout, 30 skieurs prendront part à la compétition masculine de ski slopestyle. Bellemare représentera le Canada aux côtés d’Alex Beaulieu-Marchand, Teal Harle et Evan McEachran.

Cette saison, le Mauricien occupe le 16e rang de la Coupe du monde. Son meilleur résultat cette année a été une septième place en Coupe du monde à Mammoth, en Californie. À PyeongChang, il ne compte pas sortir de lapin de son chapeau. Il misera plutôt sur ses manœuvres favorites pour impressionner les juges. «Je vais rester humble et je vais faire tout ce que je contrôle. Ça serait vraiment débile d’être super impulsif et que ça fonctionne et que je finisse premier, mais je vais m’en tenir à ce que je sais faire. L’improvisation peut entrer en jeu, mais généralement je sais ce que je vais faire et j’essaie de m’en tenir au plan de match.»

La compétition de slopestyle masculin sera présentée le 18 février.